Le vlogueur Bangaly Kaba a comparu ce jeudi 12 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de première instance de Kaloum. Il est poursuivi pour des faits d’injures via les réseaux sociaux par plusieurs plaignantes, notamment les vlogueuses Nanette Sylla alias Nanette Show et Fatoumata Chérif alias Tim Haidara. Les différentes parties sont toutes connues pour leurs activités de vlogging sur les réseaux sociaux.
Les faits sont prévus et punis par les articles 363 et suivants, ainsi que les articles 28 et 29 de la loi L037 portant cybersécurité et protection des données à caractère personnel.
Des vidéos au cœur des débats
À l’audience du jour, les débats ont essentiellement porté sur plusieurs vidéos produites par la partie civile et visionnées par le tribunal. Dans ces enregistrements, le prévenu profère des injures en langue soussou, où l’on peut entendre notamment le nom de « Nanette Sow ». Les propos contiennent également des insultes visant leurs mères, les qualifiant notamment de « filles de joie » et de « lesbiennes ».
Après le visionnage des vidéos, la procureure a interrogé le prévenu sur sa position, lui qui avait auparavant nié avoir cité les plaignantes dans ses publications.
Bangaly Kaba a maintenu sa version : « en 2020, c’était le debut de notre combat. Elles m’ont insultée, je les ai insulté. Je n’ai jamais dit Nanette Sylla. J’ai toujours Nanette Sow. C’est ici que j’ai connu que c’était Nanette Sylla. À part 2020, toutes les vidéos que je faite, je n’ai pas dit leurs noms », a-t-il soutenu.
Poursuivant ses explications, il a ajouté : « la première vidéo où j’ai dit Nanette Sow date de 2020. En 2024, je ne reconnais pas avoir dit leurs noms. »
Une vidéo de 2025 évoquée
Au cours de l’audience, l’avocate de la partie civile a présenté, via son téléphone, une vidéo publiée sur le compte « Kabastone de Paris » et datée du 23 décembre 2025. Le prévenu a réagi en affirmant qu’il s’agissait de « vidéos redifusée. »
Le tribunal a ensuite appelé à la barre Fatoumata Chérif, l’une des plaignantes, afin de la confronter au prévenu sur la question de la date des vidéos. Elle a affirmé disposer d’éléments prouvant que certaines séquences sont postérieures à 2020 : « il y en a plusieurs. Il y en a une vidéo où il y a la photo de Monsieur Bill Condé et de Maya Kaba. Cette photo là date des campagne est les campagnes c’est en décembre. Ce qui prouve que ces vidéos ont été réalisées après camapgnes », a-t-elle expliqué.
Interrogée sur les éléments montrant que ces vidéos les visaient directement, elle a répondu : « il y a des commentaires qui prouvent que c’est moi, puisque j’y ai été mentionné. »
À la barre, elle a également déclaré : « j’aurais préféré que Bangaly reconnaisse ses torts et qu’on passe à autre chose. Sa sœur est venue de Siguiri, on a parlé de quelque chose. Mais s’il continue à nier, on aurait pas envie d’arrêter la procédure. »
Une vidéo reconnue comme récente
La cour et le parquet ont ensuite interrogé à nouveau le prévenu sur la date de certaines vidéos, notamment celles dans lesquelles il mentionne Maya Kaba. À la question de savoir s’il connaissait cette dernière en 2020, Bangaly Kaba a fini par reconnaître que la vidéo concernée est « récente ».
Lors de l’interrogatoire mené par son avocat, le prévenu a de nouveau expliqué les raisons de sa présence devant le tribunal : « j’ai n’ai jamais dit leurs noms. Au-delà de 2020, rien ne montre que c’est elles. C’est elles qui ont mis des photos sur mes vidéos. Ce sont les injures qu’on a échangés en 2020 et le fait que j’ai flatté Maya Kaba en 2026, qui ont fait qu’elles ont porté plainte contre moi. »
Il a également accusé Fatoumata Chérif de manipulation technologique : « elle est forte en technologie. Elle peut monétiser des vidéos des gens, elle est informaticienne. Elle est très forte dans la falsification.»
Le débat autour du compte “Kabastone de Paris”
Interrogé par l’avocate de la partie civile sur l’existence d’un compte portant le nom « Kabastone de Paris », le prévenu a reconnu en être détenteur, tout en affirmant que d’autres comptes similaires existent.
L’avocate a attiré l’attention du tribunal sur la différence entre les noms utilisés dans les vidéos : « Nanette Sow » au lieu de « Nanette Show ».
Pour sa défense, Bangaly Kaba a soutenu qu’il répondait en réalité à d’autres personnes : « il y a plein de personne qui me qualifiait de PD. C’est à ces gens là j’ai répondu comme : Mariama Youla qui est leur petite. C’est Tima Haidara que j’ai insulté. Mais c’est Fatoumata Chérif qui a porté plainte », a-t-il déclaré.
Les réquisitions du parquet
Après la clôture des débats, le tribunal a ouvert la phase des plaidoiries et réquisitions. Dans sa plaidoirie, l’avocate de la partie civile a estimé que le harcèlement est avéré dans cette affaire. Selon elle, ses clientes, toutes vlogueuses, ont été insultées de 2020 à 2026 et les vidéos constituent une preuve des injures.
Elle a demandé au tribunal de déclarer le prévenu coupable et de le condamner à présenter des excuses publiques sur TikTok et Facebook, ainsi qu’au paiement de 50 millions de francs guinéens à titre de dommages et intérêts.
De son côté, la procureure a indiqué que l’exploitation des vidéos a convaincu le parquet que les injures se sont poursuivies dans le temps. Elle a estimé que les faits sont établis dans le dossier. Le ministère public a également souligné que les infractions commises sur les réseaux sociaux portent atteinte à l’image des personnes visées mais aussi à celle du pays. La procureure a requis la condamnation de Bangaly Kaba à un an de prison assorti de sursis et au paiement de 120 millions de francs guinéens.
Elle a toutefois relevé que les « éléments de provocation » des plaignantes, qui auraient également proféré des insultes, constituent une « circonstance atténuante.»
La défense évoque une prescription
Dans sa plaidoirie, l’avocat du prévenu a estimé que la procédure ressemble à un règlement de comptes entre des personnes issues d’un même groupe, la GMD. Il a également soutenu qu’il existe un motif de « prescription », estimant que les faits reprochés à son client ne seraient plus poursuivables après trois ans.
À défaut de retenir la « prescription et l’excuse de provocation », il a demandé la « relaxe pure et simple » de son client.
Les excuses du prévenu
Invité à prendre la parole une dernière fois, Bangaly Kaba a déclaré : « je demande pardon à la nation guinéenne et je demande pardon à la justice guinéenne ».
Le juge a mis l’affaire en délibéré. La décision est attendue le 18 mars 2026.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
