Censure

Dossier Kassory Fofana : colère des avocats après l’absence du parquet

L’audience en appel de Dr Ibrahima Kassory Fofana devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) n’a pas pu se tenir, en raison de l’absence du ministère public. Le dossier a été renvoyé au 5 mars prochain. Une situation qui a suscité une vive indignation du côté de la défense.

Maître Sidiki Bérété, avocat de l’ancien président ministre, Ibrahima Kassory Fofana

« Une déception totale »

Me Sidiki Bérété s’est dit profondément déçu : « c’est regrettable, c’est une déception totale. Dans l’histoire de la Guinée, avec ma petite expérience, c’est pour la première fois que le parquet fait défaut l’audience. »

Il rappelle avoir saisi plusieurs autorités après la rechute de son client, sans succès : « particulièrement pour le dossier du docteur Kassory, il y a deux semaines, Kassory a des difficultés de santé, il a fait une rechute. On a écrit aux autorités à tous les niveaux, Monsieur le Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Monsieur le procureur spécial de la CRIEF, le président de la CRIEF, et la réponse était qu’on ne peut rien faire sans l’audience. Et nous venons à l’audience, le parquet trouve d’autres excuses, il n’est même pas venu, la Cour était obligée de renvoyer. »

L’avocat alerte également sur la responsabilité des autorités : « nous attirons l’attention de l’opinion nationale et internationale qu’ils ont la vie des Kassory désormais entre leurs mains. C’est à leur risque et péril si quelque chose lui arrive. Ça c’est le laisser mourir. C’est une souffrance qu’il endure. »

Critiquant la procédure, il ajoute : « la partie principale et fondamentale dans un procès pénal, c’est le ministère public. Mais si le ministère public est absent, la Cour pourrait aller même au-delà, libérer tout le monde, parce que ça devient franchement de la séquestration et de l’humiliation. La Guinée ne mérite pas ça, Kassory ne mérite pas ça, Dr Diané ne mérite pas ça. Et il est temps de se prononcer sur le cas de Kassori, sinon de ne pas le laisser mourir entre les mains des hommes politiques. Parce qu’on passe par la Crief pour les priver de leur liberté, pour les humilier et pour les laisser mourir en tant que malades. »

Me Dinah Sampil, avocat de l’ancien premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana

« Où est la justice finalement ? »

De son côté, Me Dinah Sampil a dénoncé une situation qu’elle juge inédite : « ce qui se passe actuellement en Guinée ne s’est passé ou ne se passe dans aucun des pays. C’est dommage de le dire puisqu’il a été promis à la prise du pouvoir par le CNRD que la justice serait désormais la boussole des activités du gouvernement guinéen. Mais dans le cas de ces personnes incarcérées, où est la justice finalement ? On se bat tous les jours pour l’obtenir, impossible. Les acteurs qui sont chargés de l’assumer se débinent à chaque fois. »

Il remet en cause l’utilité même de la juridiction spéciale : « Si mon avis était demandé, j’avoue que j’aurais fait pour que cette juridiction qui est la CRIEF disparaisse parce qu’elle doit disparaître. Elle n’a rien apporté à la Guinée. Rien. Ou du moins, ce qui est porté devant elle pouvait l’être devant les judictions ordinaires. Il n’est pas dit dans le code pénal qu’il faut une cour spéciale pour les juger. Les judictions ordinaires pouvaient assurer ce rôle là. Et je suis certaine que si c’était le cas, il y a longtemps qu’on en aurait terminé. »

Les 15 milliards au cœur du dossier

Revenant sur les accusations financières, il affirme : « Kasosry est en prison. Pourquoi ? Parce que la somme de 15 milliards qu’on a imaginé et qu’on a mis à sa charge se trouve dans les caisses du Trésor public guinéen. Nous avons les preuves, on les a exhibé, c’est assez dans le dossier. On a fait publier dans la presse partout. Il peut s’amuser à détourner 15 milliards alors qu’il a à sa disposition au rang de ces frais de souveraineté, 30 milliards de francs ? Au moment où on arrêtait vraiment Kassory Fofana, ces 30 milliards là n’avaient pas été touchés d’un seul franc. Comment quelqu’un de son rang peut laisser 30 milliards de côté, aller se salir les mains en prenant 15 milliards ? Ça ne s’explique pas, ce n’est même pas logique, ça sort de l’entendement. Ce n’est pas humain. »

Enfin, il conclut sur l’état de santé de son client : « moi, je conclus que donc, étant informé de l’état de santé actuel de Kassory qui est alarmant, peut-être c’est un moyen pour eux d’attendre pour que mort s’en suive et qu’on dise finalement il est mort, donc on arrête. Non, il faut arrêter pendant qu’il est normal d’arrêter, il est temps d’arrêter pour savoir que ce monsieur n’a rien fait, il n’a que rendu des services bons et loyaux à l’État guinéen pour lesquels on est en train de le récompenser par du mal. »

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com