Après son départ du gouvernement en 2003, Mansa Moussa Sidibé, PDG du groupe BCEIP (Bureau de Consultation d’Enquêtes, d’Intérim et de Perfectionnement), ancien ministre de la Pêche, Inspecteur du travail et Vice-Président délégué du patronat, a viré dans le secteur privé pour contribuer au développement économique de son pays. Qui, selon lui, emploie plus de 80% de la main d’œuvre. Dans une interview à bâton rompu accordée à notre reporter, Mansa Moussa Sidibé, relate la problématique de la main d’œuvre en Guinée, et donne son avis sur le dialogue public-privé initié par le gouvernement, le fonctionnement du patronat guinéen et la crise qui mine le CNP-Guinée.

Dans quel domaine d’activités évoluez-vous depuis votre départ du gouvernement ?

Mansa Moussa Sidibé: Bien depuis 2003, j’ai quitté les fonctions de l’Etat. Depuis 2003, je suis au service de moi-même. Heureusement, pour moi, au moment où j’étais en activité j’ai tenu compte de ce que je faisais à l’époque en qualité d’inspecteur général du travail. Pour voir ce que je pouvais faire à l’avenir, pour la Guinée et pour moi-même. A l’époque, j’étais inspecteur général du travail. La législation du travail n’était pas aussi fourni que maintenant. Il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas prévues que maintenant.

J’avais des problèmes dans l’application de certains principes alors j’ai décidé de créer une structure qui venait en complément pour chercher à résoudre ces difficultés. C’est ainsi que j’ai créé le groupe BCEIP qui devrait aider le personnel temporel, occasionnel, journalier à retrouver une couverture de droit. Tout ce qui rentre dans le cadre de la rémunération des travailleurs du BCEIP est prévu dans leurs contrats. C’est pourquoi, les Français qui venaient se sont vite intéressés au BCEIP parce qu’avant ils avaient beaucoup de difficultés. Ils ont compris que la structure venait pour les aider. C’est en 2007 lorsque moi-même j’ai pris la retraite que je me suis occupé pour deux ans avant l’arrivée de mon fils après ses études au Canada. Il a récupéré le poste pour continuer à gérer.

Actuellement comment vous évoluez avec la main d’œuvre locale ?

Nous évoluons très bien avec la main d’œuvre locale. Le constat que j’ai fait et que je continue à faire, c’est que notre main d’œuvre n’est pas bien formée. Parce que les structures de formation et les programmes ne sont pas très bien adoptés au besoin réel de l’emploi dans le secteur privé notamment. L’Etat ne peut pas employer tout le monde. Aujourd’hui, plus de 80% de la main d’œuvre guinéenne est employée par le secteur privé.

L’Etat doit former les jeunes en fonction des besoins du pays et diversifier les programmes de formation. Les jeunes guinéens sont théoriquement nantis, c’est la pratique qui leur manque.

Que pensez-vous du dialogue public-privé initié par le gouvernement?

Le dialogue public-privé est un élément fondamental pour le président de République. Le président en croit fondamentalement et je ne doute pas de sa volonté d’y aller profondément dans l’application. Mais, est- ce qu’il crée les conditions d’y aller ? Pas lui, lui il est prêt à aller. Mais est-ce-que ceux qui sont avec lui sont prêts à aller vers ce dialogue? C’est vraiment problématique. Prenons l’exemple aujourd’hui ce qui se passe dans les patronats. Il ne peut y avoir de dialogue s’il n’y a pas de structures patronales bien consolidées. La situation organisationnelle du patronat guinéen pose problème aujourd’hui. Il ne peut pas avoir de dialogue sans la justice. Il faut que la justice soit juste et équitable. Il faut que tout le monde respecte la loi. Le handicap fondamental qui entrave le dialogue c’est la justice. Et si la justice ne fonctionne pas correctement les investisseurs ne viendront pas. Ils ne viendront pas là où on est incapable même d’élire un chef de quartier.

Le président Alpha Condé fait de la promotion du secteur privé, un de ses défis prioritaires. Selon lui, c’est ce qui justifie ses voyages avec des opérateurs économiques à l’étranger. Quel est votre avis sur cette démarche du Chef de l’Etat?

Je viens de dire qu’il a tout fait pour que les gens viennent. Il va avec les opérateurs dont je fais partie, dans plusieurs de ses déplacements. Il va avec nous, nous invitons les gens, nous présentons le pays, nous présentons les richesses de ce pays, nous présentons les textes légaux de ce pays. Les gens sont convaincus. Mais quelque part dès qu’on quitte, les gens se disent mais les textes sont là mais ils n’arrivent même pas à élire un maire.

Il n’arrive pas à élire un chef de quartier et dans leur radio on dit que les décisions de justice rendues ne sont pas appliquées. C’est pourquoi les investisseurs refusent de venir dans le pays. Il faut qu’on accepte d’aller à l’application des principes. L’application de la loi ne relève pas de la dictature. La loi est au-dessus de tout le monde quand elle est correctement appliquée. On réussit, et le développement se fait facilement et aisément.

Comment se porte aujourd’hui le secteur privé guinéen après Ebola?

Cette question, elle est pertinente. Ecoutez, le secteur privé guinéen devrait se porter très bien aujourd’hui après Ebola. Ebola a eu un impact très sérieux sur le secteur privé guinéen. Et ce que j’ai évoqué sont des raisons pour lesquelles le secteur privé a des problèmes parce que s’il n y a pas d’investissements étrangers, et nous ne sommes pas riches à ce point pour que nous puissions investir chez nous. Nous n’avons pas les moyens de transformer tout ce que nous avons.

Que pensez-vous de cette crise qui mine le CNP-Guinée ?

Je ne peux pas répondre parce que je ne suis pas du CNPG. Moi, je suis de la CPEG.

Selon vous, quelles sont les conséquences de cette guéguerre entre Kaba GUITER et Mohamed Habib Hann sur l’évolution des affaires dans notre pays?

Je vous disais tantôt la meilleure façon de faire le dialogue c’est d’avoir des partenaires conséquents et bien organisés. Les partenaires conséquents, c’est l’Etat, le patronat et la société civile. Lorsqu’il y a des défaillances au niveau d’une des structures, cela entrave le fonctionnement du patronat.

Donc, la situation qui mine le CNP-Guinée est une situation qui malheureusement détruit notre organisation patronale. Il faut qu’on parvienne à comprendre qu’on peut avoir plusieurs patronats. Si le CNP, la CPEG, le PAG et les Miniers s’entendaient autour d’un processus d’une vision claire par rapport au dialogue, par rapport au développement, par un comportement face à la loi, c’est en ce moment que tout marche bien. Mais ce qui se passe au CNP n’est pas honorable pour le fonctionnement pour les autres patronats. Ce n’est pas honorable pour le dialogue que le président essaye de mettre en place.

Est-ce que cette division a un impact sur le fonctionnement du patronat en Guinée ?

Non, ces divisions  ne peuvent pas avoir un impact sur l’évolution du patronat. C’est une association qui est libre et chacun peut adhérer à l’association qu’il veut. Mais ce qui est important lorsqu’il y a des associations comme ça, c’est que cette association se retrouve pour discuter des problèmes qui la préoccupe, ensemble. Ils adoptent des solutions qui peuvent être des vraies solutions dans l’intérêt de tous. Nous avons essayé de mettre les trois patronats ensemble. Mais, il y a des gens dans le système qui ne veulent pas qu’on se retrouve.  Personne ne veut se faire représenter.

M. Sidibé quelles recettes conseillerez-vous au gouvernement pour booster le secteur privé guinéen ?

Le gouvernement a beaucoup fait. La situation du secteur privé se trouve coincé par le financement. Aujourd’hui, on a un problème de financement et les problèmes de crédits. L’Etat doit voir ça pour nous. L’Etat doit voir la bonne gouvernance au sein de lui-même.

Pour finir, avez- vous un message à lancer à l’endroit de vos compatriotes? 

 Le message je l’ai dit lors de la grève des enseignants. J’ai dit aux enseignants au lieu de grever pour avoir des sous, grevons pour avoir la bonne gouvernance. Qu’on apporte au secteur privé l’assistance qu’il faut. Il faut que l’Etat accompagne les jeunes pour se développer. Il faut que les Guinéens réfléchissent sur leurs conditions de vie et de développement. Il faut qu’on prenne les dispositions qui permettent aux gens de pouvoir réfléchir sur leurs conditions de vie. Aujourd’hui, les Guinéens ne se retrouvent pas pour discuter de leurs conditions de vie, mais c’est vraiment dommage. Il faut qu’on fasse un regard sur le passé pour mieux évoluer. 

Interview réalisée par Moussa Traoré

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