Conakry- La tension est montée cette semaine au grand marché de Gbèssia Rond-point, où des commerçantes sont descendues dans la rue après la nomination de nouveaux responsables à la tête de l’administration du marché. À l’origine de cette mobilisation, des contestations autour de la gestion de la taxe journalière, dans un contexte de changement de l’équipe dirigeante.

Pour calmer les esprits et apporter des explications, une délégation de la commune urbaine de Gbèssia, conduite par le vice-maire Djibril Firawa Touré, s’est rendue sur les lieux. À cette occasion, le conseiller communal Mohamed Condé a présenté la position officielle de la mairie, estimant que de nombreuses informations relayées sur les réseaux sociaux ne reflètent pas la réalité.

Il a expliqué que la visite répondait à une instruction du maire, après la diffusion, selon lui, de messages susceptibles d’entretenir la confusion autour des récentes décisions administratives. «Nous sommes l’équipe de la commune urbaine de Gbèssia, nous sommes dans ce marché aujourd’hui sur instruction de Monsieur le Maire, suite à une mauvaise information ou désinformation qui est en train de se nourrir sur les réseaux sociaux et par rapport également à un certain nombre de faits. Donc nous sommes venus recadrer. Sur les réseaux sociaux, nous avons vu des femmes qui sont sorties scandant des informations qui ne sont pas de nature à troubler l’ordre public. Et dans ces informations, il est apparu le nom de l’administrateur et de l’adjoint sortants. Parce qu’au jour d’aujourd’hui, vous n’êtes pas sans savoir que hier une décision officielle a été prise par Monsieur le Maire de la commune urbaine de Gbèssia, et cette décision c’est la nomination de l’administrateur adjoint et du comptable», a-t-il expliqué.
Selon Mohamed Condé, la nomination de Nouan Kourouma, comme administrateur général adjoint et de Mme Nathalie Touré au poste de comptable s’inscrit dans une volonté de mettre de l’ordre dans la gestion financière du marché. Il estime que les anciens responsables auraient favorisé un climat de contestation après leur remplacement. « Les deux personnalités sortantes ont alimenté la réactions de certaines personnes, certaines femmes du marché, à aller sur des actes de désinformation et de désobéissance citoyenne. Donc aujourd’hui, nous sommes venus dans le marché de Gbèssia, non seulement pour installer les nouvelles personnes dans leurs fonctions respectives, mais également apporter la clarification au niveau de ces questions qui ne sont pas de nature à garder la quiétude sociale dans notre commune », a-t-il soutenu.

Le conseiller communal a également attiré l’attention sur les conditions de travail des commerçants, qu’il juge préoccupantes. Il a notamment évoqué l’absence de toilettes et le mauvais état des infrastructures, estimant que les recettes du marché devraient permettre d’améliorer ces services essentiels. «Le grand marché de Gbèssia n’a pas de toilettes. Les hangars que vous voyez, les tables sont dans quelles conditions vous voyez, nos mamans vendent dans quelles conditions vous voyez. Aujourd’hui, quand nos mamans ont des besoins de latrines, elles sont obligées de courir rentrer dans le quartier. Cela est inadmissible par l’équipe de Monsieur le Maire », a-t-il regretté.

Concernant la polémique sur le montant de la taxe journalière, alors que certaines vendeuses affirment payer entre 3 000 et 5 000 francs, Mohamed Condé a rappelé que la commune n’a fixé qu’un seul tarif. «La décision officielle de Monsieur le Maire de la commune urbaine de Gbèssia : les tickets sont vendus à 2 000 francs dans tous les marchés de la commune de Gbèssia. S’il y a maintenant des montants qui sont perçus en dehors de ce montant, la commune décline toute sa responsabilité face à cette situation », a-t-il insisté.
Dans la même intervention, il a révélé que seule une partie des sommes collectées grâce aux tickets serait effectivement reversée à la commune, une pratique qui devrait, selon lui, être corrigée. «La commune a instruit tous les administrateurs de marché, les tickets sont vendus à 2 000. Et aujourd’hui, une précision que nous allons apporter sur ce fait aussi : sur les 2 000 francs de tickets qui sont vendus, les administrateurs de marché ne retournent à la commune que 1 000 francs. Ils prélevaient eux-mêmes les 1 000 francs sur une question d’assainissement. Mais ce sont des faits sur lesquels nous allons apporter des mesures correctives », a-t-il annoncé.
Mohamed Condé estime par ailleurs que les recettes officiellement enregistrées restent largement en deçà du potentiel réel des marchés de la commune, ce qui freine les investissements destinés à améliorer les infrastructures. «Les résultats que nous recevons venant des marchés de Gbèssia sont des résultats qui ne peuvent pas nous permettre à faire des investissements. Les montants sont dérisoires. Il y a assez de choses qui se passent autour de ces marchés, de ces questions de recettes dans les marchés. Vous imaginez que la commune ne reçoit que 1 000 francs comme recette journalière sur tous les tickets qui sont vendus. Et avec ces 1 000 francs là, aujourd’hui, au même moment que le marché de Gbèssia fait 3 800 000 de recettes hebdomadaires, au même moment Entag fait le triple ou le quadruple », a-t-il déclaré.
La mairie affirme ainsi vouloir renforcer le contrôle des fonds issus des marchés afin de garantir une meilleure utilisation des recettes publiques. « Il faut que les recettes publiques retournent dans les caisses de l’État. Nous n’allons pas accepter que des individus s’enrichissent sur le dos de la population. Là, nous n’allons négocier cela avec personne », a-t-il martelé.

Interrogé sur d’éventuelles poursuites ou sur la récupération des sommes qui auraient échappé aux caisses de la commune, le conseiller communal a indiqué que des démarches administratives étaient déjà engagées, sans donner davantage de précisions. « Nous allons vous revenir sur cette question, mais à date aujourd’hui, nous avons administrativement déclenché un processus. Ce processus était de partager les informations et ensuite installer les nouvelles personnes dans leurs fonctions. Le reste de l’évolution de la situation déterminera les actions suivantes à prendre », a-t-il conclu.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
