Actuellement, le débat politique a pris une forte teinte juridique avec au centre le référendum pour l’adoption d’une nouvelle Constitution dont la controverse sur la possibilité ou non du président Condé de se présenter pour un autre mandat oppose les opinions. Des hommes politiques, des juristes et autres constitutionnalistes se font entendre à travers émissions, conférences et autres déclarations dans la presse sans épuiser le débat. Au figuré comme au propre ‘’ça chauffé’’ d’autant que pour les opposants à une autre candidature d’Alpha Condé en 2020, celle-ci détermine à elle seule l’avenir de leurs ambitions d’alternance plus que tout autre. D’ailleurs, cette candidature engendre une ligne de fracture nette dans le microcosme intellectuel, les intérêts politiques venant en dernière analyse supplanter les arguments juridiques. Il en est de même pour certains observateurs et analystes omnibulés par une vision réductrice assimilant démocratie et alternance comme si la première impliquait forcément la seconde et que sans cette dernière, la première n’est donc qu’illusion. A la vérité, on ne veut rien d’autre qu’obliger le peuple à une vision réductrice, alors même que la constitution ne rejette pas l’adoption d’une autre Loi fondamentale. Et avec l’adoption d’une autre constitution qui ne touche pas au verrou du nombre de mandat, Alpha Condé peut se présenter, la loi n’étant pas rétroactive.

Ainsi, si dans la forme le débat est tout à fait normal parce que conforme au contexte de démocratie réelle, il manque de consistance et engage véritablement la campagne référendaire avant l’heure puisque de part et d’autre les uns et les autres se mobilisent déjà pour prendre la rue à témoin et s’imposer à l’opinion publique.

A ce jeu les partisans d’une nouvelle constitution en imposent royalement à leurs contradicteurs à travers une multitude d’organisations et de mobilisation à Conakry et à l’intérieur du pays.

C’est ainsi que par milliers, les Guinéens s’organisent déjà à travers tout le pays pour demander un autre mandat pour celui qui est le dénominateur commun des débats, le président Alpha Condé.

Pendant ce temps, l’intéressé reste ‘’muet’’ sur sa position, convaincu en bon légaliste que le choix revient au peuple de Guinée. Interrogé plusieurs fois sur la question, il laisse entendre qu’il se prononcera en temps opportun et n’a de préoccupation que les tâches immédiates à accomplir. Ce ‘’mutisme’’ présidentiel inquiétant, fouette l’ardeur de ses partisans et sympathisants qui multiplient les meetings et appels pressants. Accédera-t-il aux multiples requêtes de le voir briguer une fois de plus la présidence ? Pour ma part, je pense que l’expérience de l’action publique enseigne que nul n’est indispensable à quelque poste que ce soit. Les gouvernants d’aujourd’hui sont des serviteurs passagers de l’Etat qui, lui, est permanent. Toutefois, l’exercice du pouvoir d’Etat est un sacerdoce pour celui qui se met honnêtement au service de son peuple. C’est pourquoi, malgré les sacrifices que l’impose l’engagement à assurer des charges d’une immensité exceptionnelle, Alpha Condé doit accepter de relever le défi de souscrire à un autre mandat.

Le faisant, il répond aussi à la volonté des nombreuses personnes, hommes et femmes, jeunes et anciens, qui veulent être artisans de l’oeuvre d’édification sereine de la Nation. Il doit l’accepter également, parce qu’au-delà du bilan satisfaisant de ses deux mandats, il a encore à proposer à la Guinée une vision prospective et un autre projet de société.

Il doit l’accepter enfin, parce que le peuple sera toujours mobilisé pour l’accompagner dans la difficile mais noble tâche de transformation positive et continue qui s’imposera à tous dans le futur.

Du côté de l’opposition, la perspective de l’élection post référendum a remis sur le tapis l’éternelle question de son unité. On ne lui reprochera pas d’avoir essayé même si le résultat a été ce que l’on sait, un véritable fiasco, avec les défections de Jean-Marc Telliano, Mouctar Diallo, Papa Koly Kourouma, Aboubacar Sylla, Makanéra Kaké, j’en passe et des meilleurs. Et l’on a assisté à des passes d’armes mémorables entre opposants et à des spectacles pitoyables de déchirement qui ont découragé plus d’un observateur et acteur de la scène socio-politique. Tout naturellement la catégorisation est passée par-là avec des opposants dits «vrais» ou radicaux, des opposants «légalistes» ou modérés, des opposants «gâteaux» tout cela sur fond de suspicions, de luttes de leadership et de légitimité dont les résultats ont été la création de nombreux regroupements se regardant en chiens de faïence.

Cet éparpillement de l’opposition est la manifestation concrète de l’absence d’alternative crédible dans ce microcosme politique. Alors, Alpha Condé relèvera, je le souhaite, le défi et gagnera parce que, pour reprendre Makanéra, il n’y a rien en face.

Ahmed Iboun Camara

 

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