En ce moment précis et particulier de notre histoire singulière, les medias doivent être l’un des facteurs clés de démocratisation de notre pays. En s’imposant d’emblée comme un potentiel critique de l’autorité politique et administrative, leur premier apport serait alors la dénonciation sans langue de bois, la dénonciation de ce qui ne va pas avec impartialité.

Aujourd’hui, les medias privés ont sans doute contribué à estomper la peur de s’exprimer librement, à ancrer dans l’esprit de nombreux citoyens, qu’il est légitime d’avoir une opinion propre.

En dépit, de toutes ces avancées considérables du paysage médiatique guinéen, il y a encore beaucoup de manque à gagner.

             Le manque de structuration interne, le fonctionnement de manière improvisée, avec des moyens financiers dérisoires et des fonds de déroulement pratiquement inexistants ;

             une gestion centralisée et personnalisée, des salaires peu attrayants avec la surexploitation ;

             Le manque ou l’insuffisance  des équipements, une concurrence déloyale et le tout couronné par un manque criard de formation des journalistes sans parler de leur faible niveau.

Les nombreuses dérives dans la pratique professionnelle, trouvent généralement leur origine dans l’absence de formation appropriée des journalistes, les jeunes recrues venues à la profession, par ce qu’elles ressentaient le besoin de s’exprimer, ou étaient à la recherche d’un emploi. Ces jeunes, souvent de niveau d’études faible, ou n’ont fait pratiquement aucune formation en la matière, se livrent à des actes anti-professionnels, et ceux qui ont fait  la formation  ignorent volontairement, l’éthique et la déontologie au profil du gain facile ou politique.

Il est évident que les journalistes recherchent la vérité et la disent ?

Combien offrent à leurs publics, auditeurs, lecteurs les moyens d’exercer leur rôle de citoyen ?

Combien présentent au public, les principes qui guident le choix des informations et des valeurs que les medias défendent ?

En guinée fort malheureusement, la liberté de la presse est encore perçue, comme le simple pouvoir d’écrire ou de dire ce que l’on veut, sans entrave ni limite aucune.

Le sens de la responsabilité journalistique semble être bafoué, il ne s’agit pas seulement d’une méconnaissance ou d’une négligence des principes déontologiques, mais surtout d’un manque total de prise en considération des conséquences potentielles des propos dits ou publiés.

L’objectif du journaliste, est de transmettre à son public l’information la plus complète, la plus precise, cette culture est très peu ancrée chez beaucoup de journalistes guinéens.

Confusion entre journalisme économique, politique et publicité, encore entre espace rédactionnel et publi-reportage, pratiques partisanes. Absence de distinction entre information et commentaire, autant de violations de la déontologie professionnelle dont se rendent coupable un certain nombre de journalistes guinéens, sans oublier la politisation de l’univers médiatique.

Dans certaines émissions radiophoniques interactives, frisent parfois l’inacceptable, appels à la haine entre communautés, insultes personnelles et orientées, grave les animateurs sont incapables de les canaliser.

Que fait l’URTELGUI devant cette situation qui fait honte à la corporation ?

Que fait le CNC en tant qu’organe de régulation ?

Nous estimons alors, qu’au-delà d’une simple solidarité et confraternité aveugles et peu confortables, l’URTELGUI doit être plus responsable, efficace en appelant, incitant les journalistes à plus de professionnalisme, mais aussi extirper du milieu les intrus.

La solidarité et la confraternité qui encouragent les journalistes à pousser les bouchons de la dérive entrainent la décrédibilisation  du métier ; une solidarité deux poids deux mesures créent la frustration et la division.

Il est temps que toutes les structures professionnelles se lèvent pendant qu’il est temps d’assainir l’environnement truffé d’incompétents et de semeurs de trouble, de pyromanes.

Au CNC, de prendre ses responsabilités : promouvoir l’excellence ; sanctionner les incorrects ; organiser des rencontres périodiques avec les patrons des medias, dans l’optique de les accompagner afin qu’ils revoient leur grille salariale. Car les journalistes guinéens sont très mal payés, ce qui les conduit à faire des informations « sous commande » et l’apparition de l’expression mon ‘GOMBO’. Tant de choses à faire dans cet univers, aussi important que la consolidation et la préservation de notre jeune démocratie, mais aussi de la paix et de la quiétude sociale.

                              Laye Mamadi Condé, Consultant en Communication

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