Mohamed Moussliou Chérif Haidara, ancien membre de la cellule de Communication ad hoc de M. Bah Oury, vice-président exclu de l’UFDG, qui s’est démarqué de son « mentor », pense qu’il sera quasiment impossible de ramener Cellou Dalein Diallo et Amadou Oury Bah autour d’une même table. Pour lui, ce serait donc peine perdue de vouloir réconcilier les deux hommes. Il le dit  dans cet entretien accordé à notre reporter.

Monsieur Haidara Bonjour. Vous étiez membre de la cellule de communication ad hoc de Monsieur Bah Oury, et dans une déclaration que vous avez publiée le 25 février dernier, vous avez annoncé votre départ. Quelles en étaient les raisons, concernant cette rupture?

Mohamed Moussouliou Haidara : Bon ! Merci. Je vais relater brièvement à vos lecteurs. J’ai déjà relaté dans une déclaration comme vous-même vous l’avez dit, rendue publique depuis février. Mais puisque tout le monde n’a pas accès à cette déclaration, permettez-moi de rappeler l’historique de la création de cette cellule de communication ad hoc. Vous n’êtes pas sans savoir que Bah Oury depuis  pratiquement l’attaque de juillet 2011, du domicile du président de la république a été cité parmi  les acteurs commanditaires de cette attaque, et a quitté la Guinée. Il était entre temps condamné à la prison à perpétuité, et donc vivait en exil. Dans son exil,  seulement le parti l’a soutenu. Après l’élection présidentielle de 2012 et de 2015, le président de la République Alpha Condé a rencontré Monsieur Bah Oury, soi-disant dans une dynamique de réconciliation et d’apaisement de la situation politique interne et externe, pratiquement interne et externe parce qu’il ya des Guinéens qui sont en exil. Donc l’objectif visé  c’était de permettre à ces Guinéens exilés de rentrer au pays. C’est dans ce cadre là qu’on a contacté Tibou Kamara, Bah Oury et certains d’autres, à l’époque Bah oury a pris l’initiative de rencontrer le président de la République sans avertir ni informer le parti et sans recevoir l’aval du parti. Mais les raisons qu’il avait évoquées à l’époque au niveau du parti, il ya eu deux tendances. Certains disaient que d’accord  ces raisons sont défendables, d’autres disaient qu’il fallait suivre d’abord la démarche engagée, d’aller dans une démarche  concertée avec le parti, le parti n’allait pas s’opposer mais il ya une forme qu’il fallait y mettre, il l’a pas fait. Nous, nous avons estimé qu’il ne l’a pas fait. Il ya déjà un pas qui est franchi, tout le monde est mis devant un fait accompli. Voyons les objectifs qui sont fixés dans cela, et ce qu’on peut obtenir de positif dans cette rencontre.

Donc c’est ainsi qu’une tendance dans laquelle moi je figurais a essayé de rentrer en contact avec Bah Oury qui nous a expliqué l’objectif de la démarche. Il a dit que premièrement  c’est pour la situation d’apaisement politique, deuxièmement l’objectif c’était de permettre aux Guinéens en exil de rentrer au pays, de bénéficier d’une amnistie et troisièmement  libérer les prisonniers qui étaient dans le même cadre d’attaque du domicile du président de la République. Tels que  AOB,  Fatou Badiar, les jeunes Baba Alimou, Almamy Aguibou, ainsi de suite. Nous, nous avions estimé que ça c’est défendable. On a décidé d’accompagner Bah Oury dans ce sens.

Seulement dans ce sens, pour qu’il puisse revenir et qu’il revienne  dans le parti à condition que Alpha respect le deal,  c’est-à-dire qu’il pousse Alpha à aller jusqu’au bout, je dis OK ! Dans ce cas on peut l’appuyer. C’est ainsi qu’il a dit essayer puisque moi je ne suis pas dans le pays de m’aider à véhiculer ces idées, à informer les militants. L’idée est venue de la création d’une cellule de communication ad hoc parce que AD HOC  veut dire provisoire. Parce qu’on ne peut pas créer dans un même parti, deux cellules de communication. Il ya la cellule officielle statutaire qui est reconnue. Mais on a dit puisqu’il n’est pas là, un leader de son rang, on peut toujours l’accompagner parce que les idées qu’il véhicule sont défendables. C’est ainsi que la cellule a été constituée. Nous, nous avons essayé de véhiculer ses idées pour défendre. Heureusement nous, nous avions dit certains d’entre nous personnellement, je l’avais dit à Bah Oury que s’il revient en Guinée, la première  des choses,  s’il n’obtient pas tout ce qu’il a convenu avec Alpha Condé, ça ne sert à  rien de revenir ou même si lui, il peut revenir, qu’il revienne dans le parti, et continuer ses activités politiques dans le cadre de l’opposition, dans le cadre de la dynamique impulsée par l’UFDG. Donc dans l’opposition radicale ; il a dit non ! Qu’il est un vétéran politique, que la situation politique guinéenne on n’a pas quelque chose à lui dire, je dis d’accord, moi personnellement si vous revenez vous prenez une autre orientation je m’en désolidariserai. Donc qu’est-ce qu’on a remarqué, effectivement certains points de l’accord avec Bah Oury et Alpha Condé ont été respectés parce que Bah Oury a obtenu une grâce dans la classe d’une amnistie. La différence est fondamentale parce qu’avec une grâce, il peut rentrer mais ne peut pas briguer un mandat électif. Deuxièmement chose, il n’a pas obtenu la libération des prisonniers. Il n’a obtenu que celle de deux personnes. C’est deux jeunes dont Baba Alimou et Docteur Thierno Sadou étaient à un an de la fin de leurs peines, donc pratiquement les gens qui ont de longues peines l’ont obtenu. Ça veut dire que le trophée politique sur lequel il devait s’appuyer, il l’a pas eu. Malheureusement Bah Oury est rentré en Guinée avec un esprit si vous voulez d’attaque, de revanche contre son propre parti, contre la direction de l’UFDG.  Nous avons dit à un moment écoutez, nous avons observé Bah Oury depuis son retour. Nous pensons que la dynamique qu’il est en train de prendre ou l’orientation qu’il est en train de prendre ne nous convient pas parce que ça va à l’encontre de l’intérêt de l’UFDG. Et moi personnellement en tant qu’activiste de ce parti,  pour lequel j’ai travaillé depuis de longues années, je ne peux pas revenir détruire ce que j’ai construit pendant des années.

C’est là que j’ai pris ma distance avec Bah Oury, et je l’ai signifié dans cette déclaration. Maintenant il ya des éléments concrets que je pourrais illustrer par tout ce que je vous dis qui m’ont amené concrètement à lui dire que trop c’est trop, et que je ne suis plus d’accord avec lui.

Dans un passage de la déclaration, vous dites que Bah Oury est aidé par le pouvoir et certains adversaires que vous qualifiez même  d’ennemis de l’UFDG   pour créer des crises au sein de votre parti. Est-ce que vous avez des preuves de vos allégations?

Bon ! Comme on dit en droit, on n’affirme pas, on démontre mais les faits sont là. Ils sont prouvables. Premier acte, après la rencontre avec Bah Oury, des personnes qu’on a vu courir derrière lui, comme  Chantale Cole depuis la France, sont des personnalités qui ont une hostilité reconnue en vers l’UFDG ces dernières années. A son retour de la France, les personnes qui sont venues accueillir Bah Oury à l’aéroport sont des personnes, des adversaires reconnus de l’UFDG sur son propre terrain. Quand je prends le cas de Bah Ousmane, le cas de Saliou Bella, qui est lui-même exclu de l’UFDG, et Chantal Cole lui-même et beaucoup d’autres personnes  tapis dans l’ombre, même certaines personnes de la mouvance qui venaient. Vous croyez  la mouvance va aider quelqu’un qui va faire grandir l’UFDG, non ! La mouvance ne va jamais aider son adversaire à gagner une force. Par contre il va l’aider à s’affaiblir. Ces personnes étant connues pour leurs hostilités, si Bah Oury était dans la même dynamique que l’UFDG, il n’aurait pas accepté de marcher si vous voulez cheminer ou même collaborer avec ces gens. Il aurait pu revenir, rentrer dans le parti ; poser des problèmes. S’il a des problèmes pour que ça soit discuté, qu’il soumette tout ça aux militants pour que les militants approuvent ou désapprouvent parce que ce sont les militants qui décident de ce qui doit se passer dans le parti.

Mais dès lors qu’il vient avec le discours musclé qu’on connaît de Bah Oury qui change du jour au lendemain, en ventant les mérites d’Alpha Condé, on est tous tombés des nues. On a dit non ! Ça ! Ça ne marche pas, c’est que ya anguille sous roche.  Quand par exemple Ban Oury reçoit les cadres de l’UFR et qu’il demande des excuses à ceux-ci au nom de l’UFDG, dont il n’a jamais eu mandat ; entre nous, qu’est ce que l’UFDG n’a pas fait pour l’UFR dans ce pays. Grâce à l’UFDG, l’UFR a eu trois députés à Conakry. Ça c’est des faits concrets parce qu’on a vu les différentielles des voix entre l’uninominale où ils ont gagné et au scrutin de liste où le RPG gagnait devant eux dans ces trois communes. Là où ils ont gagné à l’uninominale grâce au report des voix de l’UFDG. Pendant tous les temps que les deux partis ont cheminé, l’UFDG a soutenu, matériellement et humainement l’UFR pour qu’il puisse maintenir un certain niveau politique.

Donc s’il vient demander des excuses à ceux-là, alors que ceux-ci ont toujours travaillé au détriment de l’UFDG en combine avec le pouvoir, nous estimons que ça c’est un acte de haute trahison, qu’on ne pouvait pas tolérer. Donc, il fallait prendre des sanctions contre Bah Oury. Moi, je vous dis que j’approuve cette sanction dès lors ces éléments concordants, ces faisceaux concordants indiquent qu’il travaille au détriment de son propre parti. Je ne sais pour quel intérêt, en tout cas tous ces éléments là prouvent que ce n’est pas dans l’intérêt de l’UFDG.

Bah Oury continue à faire parler de lui à travers des réunions qu’il tient dans les quartiers. Qu’en pensez-vous ?

Non ! Moi, je pense que c’est des épiphénomènes parce que Bah Oury a vu que le coup de force n’a pas réussi malgré l’appui du pouvoir. Sinon comment expliquez vous qu’on dise  Bah Oury est le numéro II du parti, qu’il soit exclu, qu’il ne reçoive pas le soutien d’aucune fédération nationale ou à l’extérieur. Qu’il ne reçoive pas le soutien de même pas un seul député, au moins si vous avez eu un ou deux élus qui l’ont suivi, ou trois ou deux fédérations qui l’ont suivi, mais non. Pour moi, Bah Oury est resté seul, il est allé seul. Le parti ne l’a pas suivi, les militants idem, et l’intelligence politique veut qu’un leader soit en symbiose avec la majorité au moins de ses militants. Si un leader ne va pas à la volonté de la majorité de ses militants, pour moi c’est ne pas un politicien intelligent.

Ce n’est pas un bon politicien, malgré qu’il avait eu cette réputation. Mais il s’est montré un politicien naïf ou en tout cas amateur par les pratiques. Donc revenant sur ses actes ou ses réunions ou meetings dans les quartiers, pour moi c’est un épiphénomène. Parce qu’on voit la nature du public qui vient derrière lui. C’est des gosses, c’est des jeunes sans activités qu’on mobilise à coup de 5000 fg pour qu’ils viennent remplir un petit hangar. Je pense que ce n’est pas sérieux. Je pense qu’il est en train de se ridiculiser. L’image qu’il avait est en train de se dégrader de plus encore parce qu’à la limite il aurait pu même aller dans un autre parti ou créer un autre parti, commencer à mobiliser.

Entretien réalisé par Alpha Amadou et Sadjo Diallo

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