Décédé le 18 mars dernier à Conakry à l’âge de 55 ans, Abdoulaye Sankara, affectueusement appelé « Abou Maco », a été inhumé ce dimanche à Lambanyi après la prière de 14 heures. Avant sa mise en terre, la presse guinéenne lui a rendu un dernier hommage à travers un symposium organisé à la Maison de la presse.
À la Minière, ce moment de recueillement a mobilisé la famille biologique du défunt, ses collègues, amis, ainsi que plusieurs acteurs du monde des médias et de l’administration. Tous sont venus saluer la mémoire d’un professionnel unanimement reconnu pour sa rigueur, son sens de l’éthique et sa plume qu’il a forgé dans plusieurs rédactions dont l’indépendant où il a démarré en 1996 pour finalement poser ses affaires au bureau de presse de la Présidence de la République en qualité de Directeur général adjoint en 2010.
Prenant la parole au nom de l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante « AGEPI », Misbaou Diallo a décrit un homme profondément humain et attaché aux principes.
« Il y a des pertes qui dépassent les mots, des absences qui laissent un vide abyssal, des départs qui brisent le cours ordinaire de nos vies. Celui d’Abdoulaye Sankara est de ceux-là. Aujourd’hui la presse est en deuil. Une voix s’est tue, une conscience s’en est allée. AS incarnait plus qu’un métier, il portait une mission : celle d’informer avec dignité, de servir avec loyauté, d’éclairer avec courage. Sa rigueur intellectuelle, son engagement indéfectible et son éthique irréprochable ont fait de lui une figure respectée, un pilier, une référence », a-t-il déclaré.
Représentant le haut conseil des Burkinabè de l’étranger, Thierry Ouédraogo a lui aussi salué la mémoire du défunt : « Sa disparition est une perte pour notre communauté mais aussi pour la presse qui l’a connu comme un homme de conviction et de parole. Que ce moment de recueillement soit aussi un appel à renforcer la solidarité et la fraternité qu’il incarnait. »
Le ministre de la Culture, Moussa Moïse Sylla, a livré un témoignage particulièrement poignant, évoquant leur dernier échange quelques heures avant le décès : « Le jour de son décès, lui et moi avions échangé des messages. Il était 21h, il me faisait savoir son admiration pour la signature du projet de convention Cinema Center de Conakry. À 1h du matin, le téléphone sonne, il est marqué “doyen Sankara”. La voix fine mais déchirante de sa fille me dit : “Tonton Moïse, papa est parti”. Pour moi, Maco n’était pas qu’un journaliste, c’était une conscience. La faucheuse a eu raison de sa vie, mais n’aura jamais raison de l’âme généreuse qu’Abou Maco incarnait. »

Très ému mais avec ce léger sourire pour masquer la douleur, son fils Mohamed Cheik Canal Sankara, s’exprimant au nom de la famille, a partagé les derniers instants passés avec son père : « Il était un homme de principe dont la plume était reconnue de tous avec un savoir durement acquis, mais c’était avant tout mon père, avec qui je parlais de tout. Je me souviens de notre dernier échange quelques heures avant son décès. J’étais heureux de le voir se sentir mieux, car aussi loin que je me souvienne, je l’ai toujours connu malade. Il marchait, se promenait, il avait l’air d’être plus en forme que jamais. Je lui ai demandé : “Papa, lors de ta dernière crise, tu n’avais pas eu peur ?” Il m’a dit non, mais le fait de se sentir étouffé le dérangeait. Il disait que s’il devait mourir, il préférerait que ce soit rapide. Si j’avais su que c’était le dernier jour avec nous, j’en aurais profité davantage. J’espère que de là-haut, tu seras fier de nous. »
Abdoulaye Sankara « Abou Maco » a rejoint sa dernière demeure après la prière de 14h au cimetière de Lambanyi.
Thierno Abdoul Barry pour guinee7.com
