Une page est tournée en Guinée ce 17 janvier 2026 au stade Général Lansana Conté de Nongo ; ou plutôt nous allons dire qu’une nouvelle page s’est ouverte pour tracer en elle des lettres d’or que l’Histoire transmettra. Vivante, elle le restera. Pour des siècles et siècles. Il sera conté un jour, que sous un soleil de plomb, un espace plein à craquer, transpirait l’essence d’un peuple debout, fier de ce nouveau chemin qu’il s’apprêtait à emprunter. Il sera conté qu’ils étaient venus en masse, par milliers, comme pour défier les oiseaux de mauvais augure qui avaient pris d’assaut la toile et les airs, éructant des prophéties de Judas et de Lucifer. Il se dira qu’ils étaient venus de partout, éruptions humaines déterminés, irradiant l’asphalte échaudée, complice de ce moment qui se grave impudiquement et violemment dans la mémoire de ceux qui ne juraient que par les malheurs qui adviendraient ce jour. Il se racontera que ces chants, ces tambours battants, ces couleurs lumineuses qui s’élèvent des tréfonds de la terre guinéenne, ne sont pas seulement des mélodies de bonheur. C’est une symphonie des jours heureux, de là où cinquante mille personnes, voire plus, ont engagé leurs cœurs et leurs corps pour dire au monde entier que ce qui se passe là, maintenant, est une puissance populaire qui scelle le destin d’un peuple unit autour de la confiance à un homme.
L’homme est apparu. Juché sur son véhicule de commandement dédié. Il est apparu. Haute de sa stature musclée. Humble de sa barbe taillée. Distingué de son boubou bazin brodé. Ces traits physiques et vestimentaires devenus désormais familiers. Et le public se lève. Et s’élève en chœur des gradins un bruit assourdissant, expression d’un sentiment de dignité et de fraternité. Le véhicule roule. Son vert sombre tranche dans le blanc immaculé du boubou qui enferme en lui l’entièreté de la Guinée. Puisque chaque fil de broderie est l’icône d’une des quatre régions naturelles. Le véhicule avance. Le sourire blanc de l’homme tranche avec la couleur ébène de sa carrure. Le véhicule, à chaque tendre caresse qu’impriment les pneus sur le sol, raconte ce récit d’amour qui lie l’homme à son peuple. Les cris des compatriotes sont des bouquets de tendresse polyphoniques qui se mêlent à un assemblage symphonique, adressés à l’homme du 05 septembre 2021, désormais devenu fils du 17 janvier 2026.
Descendre du véhicule. Saluer nos couleurs : sang de nos martyrs puisant dans le vert d’espérance de nos terres et dans les tréfonds dorés de notre généreux sous-sol. L’hymne « Liberté » résonne. Grosses caisses et caisses claires, cymbales et tambours, trombones et trompettes se mêlent, s’entremêlent sous le regard et le salut garde-à-vous de l’enfant du pays : « … peuple d’Afrique », réveille. « … dans l’indépendance recouvrée », clôt. Mamadi avance sur le tapis rouge. Et comme à son habitude, ils serrent les mains. Il offre un sourire. Il ouvre et referme une accolade. Il enchaîne les gestes tactiles : des mains et des épaules pour remercier chacun d’être venu. Et il continue. Sans répit. Sans plainte. Sans complaintes. Sans hésitations. Avec détermination. L’humilité, encore elle, chevillée au corps. Jusqu’au bout des ongles. Sous tous les angles.
Mesdames et Messieurs, la Cour ! Veuillez vous lever s’il vous plait ! Le moment est solennel. Les textes écrasent de leur poids la gravité de l’instant. L’homme du 17 janvier 2026 se lève, tout aussi solennellement. Les cris, malgré les mises en garde de la maîtresse de cérémonie, perforent instinctivement la majesté des lieux. Les acclamations trouent le silence qui habite le stade. Retrousser les manches calmement. S’assoir tranquillement. Écouter attentivement. Ouverture de ban. Recevoir les honneurs et les attributs du pouvoir. Le boubou est ample. Mais… non… plutôt parce que. C’est ça le mot qui sied. Parce que. Parce que ce boubou est le résumé d’une Guinée voulue et affichée. Les voici. Décorations transmises, symboles d’un pouvoir confié à lui par le peuple. Et voici Mamadi Doumbouya qui s’avance d’un pas tout aussi décidé que l’homme qu’il est devenu par la force des urnes et le verdict du peuple. Fermeture de ban.
Mais on l’attend là où l’exercice est factice. Prendre la parole. Il aimerait ne pas la prendre certainement. Parce que pour lui, il faut parler peu et agir. Que les actes soient plus éloquents que la parole. C’est ce à qui il nous a habitué pendant quatre ans. Mais il sait bien qu’il doit la prendre, cette parole, parce son peuple veut l’entendre. Et sa voix résonne dans le stade. Ample, mais calme. Un calme géniteur de mille mots, mille lettres, offerts sur l’autel du sacrifice qu’il entend consentir. Un calme protecteur de mille souffles, de millions d’âmes rassemblés ici pour rappeler au monde que la Guinée est en train d’accoucher d’un monde nouveau. Il jure. Il s’engage. Pour les femmes. Pour les jeunes. Et dans les respirations des virgules et de points du discours, Mamadi fait jaillir l’humilité qu’on connaît de lui. Discours court. Discours engageant. Bénie soit la Guinée ! Bénis soient ses enfants, comme celui qui cherche protection et bénédictions, et tendresse auprès de sa mère. L’image n’a rien d’un épuisant scénario d’un réalisateur en manque d’inspiration. Un fils reste toujours un enfant aux yeux de sa mère. Fût-il Président de la République.
Nous nous souviendrons donc de ce samedi 17 janvier où nous ouvrions une page d’espérance. L’espoir vibre en nous. Le tableau qu’on commence à peindre n’a pas les couleurs de dégoût. Parce que celui qui tient le pinceau nous a démontré depuis quatre ans qu’il peut nous offrir une fresque de bon goût. Nous nous souviendrons de cette investiture qui aura été un bel événement. Un magnifique moment de communion de la rencontre entre un peuple et un homme. Nous nous souviendrons de ce jour qui fut à la hauteur du Refondateur que Mamadi Doumbouya a été, pendant ces quatre dernières années, et du Bâtisseur qu’il sera pendant les sept prochaines années. Pour cela, c’est sûr que nous nous souviendrons.
