Le dimanche 23 avril dernier, les Français étaient appelés aux urnes pour élire le nouveau patron de l’Elysée. Lors de ce premier tour, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont été les deux candidats retenus pour s’affronter au deuxième tour prévu le 07 mai 2017. Suite à cette qualification inédite et l’élimination des deux grands partis politiques, notre reporter a tendu le micro à certains acteurs politiques guinéens.

Mohamed Lamine Kaba, président de FIDEL

« Cela doit être une leçon forte pour nous tous en vue de nous permettre de renouveler cette classe vieillissante »

« Je pense que cette élection qui a eu lieu en France est une leçon forte, non seulement pour le peuple français, mais surtout pour le peuple africain particulièrement la Guinée qui a une classe politique vieillissante. La Guinée a une tradition politique qu’il faut absolument renforcer par une nouvelle réforme si nécessaire. Parce qu’en réalité ce qui s’est passé en France, lorsqu’on regarde les partis traditionnels, on voit que le parti socialiste et le parti républicain n’ont pas été au deuxième tour. Ce qui prouve qu’en réalité, la France est prête à renouveler sa classe politique. Je crois que cela doit être une leçon forte pour nous tous en vue de nous permettre de renouveler cette classe vieillissante qui a une tradition politique qu’il faut absolument remplacer par des nouvelles réformes. Je pense que c’est la première leçon qu’il faut tirer de cette élection.

La deuxième leçon, c’est de savoir aussi qu’il n’y a pas un schéma universel défini pour arriver au pouvoir. Ce n’est pas forcément par les partis politiques. Notre pays aussi, nous devons accepter des candidatures indépendantes pour permettre d’autres personnes qui ont une certaine crédibilité, de s’organiser en mouvement et contrôler le pouvoir. Parce que les partis politiques traditionnels, généralement, ce sont des partis qui sont très endettés. Alors lorsqu’un parti politique qui vient au pouvoir est endetté, la logique voudrait qu’il restitue ce fonds-là aux bailleurs, à ceux qui l’ont soutenu. Mais lorsque vous venez dans un mouvement pour accéder au pouvoir, ça veut dire que vous n’avez pas été entretenu pendant longtemps par des lobbies qui puissent exister, pour pouvoir arriver au pouvoir. Donc, on est beaucoup plus libre dans la gestion  lorsqu’on est porté à la tête du pays par un mouvement de soutien, que si c’était le cas d’un parti politique qui a déjà duré surtout dans l’opposition. Il a beaucoup de créanciers. Donc, il sera obligé de favoriser forcément les hommes qu’il doit. Je crois que cela aussi est une forte leçon à tirer dans cette élection ».

Dr Faya Millimouno, président du BL

« Les politiciens de carrière semblent être largement déconnectés des préoccupations des populations »

« Nous sommes dans une série de changements que nous observons sur l’échiquier politique mondial. Ce que nous avons vécu en France n’est pas tout à fait différent de ce que nous avons vécu, il y a 8 ans aux Etats-Unis lorsque M. Obama, bien sûr, appartenant au parti démocrate, a été imposé  par le public américain contre l’établissement démocrate . Sinon, tout le monde savait que les démocrates auraient préféré en 2008 avoir plutôt Mme Clinton candidate démocrate que Obama. Nous avons vu aussi la même chose se passer 8 ans plus tard avec Trump qui avait sur le dos de l’établishment républicain, qui est venu renverser les choses. C’est à peu près la même chose que nous avons vécu en France.

Nous avons vécu également sous une autre forme en Angleterre, lorsque Brexit a été réalisé grâce aux gens qui n’étaient pas nécessairement des politiques traditionnels. Ce que ça nous envoie comme message, c’est que les politiciens de carrière semblent être largement déconnectés des préoccupations des populations. Aucun pays n’est épargné. Je crois la tendance va continuer. On a vécu également à côté de nous au Bénin avec l’arrivée d’un homme d’affaires qui n’était pas un politique traditionnel ou de carrière. Donc à mon avis, tout cela devait nous enseigner que nous avons besoin aujourd’hui de repenser complètement dans la relation des politiques avec la population ».

Mousliou Haidara, membre de l’UFDG

« Le peuple français a aujourd’hui manifesté un rejet à la bipolarisation de la politique française »

« La leçon qu’il faut tirer de cette élection, premièrement, le peuple français a aujourd’hui manifesté un rejet à la bipolarisation de la politique française depuis une centaine d’années entre la gauche et la droite qui ont toujours marqué l’alternance politique en France. Chaque fois que la gauche arrive à s’échauffer, c’est la droite qui prend la relève, vice-versa. Les mêmes problèmes assaillent les français. Ils ont compris que cette bipolarisation ne fait que déplacer les problèmes au lieu de trouver une solution pérenne à ces problèmes. Donc, les Français n’ont pas vu la solution à chaque alternance de la droite ou de la gauche. Donc ce qui les a amenés à rejeter cette bipolarisation.

La deuxième remarque, le peuple français a montré l’envie de rajeunir sa classe politique. Depuis pratiquement la cinquième république, ce sont les mêmes personnes qui changent, qui deviennent des parlementaires, des maires, des ministres. Ce sont les cas par exemple de Sarkozy, de Laurent Fabius. Depuis 2000, le personnel politique français n’a pas changé. Ce qui a agacé, la nouvelle génération.

Donc, ils ont montré, qu’ils ont envie de renouveler. Ce qui les a amenés à choisir un homme neuf en la personne de Macron. La 3ème remarque, ce que le Front national a gagné du terrain. Personne ne croyait que le FN qui n’a jamais dépassé 20% à part l’élection 92 où ils ont été au 2ème tour pour la première fois, allait passer cette fois-ci encore au deuxième tour. Cette propension des Français à voter FN, résulte du fait que les gens pensent que l’immigré est le responsable de la crise, alors que ce n’est pas le cas ».

Propos recueillis par Sadjo Diallo (L’Indépendant)

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