C’est avec consternation que j’ai lu cet article commandité et paru dans un journal de la place que l’auteur sans réserve mais sans argument fondé affirme avec conviction que le Président de la CENI Bakary Fofana va « brûler la Guinée y compris son Bissikirima natal ». Les exemples concoctés dans cet article sont le cas du Mali, du Nigeria et de la Centrafrique pour assoir un argumentaire faible et ignoble.

En effet, je ne cherche pas à dédouaner à travers cet écrit les faiblesses et les incompétences de la CENI Guinéenne que tout acteur de la scène politique, observateur reconnait et déplore, et pire, je dirais que notre CENI est un facteur d’instabilité et d’insécurité pour les guinéens si son modèle n’est pas revu à travers le choix des personnes devant la composer ainsi que son mode de fonctionnement.

Parlant des élections présidentielles en cause, bien que l’année 2015 soit celle des élections et de la peur, d’ores et déjà je paraphrase cet auteur « Que notre courage grandisse avec le danger ». L’annonce de la date des prochaines élections présidentielles par la CENI est constitutionnelle (l’élection du Président de la République a lieu 90 jours au plus et 60 jours au moins avant la date de prise de fonction de celui-ci) et ne devrait pas être la cause de brûler notre pays si les intentions inavouées n’étaient pas déjà planifiées pour cela.

En lieu et  place de brûler la Guinée, les questions qui se posent à nous aujourd’hui sont : entre les élections communales/communautaires et les Présidentielles lesquelles organisées en premier ? Et quels sont les motifs du retard de la non tenue des premières?

Primo, le mandat des élus communaux et communautaires prenait fin en Décembre 2010. Normalement, les élections communales et communautaires devraient être les premières après les présidentielles tumultueuses de 2010. Mais hélas, de la  prise de fonction du Président de la République en Décembre 2010 à juillet 2013, notre pays a été le théâtre d’un rebondissement politique sans précèdent. Contestation de la liste électorale, désobéissance civile, contestation de la CENI et sa recomposition au mépris de la loi pour permettre à l’opposition d’être plus représentative, mise en cause du type d’élection nationale pour exiger la participation  des guinéens de l’étranger aux législatives, et encore contestation du fichier électoral et du chronogramme des élections législatives pour aboutir à la mise en place d’une assemblée nationale après un accord dit « accord du 3 juillet 2013 ». Cet accord en état ne fait aucunement mention des élections communales et communautaires. Nombreux sont des observateurs qui avaient pensé que ces élections devraient être couplées avec les communales et communautaires mais hélas, nos politiciens ont donné la priorité à leurs présences à l’hémicycle. L’échec de l’organisation des dites élections communales, aujourd’hui, est à partager entre les acteurs politiques et surtout l’opposition qui ne cesse de changer de fusil d’épaule et de revendication comme le caméléon mais aussi à un faible management et vide régalien au niveau du Ministère de l’Administration du Territoire qui navigue à vue sans calendrier politique clairement défini et partagé. Cet accord de juillet 2013 montre aussi la limite en capacité de prévision de nos acteurs politiques. La médiation internationale acceptée par toutes les parties concernées pouvait être mises à profit pour régler les questions actuelles posées par chaque partie.

Secundo, notre assemblée nationale dans ses actes actuels ne se pose pas en défenseur du peuple. Les élections communales et communautaires sont des élections de consécration de la démocratie locale. Elles donnent l’occasion aux citoyens de choisir leurs représentants directs qui vivent avec eux avec possibilité de les interpeller facilement. Si les députés sont les élus du peuple et les représentants de celui-ci pour s’opposer aux dérives de l’exécutif, les élus locaux et communautaires sont le cœur de notre démocratie ; à travers eux, les quotidiens des citoyens sont assouplis par la mise en œuvre des plans locaux de développement prenant en compte les besoins spécifiques des citoyens. De ce fait, les députés devraient inscrire en premier lieu de tout débat à l’assemblée la tenue de ces élections après avoir tiré les leçons des législatives  et si possible imposer un moratoire à l’exécutif et à la CENI. En refusant d’ouvrir le débat sur le dialogue social, sur les prochains rendez-vous électoraux ainsi que sur la recomposition  de la CENI, notre assemblée nationale a laissé la  porte ouverte aux colporteurs de malheur et aux politiciens véreux soutenus par une bonne  partie  de la presse politisée qui souhaite la chienlit en Guinée.

Enfin, quant à l’ordre de la tenue des deux élections, il convient de reconnaitre que la date de tenue des communales et communautaires ne peut plus être respectée. Mais cela ne signifie non plus pas que celles prévues par notre constitution pour les présidentielles devrait être repoussée, ce serait non constitutionnelle. La CENI n’a fait que rappeler une exigence constitutionnelle, rien de plus. Alors, il revient à la classe politique et aux intellectuels guinéens d’engager des débats contradictoires constructifs pour passer ce cap.

Quant aux journalistes, au lieu de souhaiter  le pire au pays, ayez une pensée positive en faisant des articles constructifs et soutenus par des preuves. Un autre passage hallucinant de cet article : « la mal gouvernance qui a produit Boko Haram ailleurs va générer d’autres  Boko Haram chez nous » « la prééminence des Malinké dans la Fonction Publique, dans l’Armée, (par ex. les Condé de Kouroussa au Ministère des Elections) ». Soyez rassurer que nous autres guinéens ne laisseront aucune place à ceux qui veulent installer le KO dans ce pays à travers des articles incendiaires, à une incitation à la haine ethnique. Analyse sur le patronyme, quelle bassesse et manque de confiance au peuple de Guinée qui choisit son Président et autres représentants élus.

Non, la Guinée ne brulera pas. Les  dignes fils guinéens  savent que rien ne vaut plus que la paix. Ce n’est pas parce que des élections communautaires et communales ne se sont pas tenues à date que nous allons brûler nos cases et s’entretuer. A cette proposition, nous nous battrons dignement avec respect des biens et vie des prochains pour que des élections transparentes et crédibles aient lieux car elles seules peuvent permettre l’expression du talent. La célèbre expression selon laquelle le cimetière est l’endroit le plus riche de la terre car c’est là où on retrouve des vies perdues, des talents qui ne se sont jamais exprimés, des chants qui n’ont jamais été chantés ne se produira pas dans notre chère Guinée de 2015.

Par ailleurs, comme son nom l’indique, les élections communales et communautaires sont secondaires à l’élection du Président de la République, qui est l’expression de tout le peuple de Guinée, il est notre symbole national et par ricochet notre souveraineté nationale, il me plait de rappeler que l’une des conditions de la définition juridique de l’Etat, l’existence d’une autorité publique constituée et légitime est indispensable alors sans Président de la République démocratique élu selon nos textes, pas d’Etat.

La Guinée ne tombera pas en 2015 dans une situation exceptionnelle d’illégitimité inconstitutionnelle du premier Représentant du pays qu’est le Président de la République. La légitimité constitutionnelle du Président de la République,  la stabilité politique ainsi que l’expression de la souveraineté ne peuvent être interrompue à cause des élections communales et communautaires. La tenue des élections présidentielles à date est un défi et un enjeu de stabilité et de sécurité pour notre pays mais aussi indispensable pour la crédibilité de notre pays auprès des partenaires techniques et surtout les investisseurs privés.

Orison Swett Marden disait : ‘‘Il ne peut y avoir de grand courage là où il n’ay ni confiance en soi ni assurance, et la moitié de la bataille réside dans la conviction que l’on peut accomplir ce que l’on entreprend.’’ Alors ayons le courage et la conviction d’entreprendre un bel avenir pour notre Guinée chère à nous tous, en passant ce cap des élections présidentielles qui doivent être transparentes libres et crédibles. Entreprenons du bien pour nous et pour notre pays et non le feu.

Non et encore Non la Guinée ne brûlera pas.

Dr Bouna Yattassaye

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