Censure

BAUXITE-GUINEE. Africa Intelligence ou l’art consommé de (tenter de) manipuler l’opinion

Il faut une certaine virtuosité pour aligner approximations, sous-entendus et erreurs manifestes dans un même papier tout en revendiquant le statut d’organe d’information. La dernière production d’Africa Intelligence consacrée, de façon opportunément ciblée, à Ahmed Kanté – ancien ministre des Mines et actuel administrateur général d’AGB2A-GIC – relève moins de l’enquête sérieuse que du bricolage éditorial fait de recyclage, de citations sorties de leur contexte et d’assemblages douteux. L’exercice n’a qu’un but : tenter, une fois de plus, de salir un acteur minier guinéen dont le tort principal semble être d’avoir tenu bon et réussi là où d’autres se sont effondrés.

La présomption d’innocence de M. Kanté est allègrement sacrifiée. Africa Intelligence fait semblant d’ignorer qu’une première ordonnance judiciaire a clairement établi son innocence, avant que le dossier ne prenne une tournure suffisamment incohérente pour justifier un pourvoi en cassation.

Cette amnésie sélective est d’autant plus gênante qu’elle émane d’un média déjà cité à plusieurs reprises dans des affaires de diffamation. Traiter un dossier judiciaire complexe en escamotant le droit de réponse – un précédent n’ayant jamais été publié – et en réécrivant la chronologie des décisions relève moins de la légèreté que d’un mépris assumé des règles élémentaires du métier.

La même désinvolture s’observe dès que l’on aborde les faits économiques. La gestion antérieure de Claude Lorcy a laissé l’Alliance Guinéenne de la Bauxite, de l’Alumine et de l’Aluminium exsangue, plombée par une dette proche de 30 millions de dollars.

Cette charge a été intégralement supportée par Guinea International Corporation, l’autre partenaire, SD Mining, s’en étant totalement défaussé. Le fait notable – soigneusement passé sous silence – est que moins de deux ans plus tard, cette dette avait été entièrement apurée par la nouvelle direction conduite par Ahmed Kanté. Un résultat massif, documenté, mais manifestement incompatible avec le récit que l’article cherche à imposer.

Dans le même registre, Africa Intelligence oublie opportunément de rappeler que SD Mining, restée active pendant que l’AGB2A-GIC traversait une période critique, a été le premier bénéficiaire de l’accord transactionnel ayant permis la reprise des opérations par l’entreprise guinéenne. Cet élément central, indispensable à la compréhension de l’équilibre de l’accord, disparaît mystérieusement du papier, sans doute parce qu’il contredit la posture victimaire laborieusement construite.

Le sommet du grotesque est atteint avec les chiffres de production. Africa Intelligence affirme qu’AGB2A-GIC aurait produit près de 19,7 millions de tonnes de bauxite en 2024, contre seulement 2,5 à 5 millions pour SD Mining. Ces données n’ont tout simplement aucun fondement. La réalité est exactement inverse : AGB2A-GIC n’a pas dépassé les 9 millions de tonnes, tandis que SD Mining a effectivement exporté 19,7 millions de tonnes sur la période considérée (données officielles du ministère guinéen des Mines). On ne parle plus ici d’erreur d’appréciation, mais d’une invention pure et simple, symptôme d’un journalisme qui tord les faits pour servir une démonstration préécrite.

Sur le plan judiciaire, le papier omet également un point pourtant éclairant : une ordonnance de la CRIEF établit que Mme Dramé, épouse Lorcy, a introduit dans la procédure un document falsifié, fraude révélée par la comparaison des signatures de feu Claude Lorcy. Ce détail, jugé manifestement superflu par Africa Intelligence, éclaire pourtant la crédibilité réelle de certaines accusations complaisamment relayées.

Quant à l’accord transactionnel conclu autour du permis d’exploitation précédemment retiré à Axis Minerals, il est parfaitement conforme au droit guinéen. Le titre minier étant revenu dans le giron de l’État, son amodiation ou sa cession ne souffre aucune contestation dès lors que l’on se donne la peine de lire la loi sans arrière-pensée. Là encore, l’insinuation est préférée à l’analyse juridique, comme si la rigueur était devenue accessoire.

Les attaques personnelles et la présentation biaisée d’Ahmed Kanté traduisent surtout un ressentiment mal dissimulé. Elles révèlent l’embarras de ceux qui peinent à accepter une trajectoire désormais positive et qui cherchent, dans la réussite d’AGB2A-GIC et de ses partenaires, une explication commode à leurs propres échecs.

Après cette gymnastique consistant à empiler contre-vérités et raccourcis – y compris l’affirmation erronée selon laquelle l’AGB2A originelle n’aurait jamais fonctionné, alors qu’elle a bel et bien opéré avant les difficultés internes ayant conduit à l’accord de mars 2022 – une question s’impose : à quoi sert réellement ce papier ? Informer, certainement pas. Défendre des intérêts inavoués sous couvert d’un journalisme de salon, probablement davantage.

Le plus révélateur reste toutefois ce qu’Africa Intelligence choisit de taire. AGB2A-GIC a investi près de 313 millions de dollars en un temps record dans les zones de Boffa et Fria, avec des réalisations concrètes : le port le plus moderne de la zone, des infrastructures durables et un levier logistique majeur pour l’économie locale. À cela s’ajoutent des actions communautaires tangibles – routes, forages d’eau, écoles rénovées, appuis alimentaires, accompagnement social – dont les populations riveraines sont les premières bénéficiaires.

Surtout, l’accord transactionnel de décembre 2025 n’est pas une manœuvre obscure, mais un acte de sauvegarde économique et sociale décisif. Il a permis de préserver environ 3 000 emplois guinéens, soit autant de familles vivant, se soignant, scolarisant leurs enfants et faisant fonctionner l’économie locale. Réduire cette réalité à une suite d’insinuations fragiles relève non seulement de la mauvaise foi, mais aussi d’un mépris assumé pour les enjeux humains bien réels.

La vraie question n’est donc plus de savoir si Africa Intelligence informe, mais à quels intérêts obéit ce récit tronqué, construit contre les faits, contre le droit et contre des milliers de Guinéens. À force de s’éloigner volontairement de la réalité, assis confortablement à Paris, on finit moins par éclairer le débat que par ternir un peu plus l’image d’un métier déjà malmené.

Alassane Sylla