Censure

CRIEF : le parquet requiert 10 ans de prison contre Mohamed Diané, la défense réclame la relaxe

Poursuivi pour détournement présumé de 511 milliards GNF, l’ancien ministre de la Défense connaîtra la décision de la Cour d’appel de la CRIEF le 30 juillet 2026.

Conakry- Poursuivi pour détournement présumé de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, l’ancien ministre de la Défense nationale continue de comparaître devant la Cour d’appel de la CRIEF. Le parquet a requis une lourde peine, tandis que ses avocats dénoncent un dossier sans preuves suffisantes.

La bataille judiciaire autour de Dr Mohamed Diané a franchi une nouvelle étape ce jeudi 23 juillet 2026 devant la Chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Après plusieurs audiences consacrées aux débats, place a été faite aux réquisitions du ministère public et aux plaidoiries de la défense.

L’ancien ministre de la Défense nationale est poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux portant sur un montant estimé à 511 milliards de francs guinéens.

À l’issue de son intervention, le parquet spécial a demandé à la Cour de condamner Mohamed Diané à 10 ans d’emprisonnement, au paiement d’une amende de 50 milliards de francs guinéens, ainsi qu’à la confiscation des biens saisis. Le ministère public a également sollicité que la gestion de ces biens soit confiée à l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC).

Le parquet met en avant les fonds du ministère de la Défense

Dans ses arguments, le procureur spécial Biwon Millimouno a notamment évoqué la gestion de crédits évalués à 500 milliards de francs guinéens destinés au ministère de la Défense durant la période où Mohamed Diané occupait le poste de ministre.

Selon le représentant du parquet, l’ancien ministre, qui était également ordonnateur principal du budget de son département, n’aurait pas fourni d’explications jugées suffisantes sur l’utilisation de ces ressources.

Le magistrat a aussi cité un contrat d’environ 11 milliards de francs guinéens conclu entre le ministère de la Défense et Djoma Groupe SA pour l’acquisition de véhicules de type pick-up destinés aux forces armées.

Concernant la demande de comparution de l’intendant général du ministère formulée par la défense, le procureur spécial a estimé qu’il s’agissait d’une stratégie destinée à détourner l’attention de la Cour.

Le patrimoine familial au cœur des accusations

Le ministère public a également insisté sur la question du patrimoine immobilier attribué à l’ancien ministre, à son épouse Aminata Touré et à certains de leurs enfants.

Pour le parquet, ces acquisitions ne seraient pas en adéquation avec les revenus déclarés de l’ancien responsable gouvernemental. Les magistrats ont notamment évoqué plusieurs terrains situés à Nongo ainsi que d’autres biens immobiliers.

Le procureur spécial a aussi abordé le cas des salaires d’un montant total de 900 millions de francs guinéens versés sur un compte portant le nom de Mohamed Diané, qui serait également celui d’un magistrat de la Cour suprême.

La défense dénonce un dossier sans preuves

Face aux accusations du parquet, les avocats de Mohamed Diané ont plaidé la relaxe de leur client.

Me Sidiki Bérété et Me Almamy Samory Traoré ont soutenu que les infractions reprochées à l’ancien ministre n’étaient pas démontrées par des éléments concrets.

La défense a notamment contesté l’idée selon laquelle Mohamed Diané aurait eu la maîtrise directe de la gestion de 500 milliards de francs guinéens. Les avocats ont rappelé que le ministre ne pouvait pas être considéré comme le seul responsable de toutes les opérations financières d’un département ministériel.

S’agissant du contrat avec Djoma Groupe SA, ils ont expliqué qu’il avait été conclu dans le cadre d’une procédure exceptionnelle, motivée par l’urgence de fournir des véhicules aux forces armées.

« Où sont les preuves comptables ? », interroge la défense

Au cours de sa plaidoirie, Me Sidiki Bérété a soulevé plusieurs interrogations sur la responsabilité réelle de son client dans la gestion financière du ministère.

L’avocat s’est notamment demandé : « Qui détenait le chéquier du ministère de la Défense ? Qui établissait les engagements ? Qui procédait au décaissement des salaires ? »

Pour la défense, aucun document comptable, rapport d’inspection ou élément financier précis n’aurait permis d’établir un détournement de fonds publics.

Les avocats ont donc demandé à la Cour de reconnaître l’absence de preuves suffisantes et de prononcer la relaxe de leur client.

Après les réquisitions du parquet et les plaidoiries de la défense, l’affaire est désormais en attente de la décision de la Cour d’appel de la CRIEF.Après les réquisitions du parquet et les plaidoiries de la défense, l’affaire est désormais mise en délibéré. La Chambre des appels de la CRIEF rendra sa décision le 30 juillet 2026. La Cour devra ainsi trancher entre les demandes du ministère public, qui réclame une lourde condamnation, et les arguments de la défense, qui continue de soutenir l’innocence de l’ancien ministre de la Défense nationale.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com