La phase des réquisitions et plaidoiries dans le dossier visant Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la Cour constitutionnelle, s’est tenue ce mercredi 10 juin 2026 devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Dans cette affaire, sont également poursuivis Amadou Diallo, ancien vice-président de l’institution, et Sidiki Sylla, ancien directeur administratif et financier, actuellement en fuite. Rouguiatou Barry, également poursuivie dans le dossier, est décédée.
Au cours des débats, les avocats de l’État ont soutenu que les infractions reprochées aux prévenus étaient établies. Ils ont notamment insisté sur l’écart entre les revenus de Mohamed Lamine Bangoura et l’importance du patrimoine qu’il aurait constitué au fil des années.
Estimant que les faits de détournement de deniers publics sont caractérisés, ils ont demandé à la cour d’ordonner la confiscation des biens des prévenus au profit de l’État. Ils ont également sollicité leur condamnation au paiement de 41 milliards de francs guinéens pour l’ensemble des préjudices invoqués.
La partie civile réclame réparation
Intervenant à son tour, l’avocate de Lancinet Kanko Kourouma a estimé que son client avait subi des préjudices qui méritent réparation ainsi qu’une restauration de sa dignité.
À ce titre, elle a demandé la condamnation de Mohamed Lamine Bangoura au paiement de 1 milliard 88 millions 725 mille francs guinéens pour les préjudices matériels allégués, ainsi que 500 millions de francs guinéens pour le préjudice moral.
Le parquet estime les faits établis
Dans ses réquisitions, le ministère public a affirmé que les débats ont permis de démontrer la réalité des faits poursuivis.
Concernant l’enrichissement illicite, le parquet s’est interrogé sur l’origine des ressources ayant permis l’acquisition de plusieurs biens attribués à Mohamed Lamine Bangoura, notamment une villa à Nongo évaluée à plus de 3 milliards de francs guinéens, un immeuble R+4 à Dakar ainsi qu’un domaine agricole et d’autres propriétés.
Le procureur a soutenu que le prévenu n’a pas produit de preuves écrites suffisantes pour justifier les revenus issus des consultations qu’il affirme avoir réalisées.
S’agissant du blanchiment de capitaux, le ministère public a indiqué que le recours à des circuits non officiels pour le transfert de fonds destinés à l’acquisition du bien immobilier de Dakar constitue, selon lui, un élément à charge.
Le parquet est également revenu sur les déclarations du prévenu concernant des fonds qu’il aurait reçus du pouvoir exécutif. Selon l’accusation, une telle situation soulève des interrogations au regard des fonctions qu’il occupait à la tête de l’institution chargée de trancher les contentieux électoraux.
Par ailleurs, le ministère public a demandé l’extinction de l’action publique à l’égard de Rouguiatou Barry, décédée.
Pour les autres prévenus, il a requis une peine de dix ans d’emprisonnement, estimant être en présence d’un concours d’infractions. Il a également sollicité une amende de 50 milliards de francs guinéens contre chacun d’eux, la confiscation de l’ensemble de leurs biens au profit de l’État, leur gestion par l’AGRASC ainsi que l’affichage de la décision à intervenir.
La défense dénonce un dossier « vide »
Répondant aux différentes accusations, l’avocat de Mohamed Lamine Bangoura a ouvert sa plaidoirie en affirmant que « ce dossier est vide ».
Concernant la demande de Lancinet Kanko Kourouma, il a soutenu que celui-ci aurait dû saisir une juridiction de droit commun pour réclamer ses salaires et accessoires. Selon lui, la CRIEF n’est pas compétente pour examiner cette demande et devrait se déclarer juridiquement incompétente.
L’avocat a également dénoncé ce qu’il considère comme une procédure injustifiée contre son client, allant jusqu’à déclarer que ce dernier serait devenu « le prisonnier personnel de quelqu’un ».
Sur la gestion financière de la Cour constitutionnelle, il a expliqué que Mohamed Lamine Bangoura ne faisait pas partie du comité de trésorerie chargé de la répartition budgétaire. Selon lui, les décisions étaient prises par ce comité avant d’être soumises à la plénière pour adoption.
La défense a également relevé l’absence, selon elle, de rapport d’audit de la Cour des comptes ou de l’Inspection générale d’État dans le dossier.
Répondant aux critiques sur le manque de documents justificatifs, l’avocat a affirmé que les archives administratives se trouvent toujours dans les bureaux de la Cour constitutionnelle, auxquels son client n’a plus eu accès depuis son départ.
Sur la question du patrimoine, il a fait valoir que Mohamed Lamine Bangoura percevait un salaire mensuel de 75 millions de francs guinéens lorsqu’il dirigeait la Cour constitutionnelle. Selon lui, les revenus accumulés durant plusieurs années permettent d’expliquer une partie des investissements réalisés. « Il n’y a pas eu d’enrichissement illicite. Il était déjà riche. Ses parents étaient aisés », a-t-il déclaré.
La défense a également rejeté les accusations de corruption, estimant qu’aucun élément concret ne démontre qu’un agent public a été corrompu dans cette affaire.
Considérant que les faits reprochés ne sont pas établis, l’avocat a demandé à la cour de renvoyer son client des fins de la poursuite.
« Je me remets au jugement de Dieu »
Invité à prendre la parole en dernier, Mohamed Lamine Bangoura est revenu sur les différentes étapes de la procédure avant de livrer un message empreint de foi. « J’avoue que le parcours que j’ai fait, c’est la volonté de Dieu. Ma seule source d’inspiration est divine (…) À la Cour constitutionnelle, je n’ai jamais forcé à être là (…) Je m’en remets à Dieu. Les épreuves divines ne sont pas des punitions. Je me remets au jugement de Dieu », a-t-il déclaré.
À l’issue des débats, le président de la cour a mis l’affaire en délibéré. La décision est attendue le 27 juillet 2026.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
