Après plusieurs jours de négociations intenses entre le gouvernement guinéen et l’intersyndicale de l’éducation, un protocole d’accord a été signé ce mardi. Les discussions, parfois longues et exigeantes, ont permis d’obtenir une série d’acquis pour les enseignants, notamment en matière de primes, de gestion de carrière et de déblocage administratif. Les différents acteurs ayant pris part au processus se sont exprimés, chacun selon son rôle et son appréciation de l’issue des échanges.
Des acquis salués par le SLECG
Kadiatou Bah, secrétaire générale du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), a exprimé la satisfaction de son organisation face aux avancées obtenues. « Heureusement, il y a eu des résolutions sur certaines parties de notre mémorandum et aujourd’hui on se réjouit de tout ce que nous avons eu à voir comme des acquis. Les acquis qui sont, qui sont entre autres, qui étaient autour de la table de discussion. C’est par rapport à certaines primes qui reviennent aux enseignantes et enseignants de Guinée du MEPUA et du ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle. Et avant d’arriver à ces à ces différentes primes, déjà on a eu certains acquis, à savoir la gestion de la carrière par rapport aux grades et échelons que nous avons décrochés pour la première fois à partir de la rentrée d’un fonctionnaire du système éducatif à la fonction publique qui avance automatiquement avec des grades. Alors le 2ᵉ élément aussi, qui était vraiment un élément très primordial que nous avions même appelé les préalables, c’est par rapport au déblocage des enseignants qui sont bloqués depuis décembre 2023 pour certains, d’autres depuis juillet 2024 ainsi de suite et aujourd’hui, nous avons au moins les 95 % de ces enseignants bloqués qui ont été débloqués suite aux discussions que nous avons eues autour de la table », a-t-elle déclaré.
Concernant les primes et le statut particulier, elle ajoute : « D’autres acquis que nous avons eus aussi, c’est par rapport aux primes, parce que nous voudrions. Nous avions travaillé d’arrachepied depuis un mois, 2 mois sur la révision du statut particulier de l’éducation. Mais nous avons constaté que le gouvernement a voulu, comme toujours, que nous soyons ensemble dans l’enseignement préuniversitaire. L’enseignement technique et l’enseignement supérieur comme le premier statut de faire encore un statut commun. Mais comme nous n’avons pas pu transcender tous les éléments qu’il fallait incorporer dans ce statut particulier, il y a eu quand même beaucoup d’échanges pendant des semaines. Mais finalement, on a décidé de remettre ça pour début février, pour qu’on continue les négociations sur la révision du statut particulier et les autres points qui restent, notamment la valeur monétaire du point d’indice, notamment certaines primes que nous avons demandées qui sont incluses aussi au niveau du statut particulier que nous devons réviser. Donc on se réjouit des résultats aussi, entre autres des résultats que nous avons eus, c’est la revalorisation des primes particulières que nous avons au niveau du MEPUA et au niveau de l’enseignement technique. Il s’agit des primes de craies, il s’agit de la prime de préparation et d’autres éléments qui vont encore continuer dans les discussions. C’est qu’il y a aussi la prime de documentation, d’ailleurs nous avons été surpris vraiment de l’avancer. Si vous demandez au gouvernement un montant et qu’on vous donne le double de ce montant, on ne peut que se frotter les mains. Et aujourd’hui, nous sommes vraiment très satisfaits par rapport à ça. Même si c’est une prime qu’on paye une fois l’an, elle est vraiment consistante, donc nous ne pouvons pas donner tous les détails. Le document est là, c’est le statut, le protocole d’accord est là que nous mettons à votre disposition et nous par rapport à la restitution au niveau de nos syndiqués à la base que nous félicitons d’ailleurs de passage tous les syndiqués et tous les enseignants qui ont accepté d’accompagner le SLeCG dans les négociations autour de la table jusqu’à décrocher ce qu’on a eu, nous les félicitons et nous les remercions. Et le combat continue. »
Elle tient aussi à éclairer l’opinion sur l’interruption du processus de révision du statut : « Mais il faudrait quand même attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur le fait que cette négociation a été ouverte à tout le monde. Malheureusement, nous avons certains de nos confrères, comme on vient de le dire, qui ont fait un retrait. Pourquoi le statut particulier : nous n’avons pas continué sa révision. C’est parce que le SNAESURS s’est retiré dès le départ et on ne peut pas faire la révision du statut sans le SNAESURS parce que c’est un statut commun du MEPUA jusqu’à l’enseignement supérieur en passant par l’enseignement technique. »
Pour clôturer, elle remercie le gouvernement : « Nous félicitons franchement le gouvernement à travers les techniciens du ministère du Travail et de la Fonction publique. »
Le président du SLECG appelle à la reprise des cours
Aboubacar Soumah, président du SLECG, salue l’esprit de compromis et appelle les enseignants à retourner au travail : « Nous félicitons toutes les parties pour arriver à ce consensus. Nous demandons à tous les enseignants de continuer à travailler, de venir dans les classes. Parce que ce que nous avons obtenu n’est que partiel et vraiment c’est important, c’est consistant, mais nous les prions de bien vouloir accepter ce protocole puisque nous ne pouvons pas signer quelque chose qui n’est pas, qui est profitable à aux enseignants. »
Le syndicat de l’enseignement technique salue une avancée majeure
Karifa Sacko, secrétaire général adjoint du Syndicat de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, met en avant le travail accompli par sa structure :
« Je remercierai personnellement tous les camarades syndicalistes, mais en particulier les camarades syndicalistes du syndicat de l’enseignement technique et de la formation professionnelle. Un engagement a été pris au lendemain du congrès de ce syndicat naissant en 2023, qui était celui de tout faire pour réviser et faire signer par le gouvernement le statut particulier de l’éducation aujourd’hui. Ce statut est en partie appliqué parce que les primes les plus essentielles sont prises en compte par le gouvernement à l’issue de cette négociation. Que le gouvernement soit remercié pour sa bonne volonté, pour son courage et pour sa volonté politique manifeste à faire de ce statut un sacerdoce. »
La fonction publique met en avant la responsabilité des parties
Au nom du gouvernement, Aboubacar Kourouma, secrétaire général du ministère de la Fonction publique, a salué l’esprit constructif des syndicats et rappelé l’implication des ministres dans le processus : « Je tiens sincèrement à remercier la délégation syndicale pour son esprit d’écoute, pour ses propositions constructives, pour son sens de responsabilité surtout. Parce que nos discussions ont été exigeantes, ont été longues, ont été parfois houleuses, mais toutes les parties ont su mettre en avant l’intérêt supérieur du système éducatif guinéen. »
Il poursuit : « Vous avez été témoin de la présence de nos ministres. C’est aussi l’engagement du gouvernement à affirmer et réaffirmer sa disposition pour un dialogue constructif permanent avec l’ensemble des acteurs de la société de notre pays. Il est important de le mentionner parce que les ministres n’avaient pas l’obligation d’être là, mais pour manifester l’intérêt que l’éducation représente pour le gouvernement, pour le chef de l’État, les ministres ont tenu à être présents dans la salle hier lundi, à nous accompagner, à nous donner des orientations qui ont permis, avec aussi la volonté d’avancer et la responsabilité de la délégation syndicale, la signature de ce protocole d’accord. Mentionnez aussi les efforts fournis, consentis par le gouvernement. »
Sur les revendications syndicales, il précise : « Les demandes de la délégation syndicale, somme toute légitimes, ont été traitées et en fonction des besoins ou des ressources de l’État, ces demandes ont été satisfaites. Par rapport au point crucial du statut particulier de l’éducation, qui est un point nodal, sa révision est aussi une préoccupation pour le gouvernement. Malheureusement, nous avons cherché à rassembler tous les acteurs des trois sous-secteurs de l’éducation. Les premiers jours, les acteurs étaient là, mais certains sont partis. Nous avons donc proposé à la délégation syndicale, qui a fini par l’accepter, de reporter le processus de révision du statut particulier de l’éducation au mois de février. Et le gouvernement s’est engagé à prendre en charge une délégation mixte qui va faire un benchmark pour aller faire une étude comparative dans les pays où la délégation syndicale estimerait que les enseignants sont mieux protégés pour qu’on puisse prendre le meilleur de ce qui existe comme dispositions dans ces pays-là pour doter notre pays des meilleures dispositions concernant les enseignants. Tout ça dans la volonté du gouvernement d’améliorer la qualité de l’éducation, d’améliorer le système éducatif dans notre pays. C’est cela l’engagement du gouvernement. »
Le CNDS salue la force du dialogue
En clôture, Alya Camara, président du Conseil national du dialogue social (CNDS), a exprimé sa joie face à cette issue consensuelle : « Nous sommes arrivés aujourd’hui à l’épilogue de la signature de cet important protocole d’accord signé entre le gouvernement et les représentants des syndicats de l’éducation. C’est une joie immense pour moi en tant que garant du dialogue social de participer et de faciliter ces négociations et de trouver un consensus. Ça n’a pas été évident et je souscris à tout ce qui a été dit de part et d’autre. Quand les Guinéens se retrouvent, quand les Guinéens se parlent, nous trouvons des solutions. Je pense que ce qui a été fait ici est un exemple illustratif de l’importance du dialogue social dans notre pays. »
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
