L’honorable Jean-Marie Doré n’est plus, il s’est éteint à son domicile des suites de maladie ce vendredi 29 janvier 2016 à 3h du matin. C’est un autre baobab de la classe politique guinéenne qui s’affaisse trois semaines après celui de Georges Gandhi Faraguet Tounkara. 

Des lamentations et des éloges fusent de toutes parts de la part de ses proches, des militants et sympathisants de l’Union du Peuple de Guinée (UPG) dont il était le leader. Des autorités politiques ou religieuses ne sont pas de reste.

N’étant pas du cercle restreint de ceux et celles qui l’ont approché et pratiqué des années durant et qui sont mieux indiqués pour parler de ses qualités  ou louer ses actions, je me contente en citoyen lambda d’évoquer l’image que l’homme me laisse.

La première chose qui me vient à l’esprit est la longévité de la carrière politique de Jean-Marie Doré. Il a été en effet un acteur politique de la première république à nos jours soit les 68 ans d’indépendance de la Guinée. Un jour qu’un jeune responsable de la mouvance présidentielle lui tenait tête dans un débat, il lui a répliqué vertement : «  Mon petit, je t’apprends que ton père n’était pas né quand j’ai commencé à faire de la politique. »

Le deuxième caractère de l’homme qui vient de nous quitter est sa constance à lui-même. Il a été constant à sa manière, plus précisément constant dans l’inconstance. Il était passé maître dans l’art de changer de camp selon ses humeurs ou son intérêt, un véritable caméléon qui prenait à chaque fois la couleur de l’environnement dans lequel il se trouvait. Ce n’est pas étonnant s’il prenait son petit-déjeuner à Sékhoutouréyah, déjeunait avec les chefs de l’opposition et dînait avec ses camarades du centre, un centre qui politiquement n’existe pas. Je posai un jour la question à un doyen de l’opposition républicaine : « Pourquoi vous acceptez Jean-Marie Doré dans vos rangs sachant bien qu’il a un pied ailleurs ? » Le doyen me répondit : « Mieux vaut l’avoir avec soi que contre soi », ceci en disait long sur la capacité de nuisance de ce vieux crocodile de la politique.

Le troisième trait remarquable de l’ex-honorable se situe dans son bagout, il maniait à souhait la langue de Molliere. Sa vaste culture et son sens inné de l’humour le rendaient redoutable dans les débats. Mais que retenir en définitive de ce politicien dont l’action aura marqué de façon indélébile l’histoire récente de la Guinée ? C’était une espèce de virtuose dans l’art de rouler les autres dans la farine, il n’avait d’égal que son ami et camarde d’âge Alpha Condé.

O. TIERO in Le Démocrate, partenaire de guinee7.com

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