Tout porte à croire que le choix du Président Alpha Condé pour le perchoir de l’Assemblée nationale repose sur le candidat de Kissidougou, un mathusalem du nom de Claude Kory Kondiano, ancien vice-gouverneur de la Banque centrale en des temps immémoriaux. Quoique militant de longue date du RPG, Claude Kory Kondiano n’en est pas moins un illustre inconnu pour la génération et les électeurs actuels. Il a l’avantage d’être l’époux d’une dame qui est liée aux grandes familles du Manding jusqu’à… Baro. Et puisqu’il n’y a pas de limite d’âge, Claude Kory Kondiano est passé entre les mailles du filet et le voilà député. C’est tout ce que l’on sait de l’homme qui présiderait pour un temps aux destinées de la Guinée en cas de vacance de pouvoir. Dans les milieux du RPG, ce choix serait vu d’un mauvais œil, surtout que dans le parti « personne ne l’écoute ni ne le prend au sérieux ».

On rappelle à cet effet que le professeur Alpha Condé a toujours fait des erreurs stratégiques quant au choix des hommes clés. Et de rappeler que le gouvernement actuel est le plus mauvais que la Guinée ait connu depuis son accession à l’indépendance. « Même Lansana Conté et Dadis n’ont pas constitué un gouvernement aussi médiocre », murmure-t-on dans les couloirs du parti présidentiel. Le Guinéen, aujourd’hui, voudrait à la Primature ou à l’Assemblée un homme qui fasse le consensus par son gabarit, sa compétence, son intégrité et sa prestance intellectuelle. Selon le peu que l’on sait du candidat d’Alpha Condé pour la présidence de l’Assemblée nationale, le monsieur est loin de remplir ces critères, surtout en matière de taille, même si David n’a pas eu besoin de cet avantage pour écraser Goliath. Va-t-on alors ‘’remaker’’ le cas Saïd Fofana ? Les alliances parentales sont une chose, la gestion des affaires de l’Etat en est une autre. Et quand il s’agit des intérêts d’un peuple, la question doit être abordée sans sentimentalisme.

Après un bilan mitigé au bout de trois ans de gestion – à cause essentiellement du passé du pays et les crocs-en-jambe de l’opposition – le pouvoir actuel a besoin de montrer de signaux forts pour l’avenir. Cela passe nécessairement par le choix judicieux des hommes, redonner confiance aux Guinéens et entamer véritablement une marche vers le développement tout en mettant un accent particulier sur la cohésion nationale. Après le carton jaune des législatives, le président Alpha Condé a tout intérêt à revoir sa copie. Et ce ne sont assurément pas des personnages du passé comme Claude Kory Kondiano qui rassureront les électeurs quant à une réelle volonté de changement. Il faut à cet effet rappeler que le gouvernement constitué par Sidya Touré en 1996 – même si la plupart des ministres n’étaient pas connus du grand public – avait tout de suite acquis l’adhésion des populations car ces ministres avaient l’avantage d’avoir le gabarit, la compétence, l’intégrité et la prestance intellectuelle. Tous tant qu’ils étaient. Même s’il faut associer l’opposition au nouveau gouvernement, le président doit constituer une équipe forte en laquelle les Guinéens se reconnaitront. Et de là naitra l’espoir. Pas en parachutant un aïeul à la tête de l’Assemblée au nom d’une alliance parentale qui ne fait pas nécessairement l’affaire des Guinéens. La Guinée a besoin d’un autre départ et tous ceux qui prétendent aimer le pays et le président devraient le lui dire.

Bily Camara

NDLR: Cet article a été placé dans la rubrique ‘‘Opinion’’ quelques jours après publication. En conséquence son que nous avions mis au départ au conditionnel, a été changé.