Censure

Guinée : le PEDN critique la dissolution de 40 partis et redoute un « parti-État »

La dissolution de 40 partis politiques par le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD) passe mal au sein de la classe politique guinéenne. Ce week-end, le Parti de l’espoir et du développement national (PEDN), formation politique dirigée par Lansana Kouyaté, a donné sa position.

« Au PEDN, nous déplorons cette décision, car c’est un coup dur pour la démocratie guinéenne. Parmi la quarantaine de partis politiques dissous, il y a trois anciens partis au pouvoir : le PDG-RDA, le PUP et le RPG Arc-en-ciel. Au-delà de ces trois partis, plusieurs formations politiques ont pris part à l’élection présidentielle de 2010, comme l’UPG de Jean-Marie Doré, l’UFR de Sidya Touré, l’UFDG de Cellou Dalein Diallo ou encore le PTS de Mamady Diawara », a déclaré Ousmane Kankou Kaba, porte-parole du PEDN, à un groupe de journalistes dont un reporter de guinee7.com.

Il a ensuite rappelé le rôle historique joué par ces partis en Guinée. « Ces partis ont marqué l’histoire politique récente du pays. Si l’on prend par exemple le RPG, l’UFDG et l’UFR, jusqu’au 5 septembre dernier, ils constituaient les principales forces politiques du pays. Les dissoudre de cette manière est déplorable et constitue un coup dur pour la démocratie guinéenne », a-t-il rappelé, tout en précisant que « le PEDN ne peut pas approuver une telle démarche ».

Selon Ousmane Kankou Kaba, le MATD ne devrait pas constituer un obstacle pour les partis politiques souhaitant se mettre à jour. « Il y avait pourtant une volonté de certains partis de se mettre en règle conformément aux instructions du MATD, mais certains ont été empêchés, à un moment donné, de régulariser les points qui étaient à corriger. Par exemple, l’UFDG avait la volonté d’organiser son congrès, qui constituait le principal point d’achoppement avec le MATD. À plusieurs reprises, le parti a été empêché de tenir ce congrès. L’UFR, de son côté, a tenu son congrès à la veille de l’élection présidentielle du 28 décembre, mais d’autres points restaient également à régulariser. Le MATD ne devrait pas être un facteur de blocage pour les partis qui souhaitent se mettre en conformité avec les lois de la République. On aurait pu leur faciliter la tâche », estime-t-il.

Cependant, le porte-parole du PEDN reconnaît que certaines formations politiques méritaient d’être dissoutes par le MATD. « Il faut aussi reconnaître que, parmi la quarantaine de partis dissous, certains méritaient effectivement cette dissolution. Il existe des partis qui n’ont ni siège ni activité politique réelle et qui n’ont participé à aucune élection depuis dix, quinze ou même vingt ans. Ce sont des partis fantômes », a-t-il déclaré.

Vers une instauration d’un parti-État dans le pays…

Derrière cette mesure, ce cadre du PEDN voit une volonté d’instaurer un parti-État en Guinée. « Cependant, tout porte à croire qu’il y a une volonté de restreindre le paysage politique. Beaucoup pensent qu’un parti-État est en phase de création, ce qui constituerait un grand recul pour la démocratie guinéenne. Depuis l’avènement du multipartisme en Guinée, vouloir supprimer plusieurs partis politiques au profit d’un autre parti en gestation n’est pas normal. Certains ont la conviction que l’on cherche à éliminer les autres partis au profit de ce nouveau mouvement politique. »

La nouvelle loi sur les partis politiques dans le viseur du PEDN

En novembre dernier, une nouvelle loi régissant les partis politiques a été adoptée par le Conseil national de la transition (CNT). Les partis politiques sont tenus de s’y conformer avant le 25 mai prochain, un délai jugé très court par le PEDN.

« Même les partis qui n’ont pas été dissous se disent inquiets. Le MATD a récemment mis en garde les partis politiques qui ne se conformeraient pas aux dispositions de la nouvelle loi régissant les partis politiques avant le 25 mai prochain, sous peine de dissolution. Or, cette loi a été adoptée par le CNT en novembre dernier, mais beaucoup de partis politiques n’en connaissent pas encore le contenu. Il n’y a pas eu de véritable vulgarisation de cette loi, alors qu’une loi qui concerne directement les partis politiques devrait être expliquée aux acteurs concernés. Certaines exigences sont également difficiles à satisfaire dans un délai aussi court, notamment l’obligation de fournir les contrats de bail des sièges dans les 33 préfectures du pays, ainsi que plusieurs documents administratifs. Le délai accordé est d’environ trois mois seulement. Très peu de partis politiques seront en mesure de satisfaire à toutes ces exigences dans ce laps de temps », a-t-il dénoncé.

Pour finir, Ousmane Kankou Kaba s’interroge sur l’utilité de l’évaluation des partis politiques réalisée en 2024. « Au PEDN, lors de l’évaluation des partis politiques en 2024, nous avons satisfait à toutes les exigences du MATD, ce qui nous a permis d’obtenir l’autorisation de poursuivre nos activités. Mais moins d’un an après cette évaluation, le même département revient avec de nouvelles exigences, ce qui crée des incompréhensions. Normalement, l’objectif de l’évaluation de 2024 était d’assainir le paysage politique : suspendre les partis qui ne respectaient pas les règles, dissoudre ceux qui ne remplissaient pas les conditions et permettre aux autres de poursuivre leurs activités. Aujourd’hui, on a l’impression que les règles changent rapidement », a-t-il conclu.

Bhoye Barry pour guinee7.com