Censure

Guillaume Hawing et la gratuité de l’énseignement

Sur sa page Wikipédia, on apprend que Guillaume Hawing est enseignant, homme politique et -tenez-vous bien- inventeur. Rien que ça. Cet ancien ministre de l’Enseignement pré-universitaire, reconverti en grand surveillant des filets de pêche, aurait découvert en 2016 l’algorithme permettant de générer et d’ordonner les nombres premiers. Rien que ça (bis). Petit détail : la trouvaille n’a jamais franchi la porte d’une revue scientifique. Mais qu’importe ! Un génie n’a pas besoin de preuves, il lui suffit d’annoncer.

Et voilà notre Savant national qui, lassé des mathématiques invisibles, se lance dans l’exégèse de la nouvelle Constitution. Cette fois, il explique aux Guinéens médusés que la gratuité de l’enseignement, inscrite dans le projet de nouvelle loi fondamentale, est… une innovation. Une découverte capitale. En fait, Hawing a planté son drapeau au beau milieu d’un vieux terrain déjà occupé, et il crie au monde : Eurêka, j’ai trouvé !

Faut-il rappeler que l’enseignement public est gratuit en Guinée, depuis des années ? Mais dans la pratique, cela reste comme un principe abstrait. Officiellement, l’inscription dans le public est gratuite ; officieusement, les parents paient toujours des ‘‘frais de dossiers’’, des ‘‘contributions parentales’’ ou encore des ‘‘frais d’entretien’’ -quelques dizaines de milliers de francs guinéens par élève. Les frais sont si élevés que beaucoup de familles y laissent leurs dernières économies.

Quant aux fournitures, ce sont les familles qui s’en chargent intégralement : cahiers, uniformes obligatoires, manuels scolaires (chers et parfois introuvables). Les cantines scolaires (quand elles existent), elles, fonctionnent surtout grâce au Programme alimentaire mondial (PAM), non grâce à un financement régulier de l’État. Côté financement, l’État peine même à couvrir les salaires des enseignants -avec des retards fréquents et des classes pléthoriques. Des élèves tassés sur des bancs branlants. L’entretien des infrastructures est minimal, et beaucoup d’écoles sont bâties grâce aux ONG, aux bailleurs ou à des collectes communautaires. Et pour ce qui est de l’équité, nulle trace d’un véritable soutien généralisé aux familles. Rien qui compense le poids du quotidien : des milliers d’élèves abandonnent chaque année faute de moyens pour acheter un uniforme, un cahier, ou simplement payer le transport.

En France (notre modèle est calqué de ce pays), la gratuité de l’école publique existe depuis Jules Ferry (1881-1882). C’est un acquis concret, vécu au quotidien : pas de frais d’inscription, des manuels distribués, aides pour transport ou cantines, allocations de rentrée scolaire, exonérations diverses pour ménages modestes, etc. On ne peut en dire ni en espérer autant en Guinée.

Alors non, monsieur l’inventeur, la nouvelle constitution n’a pas découvert l’Amérique de l’éducation. Elle recycle une promesse usée comme une craie sur un tableau noir.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com