Dans la matinée de ce mercredi 16  juillet, notre reporter a rencontré M. Mody Mahy Barry, spécialiste en gestion urbaine et ex directeur du Service Public de Transfert de Déchet (SPTD) de 1997 à avril 2011. Dans cet entretien à bâtons rompu, il nous parle entre autres de l’insalubrité qui sévit dans notre capitale,  des  inconvénients de la privatisation, de l’absence des PME pour le ramassage des ordures ; des solutions pour  remédier à l’insalubrité qui sévit dans la capitale.

Guinee7.com : Quelle lecture faites-vous de l’insalubrité constatée dans notre capitale ?

Merci pour cet intérêt que vous portez pour la propreté de la ville de Conakry. Car il s’agit d’une question de santé publique. Il faut avoir le courage de le reconnaitre que malgré une forte volonté politique, Conakry est dans un état d’insalubrité inquiétant. Ceci s’explique par le fait que les techniciens  qui sont chargés de soutenir la volonté politique n’élaborent pas une bonne stratégie de gestion des déchets dans la ville.  Je précise que Conakry produit 1000 tonnes de déchets par jour et non 2000 tonnes par jour comme certains le prétendent.

A l’époque où vous étiez aux affaires, quelles comparaisons pouvez-vous faire avec la gestion actuelle des ordures par le gouvernorat ?

Pour faire un parallèle entre le moment où j’étais en fonction et maintenant, il y a d’abord une forte volonté politique qui n’existait pas en notre temps.  Ensuite, le niveau de mobilisation des ressources financières pour le SPTD  n’était pas le même. En 2010, l’Etat guinéen contribuait à hauteur de 800 millions de gnf par an et maintenant la tendance est à l’ordre  du milliard par mois. Aussi, il faut noter que contrairement à ce qui se passe maintenant, on avait une bonne stratégie de gestion de déchet et une gestion transparente des ressources financières qui étaient audités par un cabinet d’audit indépendant mais le fait le plus important, c’est qu’en notre temps; nous avions l’accompagnement de la Banque Mondiale. Aussi,  les possibilités de recherche de financement étaient en cours. Par exemple, les fonds carbones, c’est-à-dire un guichet de financement disponible avec l’assistance de la Banque Mondiale. Ce dispositif minimum nous a permis d’atteindre des taux de collecte de 80 pour cent.

L’absence de PME ne favorise-telle pas l’insalubrité ?

Tout ça rentre dans le cadre de la stratégie. En fait, l’élimination des déchets dans une ville obéit à une chaine au niveau desquelles différents acteurs interviennent. Il y a la population qui assure la gestion à domicile, les PME qui  assure la pré-collecte et la mise en point de regroupement, il y a les communes qui nettoient les voies et places publiques, il y a le  SPTD  qui coordonne tous les acteurs
ci-dessus, assure  le transport et la mise en décharge et enfin il y a la division salubrité publique qui applique le règlement de propreté dans la ville. Mais tout ceci se fait dans le cadre de document juridique relationnel qu’on appelle Protocole d’accord. Ces protocoles définissent  toutes les relations de travail entre les acteurs, l’Etat et les Collectivités et chacun sait ce qu’il doit faire et les résultats qu’on attend de lui. Comme ça, le contrôle devient facile. Malheureusement, cette stratégie a été mise à l’eau.

Compte tenu de votre expérience quelle démarche conseillez-vous pour sortir de cet état ?

Il faut de toute urgence  restaurer l’autorité du  Gouvernorat de Conakry et du SPTD sur l’administration de la gestion des déchets dans la ville de Conakry.  Dans ce cadre, les actions suivantes sont indispensables : la suppression de l’actuel comité de gestion du SPDT dont l’existence s’éternise au détriment d’une direction générale qui est juridiquement l’organe de gestion, le respect du décret de création du SPDT. Il faut aussi engager les procédures de nomination d’un directeur général du SPDT disposant de solides compétences avec un leadership fort, mettre fin aux interférences abusives des différents ministères dans la conduite des activités d’Assainissement de la ville de Conakry, faire établir par la nouvelle direction du SPDT un budget. Ce budget doit être conforme aux normes en la matière (en particulier, identification des niveaux de contribution du BND, du Gouvernorat et du SPTD), mettre en place le Conseil d’Administration du SPDT prévu dans le décret de création, redéfinir clairement d’une façon contractuelle et partagée les missions des PMEs de collecte, des associations de femme et des communes, rétablir les outils et procédures de gestion transparente des comptes du SPTD, élaborer et mettre en œuvre un programme de communication et travailler au retour de la Banque Mondiale dans le secteur de la gestion des déchets en relation avec le Ministère en charge de la ville. La tâche sera difficile mais pas impossible. Cette action est incontournable pour une gestion durable des déchets.

Conakry, ville sale

Et si on envisageait la privatisation de la gestion des ordures ?

Deux mois avant mon départ, j’ai attiré l’attention du gouvernement sur les conséquences négatives de la gestion privée des ordures dans la ville de Conakry. La privatisation n’a jamais été une solution durable de gestion des ordures en Afrique de l’ouest à cause de la faiblesse du niveau de mobilisation des ressources financières au niveau des collectivités locales et des multiples priorités des Etats.

Au-delà des réformes institutionnelles évoquées, pensez-vous qu’il y a d’autres solutions pour sortir Conakry de l’insalubrité ?

Pour que Conakry devienne une ville propre, il faut sortir de la démagogie par rapport à la propreté de la ville et en faire un problème de professionnel. Pour cela, il faut juste faire appel aux ressources humaines compétentes (l’Etat a formé des cadres en France. Ces cadres sont à Conakry, il faut leur faire appel). Il faut revenir à la stratégie initiale et à une gestion rigoureuse du SPTD.

Une affaire de professionnels, donc ?

J’encourage le nouveau gouverneur à poursuivre la propreté de la ville de Conakry, mais avec  des professionnels. Il est inadmissible de constater que ce sont des cadres guinéens qui ont mis en place le système de gestion de la ville de Ouagadougou et qu’à date des cadres guinéens se rendent à Ouaga pour s’inspirer de l’expérience de cette ville. Tout ceci, à cause de la mauvaise gestion des ressources humaines disponibles. Je précise que personnellement je ne suis demandeur de rien. Mais les  quatre autres cadres que l’Etat a formés avec l’appui de la Banque Mondiale peuvent contribuer à la mise en place d’une bonne stratégie. Il suffit de leur faire appel.

Propos recueillis par El Hadj M Koula Diallo

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