La rencontre entre le président Alpha Condé et son principal opposant le mercredi dernier au palais Sékhoutouréya, aura permis de décrisper le climat sociopolitique et de  jeter les bases d’une sortie de crise. Un coup d’éclat réussi par le chef de l’Etat, qui a donné à cette occasion son accord de principe pour la mise en place d’un cadre de dialogue inter guinéen. 

A l’issue de sa rencontre avec Cellou Dalein Diallo, son principal opposant, le 1er septembre dernier au palais Sékhoutouréya, le président Alpha Condé a réussi un coup double. C’est le moins qu’on puisse écrire, car le président a saisi cette opportunité pour annoncer les couleurs en faveur de la relance du processus de dialogue inclusif, censé aplanir les divergences entre le pouvoir et l’opposition autour notamment des préparatifs des élections locales. Alpha Condé a aussi décidé sur le champ de  rétablir Cellou Dalein Diallo dans ses prérogatives de chef de file de l’opposition. Et de lui faire profiter des « avantages » liés à cette fonction qui, il faut le rappeler a bénéficié d’un vote du parlement.

Au sortir de  cet entretien qui a duré près de deux heures, le chef de file de l’opposition a confié ses impressions à la presse en ces termes: « J’ai rencontré M. le président de la République et nous avons échangé sur la situation politique, économique et sociale. Il y a eu des convergences de vue sur beaucoup de problèmes. Il y a eu des divergences que nous avons essayé d’aplanir par la discussion. Au terme de l’entretien, nous nous sommes mis d’accord sur un certain nombre de décisions », a-t-il indiqué.

Ajoutant que la  première de ces décisions concerne l’engagement du président de la République « d’appliquer scrupuleusement les décisions des dialogues politiques qui ont eu lieu et ceux qui auront lieu. Et que deuxièmement, par rapport à la situation économique, ils ont noté durant leur entretien les conditions difficiles que vivent les citoyens. »

Cellou Dalein Diallo a expliqué que le président de la République lui aurait  fait part « des mesures qu’il envisage pour améliorer les conditions de vie des Guinéens, notamment la réduction de la TVA sur les denrées de premières nécessités et l’engagement des projets d’infrastructures pour booster un peu la croissance et permettre à la Guinée d’améliorer les conditions de vie des Guinéens. »

Et pour finir, qu’ils ont décidé dorénavant de multiplier ce genre de rencontres entre le chef de file de l’opposition  et le président de la République. Cellou Dalein Diallo a reconnu que cette rencontre leur a permis d’aplanir nos divergences.

Pour sa part, le président de la République lui, s’est appesanti sur l’objectif de la rencontre avec le chef de file de l’opposition.

« Comme il vous l’a dit, nous sommes en démocratie, il faut que nous ayons une démocratie civilisée. Chaque fois qu’il y a un problème, le Président français, puisqu’il n’y a pas de chef de file de l’opposition en France, reçoit les différents leaders représentatifs pour les écouter. C’est presque pareil dans tous les pays. Aux Etats-Unis, lorsqu’il y a des problèmes, les Démocrates et les Républicains se rencontrent. Je pense que nous tous, nous voulons le bien de la Guinée, des citoyens guinéens. Donc, il est tout à fait normal qu’il y ait des échanges réguliers entre le président de la République et le chef de file de l’opposition », a rappelé Alpha Condé à titre de comparaison pour justifier cette initiative.

Parlant du profil de Cellou Dalein Diallo, le chef de l’Etat a dit : «il a été ministre, Premier ministre, donc, il a géré. Il a une certaine expérience de la vie économique de ce pays. Donc, c’est toujours intéressant qu’on échange. Et même quand je dois voyager, l’écouter pour voir ce qu’il pense des relations avec tel ou tel pays. Je suis le garant des institutions en Guinée, je vais faire en sorte que toutes les dispositions prises désormais soient respectées. Je veille avec respect, parce que je suis le garant des institutions dans ce pays. Nous avons décidé d’avoir des rencontres régulières. »

Et cerise sur le gâteau, Alpha a annoncé dans la même foulée, avoir décidé de faire installer Cellou dans ses fonctions de chef de file de l’opposition.

«Il n’a pas demandé, mais c’est moi qui ai dit qu’en tant que chef de file de l’opposition, il faut qu’on l’installe dans son rôle tel que le prévoit la loi qui n’a pas été votée par moi, mais par le Parlement. Et cette la loi a été votée à l’unanimité et de l’opposition et de la mouvance. Moi je n’ai eu que l’idée, mais le texte a été voté par le Parlement. Donc de l’installer dans son rôle de chef de file de l’opposition avec ses obligations et ses avantages », a fait savoir le président. Il a annoncé à son tour qu’il  y aura désormais une concertation régulière avec le chef de file l’opposition. « Parce qu’après tout, nous nous battons tous pour l’intérêt de ce pays. Donc, j’étais heureux d’échanger avec lui sur beaucoup de points, que ça soit sur ce qui s’est passé hier ou aujourd’hui, je pense que chacun de nous a été éclairé. Parce qu’en Guinée, il y a toujours beaucoup de jeux. Il est important que les leaders se rencontrent pour éviter la manipulation d’un côté comme de l’autre. Je pense que c’est extrêmement important. Désormais je pense qu’il sera difficile de manipuler à son niveau comme à mon niveau. Tel a dit ceci ou cela, si nous-mêmes, nous sommes en contact, ceux qui jouent en eau trouble ne pourront plus parce qu’il y aura plus l’eau trouble. Puisque quand l’eau est claire personne ne peut jouer », a conclu le président.

L’opposition a saisi la balle au bond

Après ce tête-à-tête, l’opposition a aussitôt saisi la balle au bond pour annoncer sa disposition à participer au dialogue. Son porte-parole Aboubacar Sylla a déclaré à propos, à l’issue d’une plénière qui s’est déroulée le vendredi dernier : « l’opposition républicaine se félicite de cette rencontre. Elle regrette que cette rencontre ait pris tout ce temps avant de se tenir. Ça nous aurait certainement épargnée cette crispation politique que nous connaissons, ces manifestations que nous avons dues organisées, ainsi que le décès d’un jeune guinéen. Toujours  est-il que nous prenons acte de tous engagements qui ont été pris par le président de la République. »

Il a ensuite souhaité que « tous ces engagements soient traduits dans les faits. Car selon Aboubacar Sylla, « ces engagements qui ont beau être solennels et faits devant la communauté nationale et internationale, par la voie des médias de service public, ces engagements demeurent encore des engagements. Nous espérons qu’ils soient sous-tendus par une réelle volonté politique et de faire en sorte que notre pays connaisse un apaisement politique et social qui va lui permettre d’aller de l’avant, dans le sens du développement économique. »

A l’allure où vont les choses, l’opposition qui avait menacé de reprendre la rue dès le départ du dernier convoi des pèlerins musulmans vers la Mecque, semble avoir renoncé à passer à l’action. Bien des gens pensent que c’est le début d’une trêve politique qui s’annonce entre le pouvoir et l’opposition, après les remous qu’a connus la  Guinée ces dernières années.

   Coup de massue pour les « businessmen » de la crise

Une situation qui ne va sans doute pas plaire aux lobbys qui tirent profit de la friction entre le pouvoir et l’opposition. Ces « pêcheurs en eau trouble » que le président Alpha Condé lui-même a pointé du doigt dans son intervention. Il s’agit en fait de gens qui ne ratent aucune occasion pour se mettre du beurre dans les épinards, en colportant des ragots pour envenimer juste les relations entre le pouvoir et l’opposition. Dans le but de passer pour des défenseurs invétérés du régime. Un moyen pour eux d’entrer dans les grâces du palais présidentiel, où il y a à boire et à manger.

le démocrate

Mamady Kéita

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