Le ministre de l’Industrie des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion du secteur privé était l’invité de Lynx fm la semaine dernière. Dans cette émission, Boubacar Barry alias  « Big Up » pour les intimes a évoqué la situation parfois désastreuse des unités industrielles visitées dans les régions de N’Zérékoré et de Kankan. Il a annoncé qu’à N’Zérékoré déjà, une unité a été fermée. Mais  ceci est-il suffisant pour sauver le secteur industriel guinéen miné par l’anarchie et la corruption ? C’est la question qui demeure en suspens. Lisez.

Vous revenez d’une tournée en Haute Guinée et en Guinée Forestière. Vous avez visité des industries. Quel est l’état des lieux ?

« Je rentre d’une mission qui m’a conduit en Guinée Forestière et en Haute Guinée. Je vais continuer ces jours-ci en Basse Côte et particulièrement à Conakry. La mission consiste à un état des lieus et l’ensemble des unités industrielles qui sont revenues dans le portefeuille de l’Etat. Ce n’est pas tout. Nous allons aussi profiter de l’occasion pour visiter les unités industrielles en cours de réalisations ou déjà réalisées par des promoteurs privés. L’opération consiste à voir et à identifier  les cités qui ont été retenues pour d’éventuelles zones industrielles à travers la Guinée.

L’état des lieux est là. Ce sont des unités qui se sont arrêtées, il y a très longtemps. Le gouvernement, à travers le ministre de l’Industrie et le ministère des Finances avec la direction nationale du portefeuille, a réfléchi à une stratégie devant permettre la relance de ces activités industrielles de ces unités. Cette relance s’appuiera certainement sur le volet que nous allons retenir par des partenariats publics et privés, ou par des partenariats privés. Mais avant la relance effective de ces processus, il était important d’aller faire le point, savoir quel est l’état. »

Dans quel état se trouve la conserverie de Mamou ?

« Vous savez que je n’ai pas besoin de passer par mille chemins pour expliquer ça. Vous savez que ces unités industrielles sont à l’arrêt depuis de très longues années, la conserverie de Mamou spécifiquement. Heureusement, que la réserve foncière a été préservée. Les bâtiments avaient été très bien construits. Donc les bâtiments devant pouvoir accueillir les équipements techniques sont encore fonctionnels et sont en bon état. Aujourd’hui, ce sont les outils techniques qui sont complètements obsolètes et complètement usés qu’il faudrait  remplacer pour relancer cette unité industrielle.

A l’usine de Mamou, c’est le même constat. Le patrimoine foncier existe, le bâtiment existe et là également il faut moderniser les équipements. L’usine de Gari de Faranah là malheureusement  pratiquement plus rien n’existe. Il y a que la réserve foncière. Les bâtiments ont été vandalisés, les équipements ont été vandalisés. A Macenta, nous avons vu la scierie. Le bâtiment existe mais dont les unités techniques sont complètements vétustes. Nous avons vu l’usine de sciage qui pratiquement n’existe plus.

Nous avons vu l’usine de thé où là également  une partie a été incendiée par un incendie. Les bâtiments principaux existent, les équipements existants ont même été remis en route par des techniciens guinéens. Je crois que vous avez dû le voir à la télévision. Le processus de la remise en état de la zone agricole également a commencé par le nettoyage, le défrisage de ces espaces avec le concours de la population.

A N’Zérékoré, j’ai regardé la scierie dont les bâtiments existent. La préfecture avait pris des dispositions pour louer ces bâtiments au PAM et au HCR  qui a dû rénover pour stocker des équipements et du matériel alimentaire dans le cadre de l’assistance qu’ils font aux populations. Ces bâtiments-là sont très bien tenus.

A Kankan, j’ai visité l’usine de jus des fruits qui est fonctionnelle parce qu’elle a été reprise par des promoteurs privés. J’ai visité l’usine de briqueterie de Kankan dont les bâtiments sont là en très bon état. Le matériel est vieillissant. Il faut le remplacer. Voilà un peu le constat qui est fait.  Ça veut dire que l’Etat dispose et du patrimoine foncier et du patrimoine immobilier. Maintenant à l’Etat de relancer ces activités où en s’associant à des privés ou en décidant de le faire soi-même. Mais je crois que nous avons pris quand même l’option de faire de manière à ce que les secteurs privés soient le moteur du développement du pays. L’Etat fera de manière à ce que les secteurs privés s’intéressent à la reprise de ces activités. »

Vous avez été à N’Zérékoré. Vous avez fermé des unités de fabriques de bières. Alors qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

« Je vous dis tout à l’heure que l’objectif était de visiter les unités industrielles appartenant à l’Etat mais aussi de visiter les unités industrielles construites par des promoteurs privés ou celles qui sont en cours de construction. Donc au cours de cette visite, j’ai visité certaines unités. A Kissidougou, j’ai visité une unité de traitement d’eau qui semble répondre à un minimum de règles. Nous avons fait des observations liées à des questions de fonctionnalités. Nous avons demandé au promoteur d’apporter ses améliorations avec de concours des services déconcentrés du ministère.

A N’Zérékoré, nous avons visité des unités de distilleries. Le constat a été que ces distilleries  ne travaillaient pas dans la règle d’hygiène nécessaire au traitement du produit qu’ils avaient. Ensuite, on s’est rendu compte que ces distilleries ne disposent même pas de laboratoire d’analyse des produits qu’ils sont en train de préparer. Ce qui fait qu’à certaines questions que j’ai posé, ils étaient incapables de me dire : quel est le contenu ou le contenant des produits qu’ils avaient.

Et vous savez,  la réglementation impose de savoir quelles sont les substances, quels sont les produits avec les proportions indiquées en pourcentage, ce qu’ils ne savaient pas.

Nous avions déjà été alertés sur certains produits. Donc, j’avais fait venir des échantillons que nous avions pris sur le marché pour faire des analyses brutes. Et ces analyses avaient fait sortir certains pour certains types de boissons telles que celle qu’on appelle la force tranquille. Un taux d’alcoolémie qui tournait autour de 29 à 32%. Et on a constaté de l’acide sulfurique à l’intérieur du produit qui est 45 fois supérieur à la normale.

Donc ce qui fait que pour des questions de santé publique, je devais assumer mes responsabilités en fermant les unités industrielles. Je fais appel à SGS pour qu’on ait une structure indépendante qui est venue faire de prélèvement dans les deux unités industrielles pour l’ensemble des produits qui sont fabriqués dans ces unités afin que nous fassions une analyse approfondie de ces substances et que nous prenions des décisions définitives au terme des résultats qui sont sortis de ces analyses de SGS. »

Au terme de cette tournée à quoi peut-on s’attendre comme reformes issues de ce constat que vous venez de faire de Mamou jusqu’à Nzérékoré en passant par Kankan ?

« Il y a deux aspects: le premier aspect est lié aux unités industrielles qui sont dans le portefeuille de l’Etat. Il faudrait que maintenant que nous fassions de rapport de missions spécifiques, unité par unité, en donnant les avantages et les inconvénients qu’il a pour l’une et pour l’autre dans son état actuel et voir quelles sont les propositions de relance que nous pourrons faire au gouvernement. Afin qu’il puisse choisir une des options et chercher les partenaires qu’il faut pour la relance de ces activités par rapport aux stratégies définies.

Quand vous prenez l’usine de quinine de Macenta par exemple, c’est une donne nouvelle  parce que vous savez la quinine est proscrite dans l’environnement médicale. Donc là, il faut poursuivre une option  définitive, parce qu’on dit qu’il n’est plus question de reconstruire une usine parce qu’on a plus où vendre la quinine. Il faut réfléchir à la mutation qu’on ferait de cette unité industrielle vers d’autres activités qui sont porteuses dans la région spécifique de Macenta. C’est cette approche que nous allons faire pour ce qui concerne les unités industrielles qui sont revenues dans le portefeuille de l’Etat.

Maintenant pour les unités qui sont mises en fonctionnement par les promoteurs privés, c’est de les apporter l’assistance qu’il faut pour se mettre à niveau de respect des règles d’hygiène, du respect des normes. Il est vrai que beaucoup d’entre eux n’étaient très informés de la réglementation. Nous avons émis avec l’Institut guinéen de normalisation ce que nous avons appelé, le Cahier des normes qui répertorie en son sein l’ensemble des normes homologuées en République de Guinée et des normes harmonisées au niveau de la CEDAO pour que les entreprises et les sociétés qui sont dans les secteurs alimentaires et agro-alimentaires puissent se conformer à ces normes. »

On vous a entendu dire que c’est des machines mécaniques. Ce ne sont pas  des machines électroniques. Dans certaines industries, il est juste question de graisser

« Mais oui ! Pour ce qui n’est pas vandalisé comme à l’usine de thé de Macenta. Oui ! Les appareils n’avaient pas été vandalisés et puisque c’est des machines mécaniques comme je l’ai dit, il a fallu les graisser, huiler tous les mécanismes pour qu’elles marchent et elles ont marché.

Alors, c’est certain que si c’était des machines électroniques ça n’aurait pas marché. Ça c’est certain. Maintenant là où on les a vandalisés, des équipements qui ont été montés en 1960, 1963, je crois que c’est des équipements qu’on ne fabrique plus. Donc, il faut se débarrasser de ces équipements là et puis se procurer d’équipements modernes pour pouvoir relancer des activités de ces unités-là. Si le besoin se fait sentir que les populations soient intéressées à accompagner du point de vue agricole la relance de ces activités.

Parce qu’il ne suffit pas de relever les usines. Si on relève les usines et par derrière, on n’arrive pas aussi relever tous les processus liés à  la production agricole pour que les usines disposent de la matière première nécessaire à leurs fonctionnements, ça ne serai pas nécessaire. »

C’est bien d’annoncer. Nous avons fermé des unités industrielles en N’Zérékoré mais les produits qui étaient déjà sur le marché. Quelle est la stratégie mise en place pour qu’on récupère ces produits, pour qu’ils ne soient pas vendus aux consommateurs ?

« Je vous ai dit que nous avons fait des prélèvements. Nous avons fait des analyses. On attend le résultat des analyses pour prendre les décisions qui s’imposent. Je ne peux pas rentrer dans le marché. Nous sommes dans un environnement libéral. Je ne peux pas aller dans le marché parce que je soupçonne quoique ce soit et retirer des choses alors que je n’en ai pas la preuve palpable qui puisse justifier ma décision.

Le simple fait,  que je me rends compte que les éléments d’hygiène ne sont pas remplis moi-même, a fermé l’unité industrielle pour que l’hygiène soit respectée. Le filtrage qui est fait de l’alcool, qui est produit dans ces unités que j’ai vues, le filtrage est fait avec des chiffons. C’est mon droit d’arrêter les choses.

Les bouteilles dans lesquelles sont mis ces alcools ne sont pas plombés.  Ça veut dire que ces bouteilles-là ne sont pas épanches et on peut mettre n’importe quelle substance dedans à l’intérieur de l’usine ou en dehors de l’usine. C’est pourquoi j’ai dit qu’il faut une structure indépendante pour pouvoir départager l’administration qui est chargée de réguler et de veiller à la normalité du marché et les producteurs qui ont les droits de produire leurs activités lorsqu’ils y a les règles et les normes. »

Mais pourquoi, on a laissé de telles usines prospérées en Guinée Forestière ?

« Mais ce n’est pas qu’en Guinée Forestière qu’il y a des distilleries. A Conakry, il y a des distilleries. Mais le problème, il faut qu’il y ait de contrôles. Vous savez comment ça se passe. C’est comme si vous prenez un peu aujourd’hui les unités de conditionnement d’eau. Il y en a combien ? Vous avez des gens qui ont des forages à domicile qui produisent de l’eau qui vendent de l’eau sur le marché. »

Pourquoi, ils échappent au contrôle ?

« Je vous dis qu’il y a des gens qui ont des forages à domicile, il faut bien des enquêtes. Aujourd’hui, nous avons obtenu des ressources pour pouvoir mettre en place le répertoire national des petites et moyennes entreprises. Donc, il y a des enquêtes sur le terrain qui vont être menées pour pouvoir déceler tout. Il y en a qui ont les choses à leur domicile. Ce n’est quand même pas évident. »

Dans le marché, il faudrait qu’une institution étatique se saisisse de ça pour dire attention

« Il y a des structures de contrôle à tous les niveaux, au niveau national, au niveau des communes, Il faut  faire des manières à ce que les structures fonctionnent efficacement. Je ne peux pas dire qu’ils ne fonctionnent pas. S’ils ne fonctionnaient pas, on n’allait pas découvrir ce qu’on a découvert à N’Zérékoré, mais ce n’est pas tout le monde qui est dans cette dynamique. Il y a certains qui ont des unités industrielles qui répondent aux normes qui produisent de l’eau et qui mettent de l’eau sur le marché.

Vous avez des usines de distilleries ici à Conakry qui produisent de l’alcool, qui mettent les alcools sur le marché qui répondent aux normes. Mais ceux qui ne répondent pas aux normes, nous devons veiller à ce qu’ils se mettent aux normes. »

L’industrie de l’eau minérale en Guinée est complètement polluée par des eaux. On ne s’est pas d’où elles sortent !

« Mais justement, est-ce que  vous en tant, qu’intellectuel, je suis certain que vous n’achetez pas n’importe quelle eau sur le marché. Vous qui est intellectuel, vous pouvez faire la différence. Mais pour nos pauvres parents qui sont analphabètes, ils ne peuvent pas faire la différence. A nous de faire le point et indiquer aux populations quelle est l’eau de bonne qualité de l’eau qu’il faut consommer et celles qu’il ne faudrait pas consommer. Je dis qu’au terme de cette opération, nous allons le dire à la radio et à la télévision. On va utiliser vos médias pour dire clairement aux populations. Cette eau n’est pas à consommer parce qu’elle n’est pas bonne. »

Mais d’ici là, ça aura causé beaucoup de dégâts dans les organismes humains non? C’est une course contre la montre, il faut faire vite

« Mais Oui ! On dit en français ‘’qu’à l’impossible nul n’est tenu’’. On le découvre, on essaie petit à petit de mettre de l’ordre dedans. Ça, c’est un travail de longue haleine parce que c’est éparpiller sur toute l’étendue du territoire national. Donc, il faut s’y mettre.  Ça demande des moyens humains, ça demande des moyens matériels, des moyens financiers. »

Une synthèse d’Alpha Amadou Diallo (L’Indépendant)

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