Deux sortes de ralentisseurs de vitesse concourent sur les voiries de Conakry et de l’intérieur du pays, à savoir : les dos d’âne légaux, mis en place par l’autorité appropriée et les dos d’âne illégaux en ciment, érigés le plus souvent par le citoyen lambda. Une chose qui partage les citoyens selon leurs positions, Automobilistes ou riverains, chacun donnant raison ou dénonçant la prolifération de la deuxième catégorie, qui est d’ailleurs faite avec un manque total de professionnalisme, loin des mesures adéquates.

Alors que les automobilistes crient contre ces dispositifs illégaux, les riverains quant à eux se défendent en disant que ce sont des « mesures de sécurité », qui servent à les protéger des automobilistes qui excèdent la vitesse normale.

Il n’est pas rare d’entendre dans la circulation, le plus souvent sur les routes secondaires, le grincement des amortisseurs de quelques véhicules qui essayent de monter sur un dos d’âne artisanalement conçu par quelques jeunes des quartiers. C’est avec une mine serrée et le cœur qui saigne que de nombreux usagers, durant toute la journée, affrontent une centaine de ces dispositifs illégaux. Interrogé sur la question, un usager du quartier Faban, derrière la piste de l’aéroport de Conakry Gbessia, embarrassé nous a confié : « Chaque fois que je sors de chez moi, j’ai mal au cœur, à entendre ma voiture qui est très basse, passer au-dessus de ces dos d’âne. Le comble, c’est que je change souvent de pneus, puisque mes pneus sont chaque fois cassés par ces nombreux chocs ».

Dos d’âne légal à Nongo

Cependant, d’un autre côté, ces jeunes très fiers du boulot qu’ils accomplissent pour le « bien du quartier », clament « la sécurité » à laquelle ils confient la paternité de leurs actions : « il y a trop d’accidents, vous-mêmes vous le savez, donc si on ne fait pas cela, les gens filent dans les quartiers comme s’ils n’allaient jamais s’arrêter ; il y a nos enfants ici et s’ils les accidentent, ils s’enfuient et les pots cassés c’est pour nous. Vous n’êtes pas sans savoir le nombre d’accidents enregistrés par an à Conakry. »

Un sentiment pas du tout partagé par le directeur national de l’entretien routier, Sâa Yalondé Camara, qu’on a rencontré, ce mardi 20 février. Selon lui, le département est très en colère et est remonté par rapport au fait que les citoyens érigent un peu partout de façon anarchique ces dos d’âne.

Il répond à ces citoyens en ces termes : « Mesure de sécurité ? Moi je dirais non ! Ce n’est pas à eux, ils ne sont pas les concepteurs, parce que quand le département conçoit les routes, il tient compte de tous les paramètres liés à l’exploitation de cette route ; cela veut dire, là où on doit ériger les dos d’âne, les ralentisseurs, les panneaux de signalisation horizontale et verticale qui sont prévus, lorsque cela n’est pas prévu dans la conception de base-même, un individu ne peut pas se lever pour dire que c’est l’ingénieur et qu’à son entendement, il pense qu’on peut mettre ici un dos d’âne. Il peut y avoir des cas où dans la conception par exemple, que cet élément ne soit pas pris en compte, parce qu’en ce moment il n’était pas aussi important, ou bien il n’y avait pas une école, etc. Ce qu’il faut, ces gens doivent venir vers le département pour demander une déviation de mise en œuvre de ces dos d’âne ou des ralentisseurs, et c’est quand une équipe ira sur le train pour constater la nécessité ou l’urgence de faire un dos d’âne, ils pourront les conseiller comment cela doit être fait dans les règles de l’art, pour ne pas qu’au lieu que ce ne soit un élément de solution, ça devient un élément de problème. Excusez-moi du terme, le plus souvent c’est les petits maçons qui font le travail, et vous allez voir que la route est en béton bitumineux et ces dos d’ânes sont en ciment, sable et gravier, ce ne sont même pas deux matériaux de même propriété (sic) ».

M. Yalondé

Tout en nous confiant que « les dispositions sont prises pour que nous passions à la répression ; le département avait déjà engagé une campagne de sensibilisation, sous l’instruction de Madame la ministre des Travaux publics, pour expliquer aux uns et aux autres que la route n’est pas un produit éternel, elle a besoin d’entretien et ce phénomène contribue à sa dégradation prématurée. La semaine à venir, nous allons nous déployer sur le terrain pour casser tout ce qui est dos d’âne (illégaux, ndlr), sur la voirie de Conakry. Nous avons mis en place la brigade de protection du patrimoine routier, elle a pour mission de veiller sur l’existant, protéger ce qu’on doit réaliser, ce sont des pratiques qui ne doivent pas continuer. »

Promettant enfin que : « Tout ceux qui seront surpris en train d’ériger les dos d’âne, de jeter les ordures ou brûler des pneus seront frappés d’une amende et les intimer à réparer les dommages causés sur ces chaussées, seront punis sévèrement. Parce que l’Etat débourse assez de moyens pour faire ces routes, et elles doivent être préservées par chacun de nous (sic) ».

Enquête réalisée par Abdou Lory Sylla pour Guinee7.com

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