Trois membres de l’actuel Gouvernement

Il n’y a pas d’école de formation de ministres mais il y a des qualités pour faire assumer pleinement les fonctions ministérielles. Le ministre est un administrateur, un manager qui a une expertise dans un domaine. Il a  une vision et une grande capacité d’adaptation.

Le choix des personnes qui doivent diriger un département ministériel doit donc obéir à certains critères élémentaires qui tiendraient compte de leur compétence et de leurs aptitudes professionnelles. En Afrique, ces critères sont souvent biaisés. La fonction ministérielle est perçue comme une récompense politique plutôt que le couronnement d’une carrière administrative construite au fil des années ou la mise au service du développement d’une expertise avérée.

Le principal biais réside dans le choix des personnes issues des corporations pour diriger certains départements ministériels.

En Guinée comme dans certains pays africains, le ministre de la santé est issu du corps médical, le ministre de la justice est issu du rang des magistrats ou de l’ordre des avocats, le ministre de l’éducation ou des secteurs de l’enseignement issu du corps enseignant, le ministre des télécoms un ingénieur,  etc. C’est ça l’esprit corporatiste.

Un ministre de la santé, issu du l’ordre des médecins, connait mieux les problèmes et les aspirations des médecins que ceux des usagers des services médicaux. Pendant son ministère, il est plus tenté de résoudre les problèmes des médecins que de développer une bonne politique de santé publique. Il travaillera plus pour l’amélioration des conditions de vie de ses confrères de l’ordre des médecins : meilleurs traitements, hôpitaux et bureaux bien équipés, formations de points, distribution des postes administratifs, etc. Alors que, une bonne politique de santé n’est pas forcement celle qui consiste à mieux équiper les hôpitaux pour recevoir plus de malades, mais plutôt celle qui empêche que les hôpitaux soient engorgées : l’hygiène publique, les politiques de vaccinations de grande envergure, la politique de médicaments essentiels, les services de santé de proximité, la répartition rationnelle des médecins sur le territoire national, la valorisation de la fonction d’infirmier et des autres corps paramédicaux, etc. La réussite de ces politiques freine l’affluence massive vers les hôpitaux et réduits le comportement de rente des médecins véreux, aptes à monnayer leurs prestations à prix d’or.  Le Ministre médecin est convaincu que sa réussite passe par l’amélioration des conditions de vie et de travail de ses anciens collèges et sa carrière post ministérielle dépend de leurs appréciations. Il est donc mieux, de faire diriger ce département par un administrateur tout court (juriste, gestionnaire, économiste de la santé) à défaut d’un médecin de la santé publique doublé d’une expérience administrative hors clinique. C’est la seule façon d’éviter les errements connus depuis plusieurs et les perpétuels recommencements sans véritables résultats.

Le ministère de la justice. Le ministre magistrat ou avocat est issu d’une corporation et se soucie plus de l’intérêt de la corporation que les usagers de la justice. Dans le discours officiel, la justice est au service de tous mais dans la pratique, les institutions judiciaires sont au service de la corporation (magistrats, avocats et autres auxiliaires). La préoccupation du ministre de la justice est l’amélioration des conditions de vie des membres de la corporation et de leur épanouissement professionnel : formations, meilleurs salaires, primes, tribunaux et palais somptueux, respect, etc. alors que les usagers de la justice eux, n’ont besoin de que autres choses : la disponibilité d’un service de justice de proximité, l’accessibilité aux services de justices à moindre couts (en temps et en dépenses), l’impartialité de  juge et la certitude de l’application de la décision de justice. Si ces conditions son réunies, même si les tribaux siègent sous les hangars, les juges seront débordés par le nombre de dossiers à juger. Le fatalisme, le recours aux pratiques occultes, la justice de soi, etc… dans les différends découlent des défaillances constatées à ce niveau.  Il parait donc judicieux de choisir le ministre de la justice parmi les administrateurs-juristes (juriste-consultant, professeur d’université,  etc.) qui se soucient plus de la légalité, de l’intérêt des usagers de la justice que  de la survie de la corporation des magistrats et des avocats.

Le ministre de l’éducation ou des secteurs de l’enseignement revient aux enseignants de profession ou de carrière. Quelle erreur ! Dans leur rang, peuvent être issus des bons ministres mais dans la majorité des cas, c’est le même esprit corporatiste qui domine. L’intérêt du corps enseignant avant celui des usages du système éducatif. Le souci d’adéquation entre l’offre de service et la demande du service éducatif est loin d’être la préoccupation des ministres issus de la corporation. En Guinée, la succession de ministre issus de la corporation et la mise des enseignants au cœur des politiques de reformes du secteur n’ont produit que des effets pervers : programmes caduques, système du baccalauréat dépassé et en déphasage par rapport à tous les pays francophone de l’Afrique, les classe surpeuplées, les imitations des pratiques importées et mal adaptées, la mauvaise répartition des infrastructures sur le territoire national, le gaspillage des ressources, la mauvaise articulation entre les différents cycles et entre le pré-universitaire et l’universitaire, etc. Il est donc temps de sortir ce secteur des mains des seuls enseignants pour lui donner une nouvelle dynamique et le mettre au niveau standard.

Cette analyse est valable pour la plupart des départements ministériels pour lesquels des décideurs continuent encore à se tromper sur la différence entre compétence techniques et la compétence managériale. Le ministre des télécommunications n’est pas obligé d’avoir des compétences techniques en télécoms pour résoudre les problèmes de son département, de même que le ministre de l’agriculture n’a pas besoin de compétences dans le domaine agronomiques pour développer une bonne politique d’agriculture. Nous espérons que le Pr Président tiendra compte lors de la formation de son prochain gouvernement pour éviter les erreurs du passées et donner un coup d’accélérateur au programme de changement.

Woulada DEN in Le Diplomate