Absolument, il n’y a pas à en douter et ceux qui le voudraient seront très vite ramenés à la raison, 2017 sera une année particulièrement prolixe en joutes oratoires et en débats contradictoires. Naturellement l’élection locale prochaine et l’éventualité d’une révision constitutionnelle font déjà des gorges chaudes et donneront du grain à moudre à tous les polémistes en tous genres, mais tout indique que les débats sur les réformes politiques en feront davantage, voire plus !

Faut-il s’en réjouir ou tout au contraire déplorer d’avance le fait ? Les avis sont partagés, même si au regard de l’importance de la question, on ne devrait pas en être à une telle interrogation, tant celle-ci est un acte particulier qui ne saurait souffrir de comparaison.

Nombreux sont les analystes qui craignent, et à juste raison, que certains acteurs de la scène sociopolitique ne laissent la proie pour l’ombre en s’épuisant dans des débats de salons, de presse et d’internautes et de prendre ainsi des vessies pour des lanternes tout cela au détriment de l’action militante et du travail de mobilisation des populations et des électeurs pour faire aboutir leurs aspirations. Ils se retrouveront ainsi nombreux à devoir danser « tout l’hiver » après avoir « chanté tout l’été ».

Ça promet donc et ça volera dans tous les sens, même si de nombreux signes avant-coureurs annoncent qu’on se retrouvera en face de deux camps qui ne se feront pas de cadeaux ; ni dans leurs objectifs, ni dans les moyens pour les atteindre. De là à vouloir que tous les moyens soient bons, il y a un pas que d’aucuns franchiront allègement. Il y a donc des soucis à se faire pour les adeptes d’un certain puritanisme qui voudrait que les prescripteurs invitent à faire comme eux et non à faire seulement comme ils disent.

Pour notre part, nous sommes largement majeurs et vaccinés et savons au contact de la rigueur des faits que s’il y a des confessions à exiger, ce devrait être en tout premier lieu à ceux qui professent les plus les vertus et la morale.

Si des gens doivent montrer pattes blanches et faire la preuve de leur légitimité ce sont bien ceux-là mêmes qui réclament le plus de traduire et d’exprimer la volonté du peuple à sa place. Il y a plus d’une raison à cela car, grattez un peu leurs carapaces ou soulevez un peu un coin de leurs manteaux et vous serez ahuri des extravagances de leurs petites vies. C’est à croire qu’on ne peut parler le mieux des vertus que lorsqu’on ne les a pas.

Ce qui est certain, c’est que le débat est déjà lancé et il est fort curieux de constater que ceux qui y excellent actuellement ce ne sont pas comme on devrait s’y attendre les hommes politiques ou les acteurs de la société civile même si quelques doctorants en profitent pour réviser leurs cours, mais les hommes des médias. Et ils y vont d’ailleurs sans nuance aucune. Quand on sait que le journalisme mène à tout, on n’est que peu surpris des libertés que certains y prennent pour s’arroger le droit de parler au nom du peuple qu’ils «aiment» par-dessus tout et pour lequel ils seraient prêts à tous les sacrifices.

Et pourtant entre leurs pratiques et leurs déclarations c’est le jour et la nuit, à telle enseigne qu’on se demande légitimement s’ils ne profitent pas plus du pouvoir en place que ceux qu’ils indexent comme des courtisans zélés dont le quotidien se limite à échafauder toutes sortes de plans pour préserver leurs privilèges indus. C’est comme si n’ayant pas d’arguments politiques, juridiques ou tout simplement moraux ils se laissaient aller à l’injure facile pour tenter de masquer leur propre indigence intellectuelle, leurs compromissions et collusions diverses et leurs «petites» indélicatesses. N’est-il pas symptomatique que c’est dans ces milieux que prospère le plus l’argument du peuple analphabète, ignorant, pauvre et bétail électoral taillable et corvéable à volonté qui ne serait pas qualifié pour décider par les urnes ! On devrait donc comprendre en toute bonne conséquence que, eux, représentant de l’élite éclairée, probe et exemplaire aient pour mission de parler et d’agir en ses lieux et place. Le peuple constituant originel ne serait donc que de la rhétorique politicienne. De même, le principe du peuple source de toute légitimité et celui de détenteur de la souveraineté ne seraient que du «pipo».

Il faut le dire, quand, après des circonlocutions et des tournures ampoulées, des donneurs de leçons et porte-parole autoproclamés du peuple, en arrivent à de telles prétentions, on peut raisonnablement se demander à quoi tout cela rime. Comment se fait-il que pendant que la classe politique parle de réformes politiques, que des journalistes «résument» tout à la révision de la constitution. Bien pire à les lire et écouter, cette éventuelle révision ne viserait qu’à permettre au seul Alpha Condé de se perpétuer au pouvoir. Le simplisme de la logique va en droite ligne du simplisme des arguments bâtis sur des procès d’intentions, des injures gratuites et des contre-vérités.

Tout naturellement pour se donner bonne conscience, ce beau monde prend le peuple à témoin en multipliant à l’envie les exemples de «héros» d’autres pays qui n’ont pas «tripatouillé» leurs constitutions et cultivent la peur en évoquant de graves troubles et une véritable fracture sociale si on veut toucher à la constitution.

Pour enfoncer le clou, ils se muent en conseillers spéciaux gratuits (quoiqu’ils se disent apolitiques) d’Alpha Condé en lui enjoignant de ne point permettre une révision constitutionnelle. Tout cela est d’un ridicule qui amuse la galerie à nos dépens. D’autant plus qu’il suffit d’être favorable à la révision de la constitution, pour se voir traiter de courtisan sans foi ni loi qui ne penserait qu’à ses intérêts par des hypocrites et des personnages de peu de foi. C’est contre toutes ces incohérences, ce terrorisme intellectuel, cet appel à l’immobilisme, cette culture de la peur et du mimétisme qu’il faut s’élever en criant, ça suffit. Les Guinéens doivent pouvoir inventer leur avenir sans devoir mimer certains. D’autant plus que ces exemples sont loin de faire l’unanimité.

Il ne s’agit pas d’inventer la roue certes, mais il ne s’agit pas non plus de céder à de prétendues modes et modèles, surtout lorsque la sincérité et l’honnêteté des prescripteurs prêtent à caution. Et puis ce peuple-là a tout de même une histoire. N’est-ce pas lui qui a obligé la France à lui concéder l’Indépendance ? Veut-on prétendre qu’il était moins analphabète et ingénu à l’époque et moins pauvre que maintenant ? Pour paraphraser quelque peu quelqu’un, on peut se permettre de poser des questions sur les motivations et la sincérité de certains qui s’opposent à toute révision, la qualité de leur loyauté envers des populations auxquelles ils refusent le droit de se prononcer sur leur propre loi fondamentale, au prétexte qu’elles seraient analphabètes, pauvres et d’une ignorance crasse, ce qui ferait d’elles du bétail électoral pour le pouvoir.

Pour notre part s’il y avait à choisir, nous préférerions mille fois nous laisser traiter de tous les noms d’oiseaux que d’injurier un peuple et surtout prétendre mieux que lui exprimer ses propres volontés. Toutefois il ne sera pas dit d’autres se laisseront insulter éternellement et impunément, étant entendu que personne ne détient le monopole de l’injure. Surtout que dire du chien qu’il aboie n’est pas une injure. Bien au contraire, c’est dire la vérité, rien que la vérité.

Que cette année 2017 apporte un peu plus d’humilité à tous et que cela soit écrit et mémorisé.

Abou Maco, Journaliste

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