«Les nouveaux riches sont comme la bière-pression : tirée en un instant, mais avec plus de mousse que le bière », disait    Mia Couto,  écrivain   mozambicain .  Nos  nouveaux riches, ceux-là, qui, par arrivisme se voient changer de classe sociale, de conditions de vie, ne créent  ni richesse  ni emplois, ils profitent de la sueur des autres : du peuple et de ses caisses. Ils portent   des vestes sur mesure, boivent de la bière glacée, mangent des pommes de terre farcies, sont en embonpoint  alors qu’il y  a peu étaient décharnés et l’on pouvait voir leur clavicule du fait de leur  panade.  Aujourd’hui, ils  voyagent avec les filles les plus fraiches qui soient   et habitent  à chaque voyage  qu’ils effectuent  dans les cinq étoiles. Ils ne peuvent  exprimer quelques  brides d’idées   sans qu’ils ne prononcent  le nom et louent   celui-là   qui leur a donnés   la possibilité de sortir de là : la panade et le  dénuement. Ils servent ce dernier, leur maître, lequel à leur avis ne  se trompe pas, il est droit quand il parle et nulle ne peut le redresser, il  doit avoir la paternité de tout. Ces nouveaux riches, sont enviés  des jeunes,  les belles jeunes filles  apprécient leur générosité.

Ils ne manquent non plus pas l’occasion de signifier leur gratitude à la providence, lequel ils ont arrêté d’adorer depuis qu’ils sont sortis de la mélasse. « Jeunes, mangeons, ceci n’est qu’un   bienfait de la providence » , voilà comment ils se prêtent aux gaspillages des ressources financières du pays. D’autres,  ne manquent pas  l’occasion de faire de leur foyer des lieux de restaurations publiques, ils y invitent  le quartier tout entier : jeunes et vieilles, hommes et femmes, à venir y déjeuner et dîner. C’est leur façon d’exprimer   leur générosité !

Ils transmettent sans le savoir,  aux membres de la société, les plus jeunes, des  valeurs qui créent un habitus.[1] Cette absence de  référentielles normatives et morales   fait sombrer  la jeunesse dans la quête   effrénée de la rente, dans la cupidité  la plus abjecte. Ainsi, chacun veut  être membre d’un parti politique   et se faire défenseur hargneux de son président, candidat à vie, fondateur du parti ou désigné par une groupie. Cette dispendieuse  prévarication   conduit  à la dépravation de nos mœurs déjà trop faibles, à  la banalisation de la corruption  et pis, à l’incitation à celle des idées. Ainsi, les familles, elles-mêmes, incitent leurs fils   à tirer parti   , mais illégalement   de leur fonction, à   faire employer  l’un de leur, à maximiser les   intérêts   de  son   groupe social ou de ceux portant son patronyme.

Nul développement ne peut jaillir d’un tel environnement où nulle ne veut vivre à la sueur de son front, où  chacun entrevoit devenir milliardaire, mais en allant chercher ces sommes astronomiques dans les caisses de l’Etat.  Un environnement où chacun veut être l’autre, et refuse d’être ce qu’il est.

Nos valeurs sont décadentes,   le pilleur est devenu la star acclamée de tous, le véridique   est une victime. On applaudit les voleurs , les vrais criminels   et punit  les voleurs à l’étalage, les laissés-pour- compte , ceux-là appelés de  mille façons : « mafdoun » en Egypte , « Ohiabrubro » au Ghana   , « endekarak tadah » en Indonésie  , « miseraveis » au Brésil , « Bomzhi » en Russie , « ghrino gorib » au Bangladesh , «  Osaukitsits »[2].  Je les appelle moi : les malades dont personne ne s’occupe,  les enterrés vivants,  les méprisés de tous.

Nos nouveaux riches, feignent  de comprendre   que l’homme est un être imparfait et qu’il sait bien s’adapter et voire tirer profit des incitations .Si vous incitez les jeunes à emprunter les raccourcis de la facilité, ils le feraient et nous resterons où nous sommes, dans le mal-développement.

Aux jeunes, comme moi, je dirai : « N’empruntons pas le raccourcis de la facilité, il mène à la mauvaise destination !  Ne fuyons pas l’adversité pour grossir le rang  des déserteurs.   Le réveil cathartique des intelligences et du génie de notre  peuple passent par : la conviction, la résilience, le travail opiniâtre et l’estime de soi.  Ne vendons pas la dignité et ne l’échangeons pas contre quelques billets de dollars.  Quand les nouveaux riches seront en disgrâce, nulle  ne voudra se rappeler de leur générosité et l’histoire quant à elle,   ne se souviendra pas d’eux. Faisons l’histoire, par la paix, par les idées et la conviction, elle se souviendra de nous.    Soyons sujets de l’histoire et elle aura la charge de faire ses victimes. »

                                                                          Ibrahima SANOH,

                                                                          Citoyen  guinéen

[1]  Associé aux publications de Pierre Bourdieu , mais  il remonte  à Aristote .  Il veut dire, un comportement acquis, un ensemble des valeurs transmises  et ancrées dans la vie d’une communauté, d’une personne au point d’être innées.

[2]William Easterly , « Les pauvres sont-ils condamnés à le rester ?» , Nouveaux Horizons , deuxième tirage 2008 , pp.22 .

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici