En Guinée, la question du mariage interreligieux resurgit périodiquement, accompagnée des mêmes émotions vives, des mêmes malentendus, des mêmes discours de victimisation ou de reproches collectifs. Pourtant, les principes religieux qui l’encadrent sont anciens, explicites et largement acceptés depuis des siècles.
Dans l’islam, il est formellement interdit à un musulman de donner sa fille en mariage à un non-musulman. Ce principe ne relève ni d’une invention culturelle locale, ni d’un repli identitaire guinéen : il s’agit d’une prescription religieuse claire, fondée sur les textes. Point final.
La question mérite toutefois d’être posée avec honnêteté : un chrétien est-il encouragé, dans sa foi, à donner sa fille en mariage à un non-chrétien ? La réponse, dans la plupart des traditions religieuses, est également négative. Chaque religion, dans ses fondements, cherche à préserver sa cohérence spirituelle, éducative et familiale.
Il est donc injuste et malhonnête de transformer ce principe religieux en problème social ou communautaire, surtout dans un pays comme la Guinée, où la coexistence religieuse repose historiquement sur le respect mutuel des convictions.
On entend parfois des comparaisons hasardeuses, notamment avec les mariages interethniques. Refuser un mariage pour motif ethnique peut poser un vrai problème, car l’appartenance ethnique est innée : nul ne choisit d’être Peul, Malinké, Soussou ou Forestier. On ne peut pas la changer.
En revanche, la religion relève du choix personnel et de la conviction intime. Dans le cas précis du mariage islamique, une porte de sortie existe : un homme non-musulman qui souhaite épouser une musulmane peut, s’il en est sincèrement convaincu, embrasser l’islam. La décision n’est donc ni fermée ni irréversible.
Exiger de l’autre qu’il renonce à ses principes tout en refusant soi-même toute remise en question relève d’une incohérence évidente.
En Guinée, pays marqué par la tolérance et la cohabitation pacifique, le respect des croyances reste le meilleur guide. Le mariage interreligieux ne doit pas devenir un instrument de tension ou de division. Chacun reste libre de ses choix personnels, mais il a aussi le devoir de respecter les limites fixées par la foi de l’autre.
Il est peut-être temps, en effet, de clore ce débat stérile et répétitif, en misant davantage sur la compréhension mutuelle, le respect des différences et la responsabilité de chacun.
Alh Cheick
