Pendant que l’opposition a décidé  d’observer  l’état d’urgence sanitaire déclaré par le président de la République, crise sanitaire oblige, Alpha Condé lui, profite de ce ‘’vide’’ laissé par ses adversaires  pour sillonner les provinces intérieures, en vue de prêcher la ‘’bonne parole’’ relative à la riposte contre l’épidémie d’Ebola. Ces tournées constituent une aubaine pour le chef de l’Etat pour tancer certains opposants  qu’il accuse d’être  tout simplement des fossoyeurs de notre économie, qui ont trompé le défunt président Conté. Ce fut le cas dimanche dernier, lors  d’une visite dans la préfecture de Boké, où il a sensibilisé contre le virus Ebola, tout en envoyant des piques aux anciens dignitaires de la deuxième République.

Tout comme en Moyenne Guinée où il s’était rendu récemment, la visite du chef de l’Etat dans la préfecture de Boké, le dimanche dernier  s’est faite sans grand bruit au départ. On pourrait parler de visite surprise. Même si les autorités  des  localités visitées, avisées à l’avance par les services protocolaires prennent toujours  soins de mobiliser les populations, pour des besoins d’accueil.

Alpha Condé a débuté sa tournée par la Sous-préfecture de Sangarédi, puis suivra l’étape de Kamsar. Partout, la mobilisation fut grande.

Des témoins affirment s’être crus en pleine période électorale. Comme pour dire que ces tournées présidentielles censées être des occasions pour Alpha Condé de sensibiliser contre le virus Ebola,  ne seraient en réalité qu’une  campagne électorale déguisée. Le président prend  certes soin de se défendre en affirmant partout que ‘’son objectif est la lutte contre le virus Ebola et non l’organisation d’une élection’’, mais pour qui sait lire entre les lignes, on se rend bien compte qu’il s’agit d’offensives de charme, destinées à préparer les échéances électorales en vue.

Le président préparerait en fait l’après Ebola, souffle un observateur averti, un proche du palais sous le couvert de l’anonymat. Le réquisitoire du président contre les anciens caciques du gouvernement Conté, reconvertis pour la plupart en hommes politiques participerait dans cette stratégie de balisage du terrain pour le parti au pouvoir, dans la perspective des scrutins à venir.

Au lieu de jeter la pierre à l’ancien président Lansana Conté, une démarche contreproductive, car pouvant susciter des rancœurs chez certains  nostalgiques de la deuxième République, Alpha Condé préfère dorénavant porter son viseur sur les anciens Premiers ministres.

Il a renoncé à cette formule qui lui était si chère au départ  dans ses différentes sorties, quand il disait avoir ‘’pris la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée’’. Comme si les 24 de règne de Conté n’avaient été marqués que par l’incurie.   Alpha a varié dans son discours en affirmant à Kamsar que ‘’le Général Lansana Conté était analphabète et que  les vrais responsables du retard de la Guinée ne peuvent  être que les cadres qui ont servi sous son règne’’.  De quoi incriminer Cellou Dalein Diallo, Lansana Kouyaté, Sidya Touré et autres, pour ne citer que ceux-là, qui ont occupé les fonctions de Premier ministre sous la deuxième République.

Mais à mesure que  le temps passe, ce discours du président aura du mal à produire l’effet escompté. C’est le moins qu’on puisse dire, tant l’opinion est quasiment désabusée, quant à la recette proposée par l’actuel pouvoir pour changer la donne. Nombreux sont en effet les citoyens qui pensent aujourd’hui que l’administration guinéenne n’a pas évolué en termes de moralisation.

La corruption continue de régner dans tous les secteurs, sans qu’aucune mesure coercitive ne soit prise pour freiner la pratique.

Pire des thuriféraires de l’ancien régime se retrouvent à de hautes fonctions de l’appareil d’état. Il est vrai que le président  Condé a pour la énième fois promis lors de cette visite dans la préfecture de Boké de faire la lumière sur la gabegie financière qu’il ne cesse de dénoncer depuis son avènement aux affaires en décembre 2010.

Mais pour certains observateurs, cette promesse présidentielle est devenue une arlésienne. Et que les autorités actuelles feraient mieux de balayer devant leurs portes. Car pour eux, des cadavres, il y en a aussi dans les placards de certains dirigeants du gouvernement actuel, et dans les milieux d’affaires proches du palais. Le bout du tunnel est donc encore loin, à cette allure. Les prochaines échéances électorales serviront certainement d’indicateurs, pour dire qui du pouvoir et de l’opposition a marqué les esprits, de manière positive. Pour le moment, les tournées du président, ont beau mobilisé du monde,  elles ne peuvent prédire un raz de marée électoral en faveur de son parti.

Mamady Kéita in L’Indépendant, partenaire de guinee7.com

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