Censure

Aliou Bah : un (MoDeL) sans Diomaye, ni Sonko ?

Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ! Cette citation de Blaise Pascal, le célèbre philosophe français du XVIIe siècle, auteur des « Pensées » colle bien, en Guinée et depuis peu, au jeune leader politique du MoDeL, au moment même où des internautes comparent le Sénégal et la Guinée, en matière de luttes politiques mais surtout d’alternances démocratiques. Or, à y voir de près, Aliou Bah n’est ni Bassirou Diomaye Faye – le tout nouveau président sénégalais – le plan B d’Ousmane Sonko, ni même le leader du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), parti dissous en juillet 2023.

La raison est toute simple : « Les Sénégalais ont exprimé un certain rejet du candidat de la mouvance à qui ils ont fait porter le passif de la gouvernance de Macky Sall », analyse Aliou Bah. Avant d’ajouter dans la presse locale : « Le Sénégal a une histoire particulière. La Guinée en a une autre.  Il ne faut pas prendre les éléments de surface pour faire une comparaison. On risque de fausser complètement le raisonnement. Le Sénégal a une tradition des élections. En Guinée, nous n’avons pas un cycle électoral permanent qui soit connu. Jusqu’à présent, les élections sont une probabilité ». Seulement, « Les jeunes doivent revendiquer des compétences. Ils doivent aussi s’impliquer. C’est en ce sens que nos Etats peuvent changer dans le bon sens ».

En clair, Aliou Bah, ce leader écartelé entre les berges – en phase de disparition de Doghora (Labé) – et les bowés des contreforts de Tougué n’est pas un crâneur. Il a fière allure et il sait où il va, imbibé qu’il est d’une conviction inaltérable, sans fioritures. Membre du Parti le Bloc Libéral de Faya Milimono où il a assuré avec art et dextérité un rôle de porte-parole, Aliou avait quitté le navire pour ramer seul et surtout cultiver et jauger et déployer sa réputation. Ce n’était pas évident, mais visiblement, cela lui a beaucoup réussi. Et ce n’est pas un hasard. Surtout que le départ soudain n’avait pas plu à tout le monde et on comprenait : on lui reprochait d’être un héritier non déclaré à Dalein Diallo, au moment même où la culture du faciès faisait son grand jour. Aliou, de son côté, s’est refusé de se voir adoubé de cette estampille ethniciste, arguant qu’il est et restera un parti transversal.

Mais qu’importe, Aliou Bah sait aujourd’hui que ce n’est pas parce qu’on est jeune de sa trempe qu’on n’est incapable de tenir bon et diriger un pays. C’est pourquoi, pour sa part, il a réussi à étendre ses ailes au milieu des renards politiques et il va non pas au front, mais aux fronts. Pour y arriver, il se fait taper parfois via les réseaux sociaux dont il est d’ailleurs bien friand. A date d’ailleurs, au regard du contexte sénégalais, il est encore  soutenu par ceux qui croient en lui et qui l’accréditent de deux qualités majeures : son intelligence et sa maîtrise de la communication.  Aliou a son propre …MoDeL ! Il a son destin qui n’a rien à voir avec Diomaye ou Sonko qui eux, sont déjà en avance. Ne serait-ce que par la force des Institutions qui régissent leur pays.

Pour rappel, Diomaye Faye (candidat par substitution, selon ses propres termes), ancien élève l’Ecole nationale de l’administration (ENA), s’était fait en effet remarquer lors des réunions ayant présidé à la création du Pastef, dont il deviendra l’un des idéologues et concepteurs du programme d’Ousmane Sonko pour sa candidature à la présidentielle en 2019. Coup de maître : pour sa première élection, le leader du Pastef engrange près de 16 % des voix et se classe troisième. Par contre, Diomaye avait essuyé un cuisant échec lors des municipales de 2022 à Ndiaganiao (région de Mbour), sa commune d’origine.

De son côté Aliou Bah ne l’a pas encore tenté chez lui, en Guinée. Il peut toutefois dorénavant compter sur le maillage territorial de bien des partis et autres alliés, ainsi que sur une forte présence sur les réseaux sociaux. L’unique leçon à retenir de l’arrivée de Diomaye à la tête du Sénégal c’est bien entendu, la soif avérée de rupture avec l’ancienne clique de papys politiques inoxydables et inamovibles. Seulement, le MoDeL ne s’écarte pas de : Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ! Cela est d’autant plus vrai que le parti électrise encore aujourd’hui, plus qu’hier, une part importante de la jeunesse, en attente de perspectives, mais mobilise aussi au sein de l’élite intellectuelle et des fonctionnaires. Tant en Guinée qu’à l’étranger. Aliou Bah très éruptif, rêve d’une Guinée unie, prospère dans tous les domaines, loin quand même des confréries et d’autres visées aventurières. Cela, dans l’intérêt des jeunes autant que du rayonnement de la Guinée. Pourquoi pas, du moment où les dés sont d’ailleurs déjà jetés !

Thierno Fodé SOW

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