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De l’école à l’Afrique : le parcours héroïque du Syli scolaire féminin (entretien)

Le directeur national du sport scolaire a dressé, ce mercredi, le bilan des activités de l’année 2025. Au micro de Guinee7.com, Dr Diarra Donzo est revenu sur les grandes réalisations du sport scolaire guinéen, avec en toile de fond la qualification historique du Syli féminin scolaire U15 à la prochaine Coupe d’Afrique prévue en avril. Il évoque également les difficultés rencontrées et les perspectives pour 2026.

Dr Diarra Donzo, vous êtes directeur national du sport scolaire. Quel bilan faites-vous de l’année sportive 2025 ?

Merci pour la question. Le bilan, même s’il n’est pas totalement parfait, est globalement satisfaisant et surtout à la hauteur de notre investissement. Dans le sport, les résultats sont toujours proportionnels aux efforts consentis, qu’ils soient humains, physiques ou financiers.

Aujourd’hui, je peux dire sans hésiter que nos résultats sont au-dessus de nos moyens réels. Nous avons réussi à organiser toutes les phases de la compétition scolaire : locale, régionale, nationale, puis sous-régionale. À l’issue de ce processus, les filles se sont qualifiées. Quand on sait d’où nous venons et les difficultés traversées avant d’atteindre ce niveau, beaucoup sont surpris de voir la Guinée à cette place. Cela prouve que le travail de fond commence à porter ses fruits.

Pouvez-vous expliquer le processus de détection et d’organisation du sport scolaire en Guinée ?

Le sport scolaire commence d’abord dans les classes et les établissements. Il y a une phase d’animation purement pédagogique : interclasses, inter-établissements, puis compétitions au niveau des directions communales et régionales de l’éducation.
À ce niveau, notre rôle, en tant que direction nationale du sport scolaire, s’arrête. Ensuite, la Fédération guinéenne du sport scolaire prend le relais pour la sélection nationale qui représente le pays.

Cette phase d’animation est essentielle. Elle vise avant tout la santé physique et morale des élèves, mais elle permet aussi de détecter les talents. C’est à partir de là que les fédérations sportives devraient intervenir pour accompagner ces jeunes.

Aujourd’hui, seules deux fédérations travaillent réellement avec nous de manière constante : la lutte et le handball. Ce n’est donc pas un hasard si ces disciplines enregistrent de bons résultats au niveau continental.

Malgré ces avancées, avez-vous rencontré des difficultés cette année ?

Oui, bien sûr, les difficultés sont énormes. La première reste le manque de moyens financiers, mais au-delà de cela, il y a surtout un problème de compréhension et de coordination institutionnelle.

Le sport scolaire est à la base de toute performance nationale. Sans une éducation physique bien structurée à l’école, il est impossible de bâtir une élite sportive durable. Pourtant, aujourd’hui, l’EPS n’est même pas considérée comme une matière obligatoire dans beaucoup d’établissements. Nous avons relancé les championnats scolaires depuis 2022. En 2023, la Guinée a été sacrée championne d’Afrique à Durban, preuve que le potentiel existe. Mais la stratégie globale manque encore : il y a trop de ruptures entre l’école, les fédérations et les départements ministériels concernés.

Quel regard portez-vous sur le lien entre sport, éducation et santé ?

Ce lien est fondamental. La pratique régulière du sport permet de lutter contre les maladies modernes : diabète, maladies cardiovasculaires, stress. Au lieu de dépenser des fortunes en soins, il faudrait investir davantage dans la prévention par l’activité physique dès le bas âge.

Un esprit sain dans un corps sain n’est pas qu’un slogan. Aujourd’hui, nous avons souvent de très bons élèves intellectuellement, mais dans des corps mal préparés. C’est comme mettre un excellent pilote dans un mauvais véhicule : il n’ira pas loin.

Quelles sont les grandes activités prévues pour 2026 ?

Nous avons beaucoup d’activités prévues, notamment en football scolaire. La CAF elle-même reconnaît que si la Guinée doit être soutenue, c’est à travers le sport scolaire, car nous avons prouvé notre potentiel. Mais la préparation pose problème. On ne peut pas attendre la dernière minute pour regrouper les enfants, trouver des terrains ou des moyens de transport. La performance se prépare sur la durée. Nous manquons cruellement d’infrastructures, de centres de regroupement, de bus scolaires, de moyens d’hébergement et même d’espaces d’entraînement adaptés.

Quels sont vos objectifs prioritaires pour cette saison ?

Notre objectif numéro un est clair : confirmer notre leadership en football scolaire féminin. Pour la première fois de l’histoire, une équipe féminine guinéenne s’est qualifiée à une phase finale continentale. C’est un moment historique.

Nous voulons aller à cette Coupe d’Afrique et revenir avec le trophée. La Guinée a été pionnière dans le football féminin en Afrique. Il serait regrettable que d’autres pays récoltent aujourd’hui les fruits de ce que nous avons semé. C’est pourquoi j’ai mis un accent particulier sur la formation féminine cette année. Les garçons, eux, doivent confirmer. Mais l’avenir du football guinéen passe aussi par les filles.

Pour terminer, quand et comment se jouera la phase nationale cette année ?

La période de la phase nationale est fixée par les instances africaines, notamment l’UFOA-A et la CAF. Nous devons respecter un calendrier précis, généralement 66 jours avant la phase sous-régionale, afin de permettre toutes les formalités administratives. Les dates peuvent légèrement varier en fonction du pays hôte, mais nous nous adaptons toujours aux directives officielles. Pour l’instant, la phase finale continentale est annoncée à Dakar, même si un changement de dernière minute reste toujours possible.

Entretien réalisé par Thierno Abdoul Barry pour guinee7.com