A l’occasion de l’investiture du président Alpha Condé, le 15 décembre, le président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, a tenu un discours que voici.

Permettez-moi, tout d’abord, au nom de la Cour Constitutionnelle, de rendre hommage au Peuple de Guinée pour sa grande mobilisation durant le scrutin présidentiel du 18 octobre 2020.

Excellences, Madame et Messieurs les Chefs d’Etat,

Messieurs les Chefs de Gouvernement,

Personnalités de haut rang,

Distingués invités,

La Cour Constitutionnelle, par ma voix, vous exprime sa haute considération et vous remercie pour l’amitié et l’honneur que vous témoignez au Peuple de Guinée par votre présence à cette cérémonie de prestation de serment.  Cette présence massive à nos côtés, en dépit des charges contraignantes qui sont les vôtres est le signe indiscutable de l’intérêt particulier que vous accordez à tout ce qui participe au processus du renforcement de la démocratie et de l’état de droit en République de Guinée. Processus qui s’est traduit par la tenue de l’élection présidentielle inclusive et apaisée le 18 octobre 2020. Mais, que serait une démocratie sans élection ouverte, libre et apaisée ?

Pour les démocraties libérales, les joutes électorales constituent une étape importante et incontournable pour le choix des institutions ou des organes investis d’un pouvoir normatif, en l’occurrence l’élection du Président de la République.

Monsieur le Président de la République,

Dans le calme et la sérénité, le Peuple de Guinée vous a élu le 18 octobre 2020 en votant massivement à la faveur d’un scrutin libre et apaisé avec un taux de participation de 79,51%, ce qui n’est pas courant au regard de la tendance actuelle. En se comportant ainsi, le Peuple de Guinée, véritable détenteur de la souveraineté, a administré, dans sa majorité, une leçon de civisme, de maturité politique et de démocratie dont beaucoup gagneraient à s’inspirer.

Ainsi, au regard du scrutin, et en application des dispositions des articles 41 et 46 de la Constitution, la Cour Constitutionnelle par son Arrêt N° AE 014 du 06 novembre 2020 portant proclamation des résultats définitifs de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020, vous a ainsi déclaré élu Président de la République au premier tour avec 59,50% des suffrages exprimés.

A l’issue de cette compétition électorale démocratique, vous avez remporté sur les onze (11) autres candidats à cause de votre programme de société qui a réussi à faire pencher, en votre faveur, le poids de la majorité des suffrages exprimés.

Monsieur le Président de la République,

Le constituant guinéen a soumis les personnalités de certaines institutions constitutionnelles à des devoirs ou obligations mentionnés dans leur serment pour l’exercice de leurs fonctions, compte tenu de leur mission et de leur importance. Parmi ces institutions, figure le Président de la République.

Ce jour de votre prestation de serment est votre seul jour de gloire. Mais les autres jours, tous les autres jours, dis-je, seront des jours de labeur constant, de soucis prégnants où vous serez tout le temps à éplucher les dossiers, à tenter de résoudre les problèmes du pays pour que la République de Guinée se porte bien.

C’est pourquoi, en ce jour unique de gloire, à l’orée de votre prise de fonction à la barre du navire Guinée, la Cour Constitutionnelle vous félicite et exalte votre détermination à édifier le pays émergent que vous vous engagez à continuer à bâtir pour le bonheur et la prospérité de votre Peuple.

Solennellement, vous venez de prêter le serment prescrit par les dispositions de l’article 48 de la Constitution en jurant devant le peuple de Guinée et sur votre honneur de respecter et de faire respecter scrupuleusement les dispositions de la Constitution, des lois et décisions de justice, de défendre les institutions constitutionnelles, l’intégrité du territoire et l’indépendance nationale. En cas de parjure, que vous subissez les rigueurs de la loi.

Le premier élément de ce rituel est de dire haut et fort et faire savoir urbi et orbi que le Peuple de Guinée que vous incarnerez pendant les six (6) prochaines années, vous a choisi comme le Premier Président de la 4ème République. Il demeure le seul et l’unique détenteur du Pouvoir, et il le donne à qui il veut.

Digne représentant légitime du Peuple de Guinée, vous incarnerez l’Etat de Droit que vous êtes donc tenu de respecter et de faire respecter par l’obéissance de toute personne à l’autorité de la loi et aux décisions de justice. Force doit rester à la Loi – nul n’est au-dessus de celle-ci. En outre, puisque le Président de la République est la clé de voûte de la vie institutionnelle et républicaine et Chef suprême des armées, vous êtes dorénavant astreint à défendre les institutions constitutionnelles énumérées à l’article 4 de la Constitution, l’intégrité du territoire ainsi que l’indépendance nationale en assurant le caractère unitaire de la République de Guinée.

Enfin, vous êtes tenu, au respect de l’article 49 de la Constitution relatif à la déclaration écrite sur l’honneur de vos biens en début et en fin de mandat.

Le deuxième élément de votre serment est indissociable du premier. Il concerne les manquements à vos obligations prescrites dans votre serment.

Monsieur le Président de la République,

De toutes les vertus qu’un Président de la République doit incarner au cours de son mandat, la plus capitale et la plus nécessaire demeure, sans nul doute, la loyauté envers son Peuple pour répondre à ses préoccupations quotidiennes.

Vous avez déjà déployé beaucoup d’efforts, élaboré et mis en œuvre assez de politiques publiques, de programmes et de projets dans tous les secteurs pour le mieux-être de vos concitoyennes et concitoyens. Mais le bilan, somme toute, élogieux, vous oblige encore à relever d’autres défis aussi contraignants les uns que les autres notamment :

  • Remédier aux maux dont souffre la justice aux fins d’une justice sociale ;
  • Fournir à la moindre chaumière de notre pays les fondamentaux d’une vie normale (l’eau et l’électricité) ;
  • Permettre à chaque guinéenne et guinéen de s’instruire et de se soigner à moindre coût ;
  • Faciliter la circulation des personnes et leurs biens entre les différentes régions du pays ;
  • Faire en sorte que le gain du pain quotidien cesse d’être l’obsession de chacune et de chacun de nos concitoyens ;
  • Favoriser l’auto-emploi des jeunes et des femmes par la mise en place de dispositifs appropriés et efficaces, et ce dans tous les secteurs ;
  • Permettre aux retraités de vivre décemment par la revalorisation de leur pension de retraite, etc.

Ce sont là, Monsieur le Président de la République, les attentes légitimes du Peuple de Guinée pour mener à bon port une République réellement émergente dont les objectifs ont été déclinés dans le Plan National de Développement Economique et Social (P.N.D.E.S.) et dans votre programme de gouvernance adossé au slogan « La Prospérité partagée ».

D’ailleurs, peut-on parler de « Prospérité partagée » si certains s’adjugent, au mépris de toute décence, les maigres ressources et les autres biens de l’Etat, qui demeurent notre patrimoine commun ?

Nous répondons « bien évidemment NON ! ».

Le Peuple de Guinée aspire à un ardent désir de changement. Il rêve d’une autre gouvernance basée sur le respect de la loi par tous, de la gestion transparente des deniers publics, de la lutte contre la corruption, la collusion, de l’enrichissement illicite insolent, des conflits d’intérêt et infractions assimilées. Aujourd’hui, c’est vous que le Peuple de Guinée a choisi pour présider à sa destinée. Ce Peuple, dans sa diversité culturelle et linguistique doit constituer désormais le lien géométrique de toutes vos occupations et préoccupations de tous les instants.

Dans sa soif de développement socio-économique il attend de vous davantage de prospérité, de bonheur et de progrès durable et inclusif.

Le Peuple de Guinée mobilisé va vous applaudir. Ses acclamations seront non seulement l’expression de ses encouragements et de ses félicitations mais aussi de son soutien dans l’engagement que vous avez pris de gouverner autrement, dans la mesure où vous avez dit : « Gouverner autrement n’est ni un slogan, ni une vue de l’esprit. Gouverner autrement, veut notamment dire aucune tolérance à la corruption, aucune tolérance au copinage, aucune tolérance à l’ethnocentrisme, au clientélisme ».

Oui, Monsieur le Président de la République,

Pour gouverner autrement, il est important de s’astreindre à « faire peau neuve ». Une « épée de Damoclès » doit rester suspendue et prête à trancher « le nœud gordien » de la mal gouvernance incarnée par certains grands commis de l’Etat.

Gouverner autrement, c’est mettre fin à l’impunité, à l’incivisme et à l’incivilité.

Gouverner autrement, c’est davantage de rigueur, d’efficacité et d’efficience dans l’action gouvernementale, c’est choisir les compétences d’où qu’elles viennent.

Gouverner autrement enfin, c’est plus de transparence, de responsabilité, de reddition de compte et d’imputabilité. C’est pourquoi, dans la perspective de la mise en place des nouvelles institutions, on ne pourrait faire l’impasse sur celle relative à la Haute Cour de Justice.

Oui, Monsieur le Président de la République, la Guinée ne peut gravir l’échelle du développement qu’à l’aide du capital humain et d’un environnement politique et institutionnel favorable à l’investissement, la création et l’innovation

Par ailleurs, la Cour Constitutionnelle a espoir que les défis de la précédente magistrature vont être très rapidement cernés et réglés à la suite de cette prestation de serment.

Vous connaissant et à juger par ce que l’on sait de vous et dit de vous, nul doute que vous ferez mieux, encore mieux, beaucoup mieux que lors de votre précédent mandat.

Nous sommes persuadés que vous allez gouverner autrement, c’est-à-dire que vous allez décupler tout ce que vous avez fait de bon et de bien pour la République de Guinée, en même temps, vous tirerez un trait sur tout ce qui n’a pas répondu à la promesse des fleurs.

Vous vous abstiendrez de jeter le manche après les premières cognées. Les guinéens, dans leur immense majorité, souhaitent que tous les leaders politiques et de la société civile saisissent la main tendue que vous daignerez leur tendre, pas forcément pour aplanir vos différences, mais surtout qu’ils comprennent que c’est avec eux aussi que la Guinée, notre Guinée, leur Guinée, s’édifiera lentement mais sûrement.

C’est tout le sens de notre appel au dialogue politique et social. En effet, comme le disait l’autre, « le dialogue occasionnel est le médicament de toute crise, tandis que le dialogue permanent est le vaccin de tout conflit ».

Monsieur le Président de la République,

Tout nous dit que tout peut aller vite et mieux. Le chantier est, certes, vaste, mais les augures sont fastes. Le ciel s’éclaircit, l’horizon aussi. La République de Guinée, dans sous peu de temps, sous votre conduite éclairée, deviendra l’une des nations émergentes du continent. Vous l’avez prédit. Nous y croyons.

C’est sur ces mots pleins d’espoir que la Cour Constitutionnelle, par ma voix, vous souhaite bonne chance, beaucoup de succès pour parvenir à combler les attentes de du Peuple de Guinée.

Fasse que Dieu vous entende et consolide l’énergie placée en vous pour servir votre pays durant ce sextennat.

Que Dieu bénisse la République de Guinée.

Je vous remercie.

Le rôle étant épuisé, l’audience est terminée.