Le ministre conseiller à la présidence, Tibou Kamara, était l’invité de l’émission les Grandes Gueules d’Espace FM, la semaine dernière. Avec nos confrères, il est revenu sur la crise  sociale à Boké, le manque d’anticipation gouvernement et le rôle du président de la République dans cette crise et d’autres. Lisez.

Nous parlons de Boké où il y a affrontement entre les  jeunes et les forces de sécurité.  Comment vous percevez cela, est-ce que c’était prévisible un tel soulèvement à Boké, connue comme une ville très pacifique ?

Je pense d’abord que la situation de Boké est très préoccupante parce qu’il s’agit d’une zone économique essentielle à l’économie de notre pays  surtout c’est la paix sociale dans cette région qui est en cause. Je crois que le président de la République lors du dernier conseil des ministres comme une prémonition  avait quand même soulevé certaines des questions qui expliquent  aujourd’hui la grogne dans la cité. Malheureusement, il n’y a pas eu des réactions et de réactivité pour prendre en compte ces questions qui sont quand même pour ce qui concerne les conditions de vie et les relations entre les sociétés minières et la population des revendications légitimes.

Ces questions n’ayant pas été prises en charge à temps, ce qui nous a conduits à cette crise qui perdure. Mais évidemment, il faut travailler à trouver une issue heureuse de la crise puisque c’est cela qui est l’intérêt de tout le monde. Mais il ne faut pas profiter de cette crise pour faire d’autres revendications qui n’ont rien avoir avec l’origine de la crise et qui pourrait faire la surenchère   et nous conduire dans un enlisement qui ne va pas favoriser une issue heureuse.

Mais au-delà de tout ça, ce qui est plus important, dans notre pays, avant d’aller à ce genre de situation malheureuse pour l’ensemble des citoyens de ce pays, il faut d’abord épuiser toutes les voies de recours. Il ne me semble pas que cela ait été fait puisque le président de la République est l’ultime recours en cas de conflit social ou politique. Et aujourd’hui, il est évident que la situation de  fait accompli  complique davantage une médiation de sa part pour aboutir à une situation qui pourrait rétablir l’ordre et la sécurité dans la cité.

Ce que moi je peux lancer comme appel au nom du Chef de l’Etat, c’est qu’il faut que le calme revienne. On ne peut pas trouver de solutions dans le désordre, dans l’instabilité puisque de toutes les façons, on finira toujours par trouver une solution. Mais à quel coût pour la réputation de notre pays, à quel coup pour l’image de notre Etat et quel est le prix pour les populations de Boké qui elles-mêmes revendiquent des meilleures conditions de vie? Et paradoxalement, les maigres acquis de la région sont aujourd’hui menacés par cette situation de quasi insurrection  dans la région.

Qu’est ce qui explique l’absence du Chef de l’Etat du côté de  Boké ?

Je serai tenté de dire que le président de la République préside et le Gouvernement gouverne. Ce serait dommage de toujours penser que le président de la République doit s’occuper de tout et de tout le monde. On a quand même des institutions dans ce pays, un Premier ministre

Vous savez, la nature du régime qui est essentiellement présidentiel donc qui réserve une place essentielle au Chef de l’Etat  et lui confère un rôle qui est au-dessus de la mêlée mais cela ne veut pas dire qu’il doit être Alpha et oméga de tout dans ce pays. Je le dis encore le président de la République préside et le Gouvernement gouverne. On a quand même entre le président de la République et la population autant des responsables qui sont susceptibles de prendre en charge certaines questions  sociales et politiques.

Aujourd’hui, je pense que le président de la République s’affaiblit en se mêlant de tout et entrant dans le détail de la gestion où le gouvernement, comme c’est ça vocation d’ailleurs. Je vous rappelle qu’il est dit et ça c’est une prérogative constitutionnelle, que le Premier ministre est en charge des dialogues politiques et sociaux. Cela veut dire qu’il peut intervenir sur n’importe quelle question qui affecte l’ordre public ou qui est du domaine de ses compétences.

Aujourd’hui,  ce que moi je regrette, justement le président de la République parce  qu’il y a les faiblesses çà ou des limites là, ne va pas se limiter à regarder tout ça de loin en disant qu’il est au-dessus de la mêlée. Donc, on ne peut pas le reprocher, suppléer un peu  le gouvernement  et venir à la rescousse  des autorités lorsque c’est nécessaire. On ne peut pas le lui demander en même temps de lui reprocher. Il faut savoir ce que l’on dit,  parce que vous dites que le président est interventionniste et en même temps vous dites qu’il n’y a pas de décentralisation. Donc moi, je pense qu’on va compter sur la bonne foi des uns et des autres mais ce que je peux garantir, en cas de limite de la médiation en cours, il est évident en tant que premier magistrat du pays, il s’impliquera pour une issue heureuse de la crise.

Ce qui se passe est très sérieux, surtout que le président se réclame de Boké, s’il se rendait de ce côté, ça pouvait calmer les ardeurs. Est-ce que vous pensez  qu’on n’a pas nourri ce qui est arrivé parce que les zones minières sont prédisposées à ce genre de situation.

Moi je pense que ce que vous dites là est pertinent. Je pense avec tout ce que le pays connait comme revendications qui n’est pas d’ailleurs propre à la Guinée, vous verrez partout qu’aujourd’hui la demande sociale est forte. Les populations sont de plus en plus impatientes par rapport à des meilleures conditions de vie. Cela conduit à des crises sociales en répétition en particulier dans notre pays

Le cas de Boké qu’est-ce qu’on doit faire ?

Comme je vous l’ai dit,  ce que j’aurais souhaité, avant qu’on arrive à cette situation de crise qui est malheureuse et affecte chacun d’entre nous, on n’aurait dû épuiser, user toutes les voies de recours. Ça veut dire, vous cherchez une solution au niveau locale, si vous n’arrivez pas, vous remontez au niveau du ministre de tutelle, si vous n’y arrivez pas, remonter au niveau du Premier ministre, si vous n’arrivez pas, vous remontez jusqu’au niveau du président de la République qui a la solution de l’ultime à l’ensemble des problèmes.

Je pense qu’il y a eu un peu d’impatience et d’agacement lié un peu à une attente peut être qui a perduré et duré dans la cité. Ce qui nous a conduits à cette situation de tension que Boké connait. Mais, il est de la responsabilité de l’Etat de garantir l’ordre,  la sécurité et de l’autorité sur l’ensemble du pays. C’est vrai le président de la République est de Boké  mais je pourrai être tenté de dire qu’il est de l’ensemble de la Guinée et qu’il est au service de tous les Guinéens et compte tenu de l’enjeu de la paix sociale et de l’intérêt économique de Boké. Il est évident que le gouvernement ne peut pas rester longtemps indifférent à cette crise qui persiste. J’insiste,  ce n’est pas une raison non plus de monter les enchères  parce que comme l’a dit  votre reporter sur le terrain, aujourd’hui, il est difficile de satisfaire toutes les revendications.

Au constat de l’échec de toutes les négociations, de qui pourrait venir le salut pour arrêter toute cette violence qui est en train de s’abattre sur Boké ?

D’abord, moi je ne parlerai pas d’échec de la négociation puisqu’elle est encore en cours.  Je parlerai plutôt des difficultés de parvenir à un accord et cela peut être surmonté par la bonne foi des uns,  c’est-à-dire la population de Boké et la volonté politique des autorités, du plus haut niveau. Il est évident comme je l’ai dit qu’il faut économiser la personne du président de la République lorsqu’il s’agit de crises

Même si c’est  une crise de confiance, M. le ministre, vous savez comment on appelle votre boss ? Papa promesses, les gens ne croient pas que c’est le problème.

Je préfère qu’on l’appelle papa promesse que plutôt que papa malheureux parce que la promesse entretient l’espoir et donne la conviction quand même. Moi je pense qu’on n’est pas arrivé au point final puisque le mandat est en cours, attendons le moment du bilan pour savoir ce qui a été fait et ce qui n’a pas été fait. Mais d’ici là, moi je considère que les promesses, c’est une volonté politique de résoudre un ensemble de problèmes et de défis qui se posent au pays.

Et le président de la République est, quelqu’un comme vous le savez,  de pressé. Il a envie de trouver des solutions et tout de suite et qui a envie de faire face à tout à la fois  peut être qu’il a beaucoup d’énergies qu’il devrait partager avec les autres et surtout les ambitions qu’il nourrit pour le pays devraient être portées par le gouvernement qu’il a mis en place et partout  ceux qui, aujourd’hui, constituent ces équipes de travail.

Lui, il ne peut qu’orienter le travail, donner une impulsion à l’action gouvernementale, mais ce n’est pas à lui de faire le travail sur le terrain. J’insiste qu’il y a des gens qui sont nommés à des postes de responsabilités pour prendre en charge l’ensemble des défis qui se posent à la nation bien sûr au compte du président de la République qui l’aura fait confiance et qui l’aura donné ce mandat.

Maintenant, il est évident que si la crise persiste et que sa cause du tort au pays, elle constitue une préoccupation  pour l’ensemble des citoyens. En tant que premier magistrat du pays, il sera naturellement l’ultime recours et sera impliqué dans la résolution de la crise. Je sais qu’il en a la volonté, il en a la disponibilité et c’est certain avant la fin de cette semaine, nous appelons tout cela de tous nos veux, il trouvera cela à défaut de la médiation qui est en cours qui n’aurait pas abouti. Il trouvera la solution comme il l’a fait d’ailleurs pour d’autres crises.

Vous avez ici dans cette même émission “on se connait dans ce pays”. Aujourd’hui, vous avez parlé de la primature même si vous n’êtes pas allé à fond.  Ça veut dire  concrètement qu’est-ce qu’il faut faire. Le ministre des Mines est de Boké. Sa voix ne passe pas. Et le Premier ministre a du mal à sortir sa personnalité. La crise perdure encore à Boké.

Je suis parfaitement d’accord avec vous, c’est tout à fait malheureux, qu’on ait pris au temps de temps pour résoudre cette crise qui perdure encore une fois de plus. Je pense que le Chef de l’Etat est le premier à pouvoir prendre la pleine mesure de la situation politique et sociale du pays. Et j’ai confiance à son jugement pour prendre les décisions qui s’imposent et faire le choix utile pour le pays. Mais, il est évident aujourd’hui que les différentes crises révèlent quand même, il faut avoir l’honnêteté intellectuelle et morale de le reconnaitre, d’un défaut d’autorité et un manque de coordination au niveau du gouvernement. Je vais vous dire,  je vous ai dit que le dernier Conseil des ministres, le président de la République lui-même a exprimé des inquiétudes par rapport à l’évolution des sociétés minières à Boké.

En clair, il ne contrôle pas la situation ?

Non ! Je ne dis pas qu’il ne contrôle pas la situation mais il mesure la situation mais le président de la république ne peut pas être à la fois au four et au moulin. On a un gouvernement qui traduit la volonté politique et qui est chargé d’appliquer la politique du président de la République.

Il a un Haut représentant aussi entre autre qui est de la zone d’ailleurs ?                      

Non ! Moi je pense que ce n’est pas une question d’être  ressortissant de Boké. L’Etat, c’est pour tout le monde, c’est au service de chacun et de tous et le gouvernement a l’obligation de prévenir les crises.

Quand on dit que le président est inquiet ?

Bien sûr que oui ! Le père de famille, lorsqu’il y a un problème dans la famille, il est le premier à s’en préoccuper.

En même tant qu’il ne fait rien, c’est ça le problème…   

Ne dites pas qu’il ne fait rien, demandez ce qu’il fait, lorsque vous dites qu’il n’a rien fait ça veut dire qu’il est indifférent à la situation. Je peux vous dire déjà, lorsqu’il était à l’étranger, régulièrement,  il s’est entretenu avec l’ensemble des autorités pour voir quels sont les voies et moyens pour sortir de crises. Tous les émissaires dont vous parlez y compris le ministre des mines ; c’est le mandat du président de la République et du gouvernement d’aller trouver la solution aux problèmes et la subir régulièrement. L’évolution de la situation sur le terrain aujourd’hui on voit les limites des négociations qui sont en cours. On voit également le préjudice énorme que cette situation pose au pays. Je peux vous dire qu’il ne restera pas longtemps indifférent et on trouvera les solutions pour enfin mettre fin à cette crise.

Vous êtes son conseiller spécial. On peut s’attendre à voir le président à Boké ?

Moi je dirai plutôt que ce soit le président qui se déplace, soit, il s’implique ou alors pourquoi pas les jeunes de Boké qui négocient avec les émissaires du président de la République. Eux- mêmes ne mandateraient   pas certains d’entre eux pour venir le rencontrer  et posez leurs problèmes. On a vu ce qui s’est passé pendant la grève des enseignants et des contractuels, puisqu’on n’a pas trouvé de solution à la base. Une solution a été trouvée au sommet pour le bonheur de tout le monde. Je pense que l’Etat est un tout, chacun à un rôle.

 L’Etat est un tout mais est-ce qu’il faut continuer à faire pareil à chaque fois ?

Moi personnellement, aujourd’hui il est plus qu’impérieux de mettre en place un comité de veille et de gestion de crises parce que la plupart des crises qui éclatent, on voit les prémisses, on envoie un peu les conditions. Et il n’y a pas suffisamment de volontés de la part ou de négligence par rapport à ceux qui sont en charge des affaires publiques, parce que si on n’est pas capable d’anticiper  lorsqu’on gouverne, on n’a des faiblesses, lorsqu’on n’est pas capable de résoudre une crise.  Ça veut dire soit il y a un déficit d’autorité soit il y a une crise de confiance. Dans les deux cas, c’est grave.

Avec l’Indépendant   

 

 

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