‘‘Seul Alpha Condé a la solution du problème de Fria’’. Cette idée est le leitmotiv du vote des Friaka pour le RPG-Arc-en-ciel, parti présidentiel lors des législatives. Mais quelques jours après ces législatives, les Friaka déchantent-ils ? C’est tout comme. La semaine dernière les ouvriers ont décidé de rencontrer entre autres la présidente du CNT, le ministre des Droits de l’Homme, …pour leur parler de leur ‘‘cas’’. Guinee7 ouvre le dossier du drame, apparemment oublié par les autorités.

Au commencement était une grève déclarée illégale par le tribunal de travail de Mafanco. Mais la grève déclenchée début avril 2012 a été suspendue un mois plus tard puis levée au deuxième mois. Mais cela ne semblait rien changer. Les partenaires russes, propriétaires de l’usine Rusal, contrairement aux engagements pris avec le chef de l’Etat n’avaient pas rallié Fria.

En juin 2012, le Président de la République demande aux travailleurs de Friguia de lever le mot d’ordre de grève avant toute négociation. Une décision que le syndicat des travailleurs de cette usine applique trois jours après.

Au sortir de l’audience avec le chef de l’Etat, le camarade Kourouma Mamady, Secrétaire général du syndicat de Friguia avait déclaré : ‘’Le but de notre entretien, c’est par rapport à la gestion de la crise sociale à Fria depuis le 4 avril. Le Président de la République nous rencontrait par rapport à la suite de cette crise. Comme vous le savez, il a demandé à la Direction de changer le représentant de l’usine en Guinée et cela a été fait. Donc, il a demandé au syndicat de faire une nouvelle concession. La première fois, lors de notre rencontre, le Président de la République nous a demandé de suspendre la grève. Cette fois-ci, il nous a demandé de lever la grève quand la société va payer nos salaires. Il a promis d’ouvrir un cadre de négociation, qu’il fera lui-même la médiation pour suivre l’avancée des pourparlers.’’

Quelques temps après, le représentant de Rusal que le président avait demandé de renvoyer pour mauvaise conduite est resté en Guinée et a continué de plus belle l’oppression contre les travailleurs. Pire, le salaire n’a jamais été payé par Rusal. Si l’Etat sous forme de crédits à payer quatre mois de salaires aux travailleurs, ces derniers réclament un an d’arriérés de salaires à leur patron qui, apparemment se soucie moins du sort de nombreuses familles laissées dans la dèche.

Dian-Dian, le cadeau de trop

Rusal pour ne pas reprendre ses activités à Friguia parle de la vétusté de l’usine. Et donc de sa non-rentabilité. Pour reprendre l’usine en vue de la moderniser, la russe de l’aluminium exige de l’état guinéen la concession des riches mines de Dian-Dian. Le gouvernement frileux, en manque d’inspiration lui donne sans coup férir Dian-Dian. Ce riche gisement dans son escarcelle, Rusal se met à lever les fonds pour équilibrer ses finances mises à rude épreuve par son patron, Déripaska, très dispendieux. Quid de Friguia ? Les arguments qui ne tiennent pas reviennent au galop. Rusal commandite un audit des installations qu’il contrôle du début à la fin. Pendant que les travailleurs attendent une mission d’audit mixte (Guinée/Rusal), c’est la compagnie qui en fait et à sa guise. Résultats ? Il semble qu’il faut environ 600 millions de dollars pour rénover l’usine. Cependant de nombreux techniciens doutent de la sincérité des conclusions de cet audit qui fait, entre autres, état de disparition de certaines pièces pourtant présentes à Fria. Des mois après avoir obtenu Dian-Dian, c’est toujours le statuquo. C’est ce qui fait dire à certains que Dian-Dian est un cadeau de trop que le gouvernement guinéen a fait pour Rusal.

Alpha Condé en mauvaise posture

Pour de nombreux spécialistes, l’usine de Friguia a été bradée à Rusal. Pire elle a été mal acquise. Le cabinet Alex Steward estimait en 2010 que le gouvernement guinéen est habilité à demander ‘‘des dommages et intérêts d’un montant allant de 960 millions de dollars US jusqu’à 1 milliard de dollars US à Rousski Aluminij LLC en raison de la possession et de l’exploitation illégales du complexe Friguia dans le cadre de la détention illégale de la société Friguia’’. Le candidat Alpha Condé avait apparemment les conclusions de ce rapport quand il se rendit à Fria pendant la campagne présidentielle. Il s’engagea de régler la situation de Fria dès qu’élu…

Au pouvoir, le président ne fléchit pas de sitôt. Il coince les Russes avant que les réseaux occultes ne s’en mêlent pour le rendre inactif dans une situation pourtant dramatique. Les ‘‘relations séculaires’’ entre la Russie et la Guinée sont mises en avant. ‘‘Mais si les Russes tenaient compte de cette relation et s’il sont du côté du président comme ils veulent nous faire croire, ils ne devaient pas mettre ce dernier en mauvaise posture. En prenant des engagements qu’ils ne respectent pas. Ils ont même fait mentir le premier ministre qui, une fois est venue annoncer l’ouverture très prochaine de l’usine. Depuis rien’’, a rappelé, indigné, un agent de l’usine. Qu’à cela ne tienne, en donnant la victoire au parti présidentiel pendant les dernières législatives, les Friaka ont mis la balle dans le camp du président. C’est ‘‘comme un enfant qui face à des menaces court vers son papa pour lui demander protection’’, commente notre agent.

Décès récurrents, familles humiliées, ouvriers en larmes

pendant la crise une société fait don de riz aux travailleurs

Près d’une quarantaine d’ouvriers sont morts à Fria depuis le début de la grève. En plus des familles sont disloquées, des personnes quasiment réduites à la mendicité et des jeunes complètement désœuvrés. Plus de 1200 emplois sont brisés dans cette ville de 120 mille habitants. Ici, les travailleurs ayant le sentiment d’être abandonnés, ruminent leur mal. C’est le cas de M. Diallo ‘‘mes enfants mangent aujourd’hui grâce aux voisins, en plus une de mes filles qui passe en 9emeannee a abandonné les études sous mon œil impuissant. Parce que ne pouvant même pas donner son manger je dois de l’argent à l’école où elle étudiait et elle ne peut pas aller au public sans dossiers déjà confisqués’’, nous a confié ce travailleur désespéré.

M.soumah, lui, aurait tout vendu.  ‘‘J’ai liquidé ma télé, mon lecteur, ma radio et autre pour subvenir aux besoins de la famille. Aujourd’hui, je m’en sors grâce a la subvention pécuniaire de certains membres de ma famille’’ a-t-il  laissé entendre. Chez un autre travailleur une natte remplace désormais le lit : ‘‘j’ai cédé tous mes biens à vil prix pour ma survie. A ce jour je me couche sur une natte parce que je n’ai plus de lit. Nous invitons le gouvernement à essuyer nos larmes car chaque jour qui passe, nous fait verser des larmes’’.

Ibrahima S. Traoré

Dr Alia Camara, inspecteur général adjoint du travail : ‘‘C’est un cas atypique’’

Dr Alia Camara, inspecteur général adjoint du travail a accordé une interview  à notre reporter. Le sujet ? La situation des travailleurs de Fria.

Guinee7.com : Depuis plus d’un an,  les travailleurs de Fria n’ont pas perçu leur salaire, comment l’Inspection du travail a géré ce dossier ?

Dr Alia Camara : Il s’agissait d’une grève malheureuse. Au jour d’aujourd’hui, le dossier est parti au Tribunal du Travail. Je crois que les instances judiciaires ont été saisies du dossier. Pour revenir à la genèse du sujet,  il s’agit d’un dossier malheureux. Malheureux non seulement pour l’Etat, malheureux également pour les travailleurs. Parce que l’employeur a décidé de faire ce qu’on appelle le ‘‘lock-out’’ c’est-à-dire la fermeture partielle ou totale de son établissement suite à la grève qui a eu lieu. Ce qui fait que l’entreprise est fermée aujourd’hui.  Et les travailleurs n’ont pas de salaire. C’est un cas atypique. Je crois que de mémoire d’inspecteurs du travail, c’est une première.

Qu’est-ce que la loi dit par rapport à ce cas  que vous qualifiez d’atypique ?

Pour le moment, nous, on n’est plus saisi du dossier. Le dossier se trouve au niveau du tribunal. C’est au tribunal et au tribunal seul de décider.

Quel est le rôle que l’Inspection du Travail a joué  dans ce dossier ?

Dès le début, nous avons joué un rôle extrêmement important. Nous avons été impliqués dans la gestion de ce dossier au départ en aval et en amont. Mais malheureusement, au moment où nous étions dans notre salle de réunion pour poursuivre nos discussions avec les deux parties c’est-à-dire syndicat et  direction de Rusal, nous avons été surpris par la présence d’un huissier qui est venu déposer une assignation de la délégation  syndicale au Tribunal. Je ne me rappelle pas de la date. Mais, c’est de cette façon que le dossier a quitté l’Inspection et il est parti au tribunal.

Donc, vous étiez sans armes par rapport à cet état de fait ?

Exactement. Quand le Tribunal est saisi, il ne peut y avoir double degré de juridiction. Je précise que c’est la direction générale de Rusal qui a décidé de retirer le dossier au service de l’inspection générale du travail pour l’amener au niveau du tribunal.

C’est légal ?

Oui. Ce n’est pas un acte illégal. C’est un acte légal parce que c’est prévu dans le code du travail. En pareille circonstance, une des parties peut demander l’arbitrage des  juridictions. C’est ce que les Russes ont fait. En attendant, les travailleurs sont sans salaires.

Qu’est-ce que cela vous fait en tant qu’inspecteur général adjoint du travail?

Ce n’est même pas en tant qu’inspecteur général adjoint du travail, en tant que simple citoyen, en tant que simple Guinéen, c’est un cas malheureux. Nous sommes frustrés. Il faut avoir le courage de le dire. Frustrés, non seulement parce que nous n’avons pas les moyens qu’il faut pour que le dossier revienne à l’Inspection générale du travail, parce que la justice est déjà saisie du dossier. Et donc frustré par le fait que ces travailleurs, ça fait déjà plus d’une année, ils n’ont pas leur salaire. Et nous, notre rôle aussi, c’est d’appliquer la loi. Malheureusement en pareille circonstance, il faut attendre que la justice rende ses décisions.

Vous n’avez pas d’information par rapport à l’évolution du dossier ?

Dans un premier temps, le Tribunal avait déclaré la grève illégale. Je crois qu’il y a eu appel et finalement les travailleurs ont déposé une plainte pour le payement de leur salaire et que le tribunal de travail avait dit que c’est un cas de ‘’ lock out’’, ils ne peuvent pas réclamer leur salaire. Parce que, c’est suite à une grève que la direction générale de Rusal a décidé de la fermeture totale parce que là, il ne s’agit même pas d’une fermeture partielle, c’est la fermeture totale de l’usine.

Un message à lancer ?                                                                  

Oui, le message que nous avons à lancer à l’endroit de ces travailleurs, est que nous pensons que les droits courent. Tant que les contrats de travail ne sont pas rompus, pour nous les droits courent. Que Rusal reprennent aujourd’hui  ses activités ou que cette usine soit reprise par une autre entreprise, pour nous Inspection Générale du Travail, les droits courent. Nous demandons que les travailleurs gardent toujours patience. Et que peut-être les jours  à venir, l’usine sera certainement reprise par une autre entité ou bien par Rusal elle-même. Donc, nous demandons à ses travailleurs de garder le  calme.

Interview réalisé par El Hadj Mohamed Diallo

la détresse de Fria, ville minière sans usine

 

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