En prélude d’une profonde réforme du dispositif de gestion monétaire en République de Guinée, voici ce que nous proposons au Gouvernement Guinéen dans le cadre du financement des PME par les établissements bancaires :

Les petites et moyennes entreprises rencontrent des difficultés pour accéder au financement bancaire. Ces difficultés ont souvent été perçues comme une conséquence directe des irrégularités que présentent ces entreprises. Mais la responsabilité incombe aussi aux conditions d’application du système bancaire. Du reste, le système financier actuel est inadapté on n’est pas assez équipé pour répondre tout seul aux multiples besoins financiers des PME.

  1. Voici quelques propositions :

1) La simplification des procédures de financement des PME par les institutions de financement et l’adaptation de fonds de financement en rapport avec les besoins spécifiques des PME ;

2) La mise en place de nouveaux outils de financement des PME, dont les lignes de crédits, les prêts d’honneurs, les sociétés de capital-risque, les sociétés de cautionnement mutuel, et les mécanismes de garanties des prêts pour assurer une couverture maximale du risque ;

3) Le chainon manquant du financement des entreprises ne devrait pas être perçu comme un ensemble de faveurs qui devraient être faites au profit des PME sans garantie de succès. Ce serait plutôt à notre avis un triptyque « Etablissements financiers-Intermédiaires financiers-PME » agissant dans une logique de synergie et de complémentarité d’actions et devant prendre en charge la question du risque et de garantie. En parallèle, il serait important que le pouvoir public soutienne le secteur privé à travers une plus grande rationalisation des mécanismes déjà existants ;

4) l’implication du pouvoir public à travers des actions de soutien telles que la promotion de fonds de garantie et de structures de capital-risque ;

5) Les PME étant à des niveaux de développement et d’activités différents, leurs besoins devront être pris en charge de façon différenciée. Ainsi, dans le présent schéma, les PME sont classées en trois (3) catégories : les moyennes entreprises a besoins d’investissement massifs (exerçant dans le secteur secondaire comme l’industrie), les moyennes entreprises à besoin de fonctionnement et les micros entreprises (exerçant dans le petit commerce, la menuiserie, la poterie et les autres activités du secteur informel), à travers ce schéma, nous proposons aux établissements financiers de promouvoir davantage le crédit-bail pour assurer le financement des investissements des moyennes entreprises. En effet, le crédit-bail en tant qu’instrument de financement propose des conditions plus souples sans exigence de garantie conséquente. De plus, l’État devrait développer les fonds de garanties qui serviront d’intermédiaires entre les banques et les moyennes entreprises, afin que ces entreprises puissent accéder aisément au crédit classique des banques commerciales. En effet, la logique des fonds de garantie est d’amener les intermédiaires financiers agréés à octroyer des crédits à des opérateurs économiques qui ne disposent pas de garanties.

Les PME susceptibles de trouver directement des financements auprès des banques sont les moyennes entreprises à besoin de fonctionnement ayant une structure financière solide, un marché clairement identifiée, sur lequel elles interviennent déjà, avec des perspectives de croissance, une rentabilité actuelle et future évidente et dont les promoteurs sont capables d’apporter des garanties réelles ou personnelles acceptables.

Les micros entreprises quant à elles devront se diriger auprès des structures de micro finances, afin de trouver aisément un financement. Leur accessibilité au financement bancaire nécessite la prise en charge du risque lié au financement. D’où l’importance de créer des structures de capital-risque qui devront servir d’intermédiaires entre micros entreprises et banques commerciales.

Toutefois, la mise en œuvre du financement durable nécessite aussi un certain nombre de préalables et de mesures d’accompagnement de la part des acteurs.

  1. Mesures d’accompagnements :

Parallèlement à nos propositions, des efforts doivent être consentis de part et d’autre. À l’égard des entrepreneurs, il s’agira essentiellement :

– d’avoir le sens de la responsabilité, le respect des engagements et devront susciter la confiance dans leurs relations avec les établissements financiers ;

– de créer des associations de cautions mutuelles au sein de chaque corps de métier (artisanat, menuiserie, sidérurgie, agriculture etc.) qui, à travers des cotisations permanentes pourront se porter en garantie à la banque au bénéfice d’un membre qui solliciterait un financement.

À l’égard de la Banque Centrale (BCRG) :

Au niveau de la Banque centrale, il serait intéressant qu’elle pense à une nouvelle dynamisation des conditions de financement bancaire dans l’économie. Ainsi,

– la causalité entre taux directeur et taux d’intérêt devrait permettre au système financier d’enrichir son offre face aux besoins de son marché actuel tout en s’adaptant aux mutations et aux exigences internationales du métier de la finance ;

– l’allègement des conditions de surveillance devrait permettre une meilleure prestation en ce qui concerne le financement par les banques. Ainsi, celles-ci prendront certes plus de risque, mais seront plus aptes à accompagner les PME dans la réalisation de leurs projets.

À l’égard des Banques :

– rationaliser les frais de gestion et autres conditions applicables à la clientèle ;

– améliorer la bancarisation par un déploiement géographique des agences bancaires sur le territoire afin de rapprocher aux mieux la banque des PME ;

– et promouvoir le crédit-bail (qui de par son coût élevé ne nécessite pas de garantie conséquente) pour financer surtout l’investissement mobilier des entreprises en création.

NASSER KEITA, PhD, directeur du Laboratoire de Recherche en Economie et Conseils

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