Ce lundi à Conakry, le Cadre de partenariat pays (CPP) 2027-2033 entre la Guinée et le Groupe de la Banque mondiale annonce plus de 3 milliards de dollars d’engagements sur sept ans. Un chiffre record, des promesses ambitieuses. Reste l’essentiel : l’efficacité. Car le développement ne se décrète pas dans une salle de conférence, il se construit par la gouvernance.
Les chiffres ont de quoi impressionner. 2,1 milliards de dollars d’engagements de la Banque mondiale sur sept ans, soit près du double du cycle précédent. Près d’un milliard supplémentaire mobilisé par la SFI (Société Financière Internationale) et la MIGA (Agence Multilatérale de Garantie des Investissements). Au total, plus de 3 milliards de dollars. Ce lundi, à Conakry, en présence de Mme Mariama Ciré Sylla, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, et de M. Ousmane Diagana, vice-président régional de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, la Guinée a officiellement lancé son nouveau Cadre de partenariat pays (CPP) 2027-2033.
Le cadre « change d’échelle et de méthode », selon la ministre. Dans la foulée, quatre accords de financement ont été signés pour 320,8 millions de dollars : agriculture commerciale (phase 2), projet SIRA, mobilisation des recettes publiques et accès à l’électricité (phase 2).
Sur le papier, tout y est. Mais la question qu’un citoyen naïf pourrait se poser est simple : quelle sera l’efficacité réelle de cet apport ?
L’emploi, une promesse au cœur du nouveau CPP
Le nouveau partenariat s’articule autour d’un objectif central : la création d’emplois. Quatre résultats prioritaires sont fixés : une meilleure gestion budgétaire, une main-d’œuvre mieux formée et en meilleure santé, un meilleur accès à l’énergie et aux transports, et un renforcement de l’investissement privé.
Qui pourrait s’y opposer ? Personne. Le chômage des jeunes est l’une des bombes sociales du pays. Mais l’emploi ne naît pas d’un document stratégique. Il naît d’une économie qui tourne, d’entreprises locales qui accèdent aux marchés, d’un État qui paie ses fournisseurs à temps et d’une justice qui protège les investissements. Autant de conditions qui relèvent d’abord de la volonté politique nationale.
Simandou : l’argent du fer doit d’abord servir les Guinéens
Le CPP fait du corridor Simandou un « point d’ancrage du développement territorial ». L’ambition affichée : transformer les infrastructures minières en véritables corridors économiques et faire profiter les régions éloignées des retombées. M. Ousmane Diagana a lui-même insisté sur une gestion « transparente et stratégique » des ressources minières.
C’est précisément là que le bât blesse. Simandou a commencé à être exploité. Le fer sort de nos sols. Il génère donc de l’argent. Cet argent devrait servir à développer le pays : bâtir des écoles et des hôpitaux, créer des emplois, irriguer l’économie locale, désenclaver l’intérieur.
Pourquoi alors faut-il encore attendre la Banque mondiale pour transformer Simandou en levier de développement ? Si les recettes minières étaient correctement collectées, tracées et réinvesties, une grande partie de ce que promet le CPP pourrait être financée par nos propres ressources. La redistribution de la rente minière n’est pas une affaire de bailleurs. C’est une affaire de volonté politique, et cette volonté, pour aboutir, doit exiger et imposer la bonne gouvernance.
Les propres chiffres de la Banque mondiale disent tout. Le secteur minier devrait croître de 23,3 % par an en moyenne entre 2026 et 2028, contre seulement 5,6 % pour le reste de l’économie. Pendant ce temps, près de la moitié des Guinéens n’ont toujours pas accès à l’électricité et la dette publique frôle 48 % du PIB. Autrement dit : la richesse minière explose, mais elle ruisselle peu. Et chaque nouveau prêt, même concessionnel, viendra s’ajouter à cette dette.
La Banque mondiale n’a jamais développé un pays
Il faut le dire sans détour : de nombreux économistes estiment que la Banque mondiale n’a jamais, à elle seule, développé un pays. Les nations qui ont décollé l’ont fait par leurs propres choix, leurs propres institutions et leur propre discipline. Les bailleurs ont accompagné, parfois utilement, mais ils n’ont pas remplacé l’État.
La Banque mondiale reste une institution financière. Ses financements, même concessionnels, ne sont pas de la charité : ils s’accompagnent de conditions, et une large part devra être remboursée, d’une manière ou d’une autre, par les générations futures. Comme toute banque, elle cherche à sécuriser et à rentabiliser ses engagements. La ministre de l’Économie et des Finances, issue des rangs de l’institution avant de rejoindre le gouvernement, le sait mieux que quiconque.
Bonne gouvernance : la vraie condition de l’efficacité
Ces 3 milliards de dollars ne sont donc ni une bénédiction ni une malédiction. Ils sont un outil. Leur efficacité dépendra de ce qu’en fera l’État guinéen : de la qualité des projets, de la transparence des marchés publics, du suivi des décaissements et de la reddition de comptes.
Le volet « mobilisation des recettes publiques » signé ce lundi est peut-être, à ce titre, le plus révélateur. Il dit en creux l’essentiel : le développement de la Guinée se jouera d’abord dans sa capacité à collecter, protéger et bien utiliser son propre argent, à commencer par celui du fer de Simandou.
Le reste n’est que cofinancement.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
