Dr Haba Niankoye, est le directeur du centre national de la transfusion sanguine. Dans un entretien accordé à notre reporter, ce pharmacien biologiste et spécialiste en transfusion sanguine de son état, balaie d’un revers de la main des soupçons de corruption qui entourent la gestion des poches de sang au sein de sa structure.

Bonjour Dr Haba, comment le CNTS procède-t-il pour  collecter les poches de sang en cette période d’épidémie d’Ebola?

Dr Haba Niankoye : La question que vous posée prend en compte toute la chaîne transfusionnelle. Ceci dit pour collecter du sang, il y a un préalable. Ce préalable c’est quoi ? C’est sensibiliser d’abord la population pour rechercher parmi la population les gens qui sont capables de donner leur sang. Et il faudrait nécessairement que ces gens soient d’abord des volontaires et lorsqu’il y a ces volontaires, parmi les personnes sensibilisées, nous procédons à un entretien médical. Puisque n’est pas donneur qui le veut. Il y a des critères sur la base desquels nous sélectionnons les candidats au don du sang. Donc, c’est quand ces personnes remplissent ces critères de don de sang qu’on va procéder à leur prélèvement. Voilà un peu comment se fait la collecte de sang. Pour cette tâche, il y a toute une section au centre national de transfusion sanguine, qui s’occupe de la mobilisation de la population pour le don de sang. Il y a une autre section qui s’occupe de la sélection de donneurs de sang, une autre section qui s’occupe de la collecte de sang et la suite aussi est occupée par d’autres sections.

Il se trouve qu’il y a une épidémie qui sévit actuellement dans le pays. Comment vous vous y prenez ?

Quand on parle d’épidémie, il faut dire que la transmission est toujours un risque avec l’épidémie d’Ebola. Puisque nous travaillons d’abord par rapport aux infections transmissibles par le sang. Il y a des questionnaires dans la sélection qui permettaient de discriminer les donneurs potentiellement inaptes aux dons de sang.   Avec l’épidémie d’Ebola, nous avons renforcé le système de sélection en apportant des questions supplémentaires qui permettent de discriminer les gens. Peut être qui ont eux des contacts avec des patients malades d’Ebola. Où alors des gens qui vivent dans des zones où il y a eu un cas d’Ebola. Ce sont des questions que nous posons par rapport à tous ces éléments et qui nous permettent de sécuriser notre système de sélection.

Après la collecte comment gérez-vous cette banque de poches de sang avec les autres structures sanitaires?

Le centre national de transfusion sanguine, c’est la structure de référence en matière de transfusion sanguine dans notre pays. A cet effet, nous devrions être capables de ravitailler toutes les structures sanitaires du pays sur la base du sang que nous collectons. Pour que partout où on est en Guinée, s’il y a une structure de soins de la transfusion qu’on puisse le faire en toute sécurité. Il se trouve que nous n’avons pas les moyens de notre mission. Ce que nous faisons actuellement, c’est d’abord avec le peu de moyens que nous avons; pour travailler dans la ceinture de Conakry en faisons quoi ? En installant les unités hospitalières de transfusions sanguines. Il y en a quatre maintenant : une au CHU de Donka, une aussi au CHU de Ignace Deen, une à l’hôpital Sino-guinéen et l’autre au CMC de Ratoma. Dans toutes ces structures que nous appelons unités hospitalières de transfusion sanguine, nous avons des équipes qui s’occupent de transfusion sanguine, et nous mettons dans ces structures un stock de sécurité et les personnels qui sont affectés dans ces structures gèrent ce stock de sécurité. De façon à ce que ça ne soit pas la poche qu’eux ils collectent directement qui soit remise aux patients. Mais de telle sorte que le stock de sécurité qu’ils ont qu’ils puissent servir des patients qui ont besoin d’être servis dans ce stock de sécurité. Que le stock qu’ils collectent soit analysé à partir du CNTS et les résultats leurs soient restitués en vue de l’utilisation des stocks en question. Voilà un peu comment nous travaillons. Actuellement dans toutes ces structures, il y a possibilité de recevoir les parents des patients et de collecter du sang auprès de ces proches et de remplacer ces poches par du sang déjà sécurisé qui est à leur disposition.  Le même système se trouve au centre national de transfusion sanguine où nous recevons d’un côté les volontaires qui veulent sauver une vie en donnant leur sang. Mais de leur côté aussi, les proches des gens qui ont besoin de transfusion et qui viennent donc pour remplacer les poches destinées à ces patients. Donc dans toutes ces structures de la région de Conakry c’est comme ça que nous travaillons jusqu’à Coyah d’ailleurs. Et les autres structures du pays, elles, elles viennent directement chercher les intrants transfusionnels et chaque structure, à son niveau, essaie de faire un pool de donneurs et collecte le sang auprès de ces donneurs et le met à la disposition des patients de sa région.

Si je comprends bien les hôpitaux de l’intérieur du pays n’ont pas ce genre d’organisation ?

Les hôpitaux de l’intérieur eu égard au fait que le problème de conservation se pose, ils n’ont pas ce genre d’organisation, nous avons essayé avec certaines structures. Mais aucune structure n’a la possibilité d’assurer le courant en continu. Ce qui fait que le sang dans ces structures ne peut pas être conservé. Les agents chargés de la transfusion sont obligés de satisfaire les besoins à la demande.

Combien coûte une poche de sang ?

Ce n’est pas le coût réel que les bénéficiaires paient actuellement. Quand on calcule le coût de revient d’une poche de sang. Parce que ça prend en compte beaucoup d’éléments non seulement : Le prix des intrants mais aussi l’amortissement de tous les équipements, du carburant, les frais des personnels. En fait beaucoup de choses rentrent en ligne de compte, et nous ne pouvons pas mettre sur la tête des bénéficiaires. Il y a une commission interministérielle qui a siégé dans ce cadre pour débattre les tarifs de soins dans notre pays,  et qui a défini le coût de 8 500 francs guinéens. Comme coût raisonnable que chaque bénéficiaire devrait payer pour bénéficier d’une poche de sang. En plus de ce montant, il y a des tests que nous faisons pour être sûr que le sang que le patient va recevoir correspond bien à son sang et qui fait qu’au lié de 8 500 francs guinéens, le patient paye finalement les 13 000 francs guinéens pour bénéficier d’une poche de sang. Ça, c’est au niveau des structures de Conakry. Celles de l’intérieur, il y a deux niveaux : les hôpitaux régionaux, c’est le même coût 13 000 francs guinéens, et les hôpitaux préfectoraux le coût là bas c’est plutôt 8 500 francs guinéens.

Que répondez aux observateurs qui estiment que vous vendez très cher les poches de sang ?

J’ai n’ai jamais eu malheureusement la chance que quelqu’un me rapporte la preuve qu’il a payé tel ou tel montant.

Pourtant cela est fréquemment dénoncé par bon nombre d’observateurs ?

Vous le savez au tant que moi, qu’il n’y a pas de corrupteur sans corrompu. Il n’y a non plus de corrompus sans corrupteur. Ce qui fait que les gens nous taxent de vendre le sang. C’est le fait que la plupart des gens ne veulent pas respecter la mesure qui a été envisagée en accord avec le monsieur le ministre de la Santé. Pour que chaque personne qui a besoin d’une transfusion puisse bénéficier de cette transfusion en toute sécurité. C’est quoi ? La mesure consiste à demander deux donneurs, lorsque vous avez besoin d’une poche de sang, vous devez deux donneurs. Alors c’est cette mesure qui fait peur à ceux là qui ne veulent jamais donner leur sang, et qui les amènent à des tentatives de contournement. Si on dit à quelqu’un de donner deux donneurs et puis payé 13 000 francs ou  8 500 francs, selon le cas. Beaucoup ne veulent jamais faire, ils passent par des chemins tortueux. Et c’est soit l’infirmière de service qu’on va chercher à corrompre ou c’est le médecin qu’on va chercher à corrompre ou c’est d’autres personnes dans le circuit qu’on va chercher à corrompre. Lorsque nous, nous voyons des collègues venir nous dire c’est ma tante ou mon neveu. Qu’est-ce que nous pouvons faire. Nous ne pouvons que chercher à résoudre le problème. Il se trouve très souvent que ce n’est pas le personnel médical du CNTS qui fait  ce circuit que j’appellerais mafieux. Mais plutôt les gens qui sont situés entre le CNTS et les services de soins qui font ce trafic. Et qui malheureusement salissent le nom du service de transfusion sanguine. Nous, pour notre part notre devoir, c’est de mettre à la disposition de la population le sang dont la population a besoin et nous ne pouvons pas le faire si cette même population ne nous aide pas. Parce qu’on ne fabrique pas le sang. On n’achète pas le sang, on ne peut que l’avoir dans l’organisme d’un individu sain.

Justement Dr Haba à votre avis, est-ce que les Guinéens sont disposés à pouvoir donner leur sang ?

Quand on a fait les études pour voir s’il y avait une bonne perception du don du sang au sein de la population, les résultats montrent qu’il y a une bonne disposition de la population à faire don du sang dans un cadre humanitaire. Mais dans la pratique, c’est autre chose, lorsque nous devrions aller pour une collecte quelque part, il fallait que nous préparions tout ce qu’il faut à cet effet. Très souvent nous dépensons plus que nous recevons de don de sang. Donc en théorie les gens disent qu’ils sont disposés à donner le sang. Mais lorsque vous partez vers eux, certains par peur de se voir dépister pour une maladie transmissible, ils ne donnent pas. Hors, ici nous, nous travaillons dans le cadre de l’obtention du sang sécurisé. Ce n’est que quand le donneur manifeste le désir d’avoir son résultat de dépistage que nous pouvons le faire. Mais ça sera une bonne chose qu’on se fasse dépister pour des infections. Puisqu’en le faisant on arrive plutôt à anticiper les complications et à se faire prendre en charge.

Est-ce qu’il vous arrive d’être en crise de poches de sang ?

Non, depuis 2011, ce problème ne s’est jamais posé, l’Etat ravitaille correctement le centre national de transfusion sanguine. Pour tout ce qui est poche à sang, test de dépistage, tout ce qui donc entre dans la disposition du matériel. Avec ces matériels et le système de deux donneurs pour une poche de sang. En plus de cela des collectes que nous nous débattons pour effectuer par ci par là. Nous arrivons à mettre un stock de sécurité qui nous permet actuellement de prendre en charge les gens qui ont déjà donné plusieurs fois le sang. Et qui ne peuvent pas du coup fournir des donneurs. A ceux là, nous donnons des certificats pour dire que, quand ils ont besoin de sang, Ils n’ont plus à amener de donneurs, ils peuvent venir directement. Au niveau du centre une fois que ce papier est déposé, on fournit au donneur le sang dont-il a besoin. Sauf que ce stock de sécurité ne suffit pas à prendre tout le monde en charge. Et même le trafic dont les gens parlent le jour où nous parviendront à disposer de la quantité de sang dont la population a besoin, mais on ne demandera à personne d’amener un donneur. A partir de ce jour personne ne cherchera à corrompre l’autre. Donc du coût on cessera de parler de trafic du sang.

Une dernière question, nous avons constaté la présence de certains  expatriés au sein du CNTS. Pouvons-nous savoir le motif de leur présence ?

Vous devez savoir cela, c’est dans le cadre de la lutte contre Ebola. Vous savez que l’OMS avait convoqué une série de réunions pour identifier les interventions potentielles qui pourraient être une solution dans la prise en charge des patients. Là dans, vous avez l’étude des vaccins, les essais sur les médicaments, mais aussi les essais sur d’autres médicaments n’ont conventionnels, y compris le plasma. Donc l’équipe qui est actuellement ici travail pour l’évaluation de l’efficacité du traitement de la prise en charge des personnes malades d’Ebola. Donc, nous cherchons à savoir si en prélevant le plasma des personnes guéris d’Ebola. Et en donnant ce plasma aux personnes qui sont malades d’Ebola, on pourrait les aider à se défendre efficacement contre la maladie et donc ce qui permettrait du coup de diminuer la mortalité de la maladie liée à Ebola. C’est cette étude que nous faisons en accord avec ces étrangers.

Peut-on connaître les résultats ?

Non, nous sommes pour le moment dans les préparatifs, nous n’avons même pas commencé encore.

Interview réalisée par Richard TAMONE, partenaire de guinee7.com

 

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