En reconduisant la quasi-totalité des membres du gouvernement démissionnaire, le président Mamadi Doumbouya a d’emblée donné le sentiment d’avoir privilégié la continuité politique au détriment d’un renouvellement attendu. Cette option peut être lue comme une marque de reconnaissance envers celles et ceux qui l’ont accompagné jusqu’à la victoire présidentielle. La reconduction du Premier ministre Amadou Oury Bah avait d’ailleurs préparé les esprits à cette orientation.
Pourtant, plusieurs signaux laissaient penser que le chef du gouvernement devait désormais se consacrer davantage au terrain politique. À la surprise générale, il a été maintenu à la Primature alors même que le dernier Conseil des ministres, perçu comme un rendez-vous d’au revoir, annonçait dans les faits une transition. À cette occasion, le président Mamadi Doumbouya lui avait confié la mission de restructurer le mouvement Génération pour la Modernité et le Développement (GMD) afin d’en faire un parti politique en vue des élections législatives dont la date doit être fixée par décret dans un mois.
Entre-temps, d’autres considérations ont manifestement pesé. Il est plausible que des évaluations stratégiques aient conduit à conclure qu’un changement profond du gouvernement, suivi d’un nouveau remaniement dans un délai de quatre ou cinq mois, n’aurait ni sens politique ni rendement institutionnel. La loi électorale prévoit en effet que les élections législatives se tiennent dans un délai maximal de 90 jours après la signature du décret de convocation. Cette disposition vise à préserver la régularité du calendrier électoral et à éviter toute instabilité prolongée de l’appareil d’État.
Dans ce contexte, la reconduction de l’équipe gouvernementale s’est imposée comme une solution de transition. Amadou Oury Bah peut ainsi poursuivre sa mission politique au sein de la GMD tout en conservant ses fonctions de Premier ministre. Les appels qu’il lance actuellement aux mouvements et partis ayant soutenu le candidat Mamadi Doumbouya afin de rejoindre la formation politique en création confirment cette double casquette assumée.
L’actuelle équipe gouvernementale s’apparente dès lors à un gouvernement de temporisation. Même dans cette logique, certains arbitrages étaient difficiles à éviter. Le maintien du ministre de la Justice, par exemple, n’était plus défendable au regard de résultats jugés insuffisants dans un secteur au cœur du discours du CNRD, qui avait fait de la justice la boussole de l’action gouvernementale. D’autres départs peuvent également s’expliquer par des divergences internes persistantes avec certains collaborateurs d’origine, ou par une incompatibilité avec la vision présidentielle. Dans tous les cas, le tableau d’ensemble reste celui d’une large reconduction, ponctuée de quelques ajustements et de jeux de chaises musicales, en attendant la nomination des sept ministres encore manquants.
La question qui demeure entière est de savoir si les nouveaux entrants auront la latitude nécessaire pour s’imposer avant les législatives et espérer ainsi durer au-delà. Leur sort dépendra de leur capacité à produire des résultats rapides dans un temps contraint. Toutefois, tout indique que l’équipe en place dans son ensemble n’a pas été conçue comme un gouvernement d’impulsion forte. L’exercice du pouvoir dans un tel cadre se heurte inévitablement aux limites de la continuité, tant il est ardu de prétendre au renouveau sans rompre avec des pratiques et des visages déjà éprouvés. C’est la difficulté de faire du neuf avec du vieux.
Au regard de ces éléments, le gouvernement issu de la reconduction s’inscrit comme un compromis politique que comme un instrument de transformation. Dictée par les contraintes du calendrier électoral et par des calculs de stabilité, cette configuration privilégie l’attente à l’initiative. Elle reporte à l’après-législatives toute refondation véritable de l’action gouvernementale, laissant planer l’idée que le véritable tournant politique reste encore à venir.
Abou Maco pour guinee7.com
