Rien ne va plus entre le gouvernement et le SLECG, on devrait dire entre le SLECG et le gouvernement, la nuance est importante, puisque l’intransigeance se trouve désormais dans le camp de Aboubacar Soumah, qui ne voudrait rien entendre de la reprise du congrès électif de janvier dernier. Dans un échange entre Alia Camara et Aboubacar Soumah sur Espace FM, le jeudi 22 février, le sujet de discorde est le respect du code du travail et la loi 28.

Ce qui est primordial pour l’inspecteur général du Travail, très serein, c’est le respect du code du travail. Aboubacar Soumah, lui, ne considère pas qu’il soit soumis au code du travail et il s’accroche mordicus à la loi 028. Quant aux invitations du SLECG adressées à différents organismes pour information, pour observation ou pour participation à ce congrès, Alia Camara dit que la loi spécifie que la date, l’heure et le lieu de la tenue du congrès devraient être contenus dans une lettre envoyée deux mois auparavant à l’Inspection générale du travail or, lui, inspecteur général du Travail, n’a reçu la lettre, avec accusé de réception, que la veille de la tenue du dudit congrès. Ce qui est déjà rédhibitoire, pour vice de forme.

Pour une dérobade, Aboubacar Soumah réfute le code du travail et s’accroche à la loi du travail L028, qui dit, selon Aboubacar Soumah, que le SLECG est indépendant.

Soit, mais qui pour valider et légaliser tout ce que le SLECG fait dans un pays, dans lequel il ne peut pas être l’instance suprême de souveraineté ? Le SLECG ne vit pas en vase clos et il n’emploie pas ses enseignants ; n’y a-t-il pas une loi qui régit toutes les organisations socio-professionnelles en république de Guinée ? Si les interlocuteurs du gouvernement se sont heurtés à Aboubacar Soumah, les juristes indépendants pourraient lui faire comprendre, peut-être, raison.  Comme les juristes et hommes de loi de ce pays ne disent rien et que leur silence troublant de laxisme laisse aller le pays vers l’année blanche, il est temps de les tirer de leur immobilisme.

Les conséquences d’une année blanche :

L’année blanche est envisagée dans les démarches de Aboubacar Soumah, il l’a dit sans détours dans l’émission ‘’les Grandes Gueules’’ de radio Espace FM, mais c’était plus par impulsion que par raison, parce qu’il n’a toujours pas digéré son humiliation par son expulsion de la salle, en plus, son salaire reste toujours bloqué. Mais pourquoi l’inspecteur général n’a pas encore œuvré pour le déblocage de ce salaire, puisque le gouvernement serait favorable à un règlement à la douce ? Pour Aboubacar Soumah, l’orgueil à fleur de peau le retient de réclamer son salaire à tout vent, mais si le gouvernement est de bonne foi, ce salaire devrait être débloqué immédiatement avant tous pourparlers pour tous  règlements à l’amiable, puisque depuis octobre, il ne roule pas sur l’or. On dit que « la torture journalière endurcit un homme, si elle ne le brise pas ».

Du même coup, l’avertissement est en direction de la justice de Mafanco qui tire en longueur le procès de Moussa Moïse Sylla. Selon une sagesse de la Basse-Guinée, « même l’hyène sait que ce qui effraie ne passe qu’une fois, pas plusieurs… ». Si l’incriminé avait flippé la première fois, il commence à s’adapter et à s’habituer aux coulisses et couloirs froids du tribunal, et ses avocats ne perdent pas une occasion de fustiger la justice guinéenne. Boomerang !

On disait que le déblocage du salaire de Aboubacar Soumah et Cie est un préalable parmi d’autres préalables ; si l’on veut aller à une négociation cartes sur table, vouloir faire l’impasse sur cette retenue, cela n’est pas pour décrisper la situation.

Mais encore, les observateurs se demandent si Aboubacar Soumah pense vraiment qu’une année blanche est sans conséquence de part et d’autre ? Il doit redescendre sagement sur terre et arrêter de planer, au risque d’être largué. On a tous eu des amis et connaissances qui habitaient et travaillaient à Fria, qui avaient voulu reprendre le travail au deuxième mois, mais le vandalisme de l’usine et le sabotage des rails du train Fria laissés libre cour avaient rebuté les Russes de reprendre. Si les travailleurs de Fria pouvaient tenir debout pour deux mois, les enseignants guinéens le pourraient, eux qui crient déjà famine depuis le 20 février ? Certains d’entre eux, ils sont des milliers, qui ont leurs enfants dans des écoles privées, tirent déjà la langue. La gageure est de leur demander de continuer de tirer la langue  jusqu’en fin mars…

Mais si les enseignants sont dans le pétrin, que dire des retraités avec leur pension de miséreux, de surcroît, auxquels le service des pensions refuse de délivrer des «Arrêtés concédant d’une pension de retraite civile », pour leur permettre d’accéder à leur squelettique pension, sauf moyennant 50 à 100 mille valeureux francs guinéens? Eh Wotan !!!

Ceci ne signifie pas à quel point la corruption a gangrené ce pays jusqu’à arnaquer les retraités ? Si ces retraités » se joignent au rang de Aboubacar Soumah et Cie, ça va barder. Est-ce que la COSATREG, ou quoi-là, n’est pas en train de se préparer ? Le gouvernement est-il au courant de cette magouille ?

Pour autant, le gouvernement ne doit pas attendre le pourrissement de la situation pour jubiler, il n’a absolument aucune raison valable d’en tirer gloire, bien au contraire, puisqu’il devra serrer la ceinture ; à quel cran que ce soit, il devra revoir les choses à la baisse dans la loi des Finances dans son budget de fonctionnement. Et puis, la deuxième échéance de paiement des autres 20% de la valeur indiciaire de 1030 était contrainte pour le premier trimestre (ou semestre ?) de cette année, et voilà bien que le deuxième mois est consumé. Le cumul de tous ces paiements avec rétroactivité n’est pas sans conséquences pour l’année en cours.

Quant à la FEGUIPAE, les parents d’élèves risquent de ne pas la féliciter, en cas d’année blanche. Leurs enfants grandissent un peu plus en faisant du sur-place, mais ce qui sera insupportable, c’est le goulot d’étranglement à tous les niveaux, surtout au niveau de l’éducation à la base, où des milliers et des milliers de marmots ne seront pas inscrits pour la première fois en 2018-19, par manque de salle de classe pour les accueillir. C’est une inconnue qu’il vaudrait mieux ne pas envisager, que ça soit à cause de la grève du SLECG ou à cause du manque de vision du gouvernement.

Comme on le voit, des deux côtés, le mal est infini, c’est un coup fourré, quitte à déterminer celui à qui cela va faire plus mal, le coup K.O.

Moïse Sidibé