Censure

CRIEF : identification des co-prévenus dans le dossier Badara Koné

Les débats se poursuivent dans un climat particulièrement tendu devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), où se tient le procès impliquant l’ancien responsable de la délégation spéciale de Matam, Badara Koné. Après une première phase marquée par des discussions procédurales, la juridiction a franchi une nouvelle étape en procédant à l’identification des personnes co-accusées dans cette affaire à forte résonance financière.

Présidée par le juge Alpha Camara, la chambre de jugement a poursuivi l’examen du dossier après avoir mis en délibéré une requête de la défense, qui sollicitait le renvoi de l’affaire au procureur spécial afin qu’une information judiciaire soit ouverte, invoquant la complexité du dossier.

Des profils variés parmi les co-prévenus

Au cours de l’audience, plusieurs noms ont été officiellement associés à la procédure aux côtés de l’ancien responsable communal. Parmi eux figurent Abass Keita, né le 3 mars 1980 à Faranah et sociologue de formation, ainsi que Moustapha Diarra Sanoh, juriste de profession. À ces derniers s’ajoute Said Elmi Kelhiye, présenté comme un entrepreneur d’origine somalienne.

Le dossier implique également des personnes morales, dont la société SOCOBA, représentée par sa gérante Zahara, architecte de profession.

Contestations et ligne de défense

La présence de la société SOCOBA dans ce dossier a rapidement suscité des contestations de la part de sa défense. L’avocat de l’entreprise a fermement remis en cause les accusations portées contre sa cliente, dénonçant une procédure qu’il estime inadaptée. « Nous n’avons aucune relation avec l’État guinéen ni avec la mairie de Matam, si ce n’est le paiement d’une taxe effectuée une seule fois depuis l’existence de la société. Je ne comprends pas pourquoi madame Zahara est poursuivie à titre personnel au lieu de la personne morale SOCOBA. On est en train de traiter cela comme un délit flagrant », a soutenu Me Rafi Raza,

Dans la même logique, la défense a demandé que le dossier de la société soit renvoyé pour des investigations complémentaires, estimant que les éléments actuels ne justifient pas la qualification retenue.

L’avocat a également insisté sur la nécessité d’écarter toute responsabilité personnelle de la gérante, estimant que la procédure devrait exclusivement concerner la personne morale.

Tensions à l’audience et suspension des débats

Les échanges entre les différentes parties ont pris une tournure particulièrement vive lorsque les débats ont abordé la stratégie du parquet spécial. Des propos tenus par la défense ont été vivement contestés par le représentant du ministère public, Biwon Millimouno, entraînant une atmosphère électrique dans la salle d’audience.

En attendant la poursuite de l’identification des autres co-prévenus, la Cour a finalement suspendu l’audience, mettant temporairement fin aux discussions.

Des accusations financières lourdes

Ce dossier judiciaire repose sur des accusations particulièrement graves. Les prévenus sont soupçonnés de détournement de deniers publics portant sur une somme estimée à 240 milliards de francs guinéens, sur une période allant de février 2021 à avril 2026.

Outre cette infraction principale, ils font également face à plusieurs chefs d’accusation, notamment corruption d’agents publics, faux et usage de faux en écritures publiques, escroquerie, prise illégale d’intérêt, conflit d’intérêts, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com