Candidat à la présidence de la Fédération guinéenne de football (Féguifoot), Mamady Doumbouya, directeur général de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT), à ne pas confondre, SVP, avec le président de la République, Mamadi Doumbouya, mise tout sur son CV de grand commis de l’État. Sa dernière affiche promet un homme qui « sait ouvrir les bonnes portes ». Au football, d’ordinaire, on préfère les cages.
Ouvrir les bonnes portes », une qualité pour diriger la Féguifoot ?
La communication autour de cette candidature interroge autant qu’elle effraie. Dernière trouvaille en date, une affiche qui assure : « il connaît les rouages de l’État. Il sait ouvrir les bonnes portes ». On cherchait un président de fédération, on nous propose un serrurier.
Question simple : savoir ouvrir les bonnes portes est-il une qualité pour être élu à la tête de la Fédération guinéenne de football ? L’État, en principe, est à la disposition de tous les citoyens. Pas seulement de celui qui a le bon trousseau de clés. Présenter comme un atout ce qui ressemble fort à un carnet d’adresses, c’est avouer, sans le vouloir, que certaines portes restent fermées aux autres.
La même affiche aligne les galons : « Depuis 2023 DG de l’ARPT, auparavant DG de ANSUTEN ». Un grand commis de l’État, donc, qui ambitionne désormais de prendre les commandes du football.
« Un gestionnaire de qualité », vraiment ?
Cette affiche n’est pourtant pas la plus malencontreuse de la série. Le week-end dernier, la campagne s’ouvrait sur un texte intitulé : « Mamady Doumbouya : un gestionnaire de qualité au service du football ». On y lit notamment :
« Le directeur général de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT) peut faire valoir un parcours de dirigeant éprouvé. Avant l’ARPT, il a déjà été à la tête de l’Agence nationale du service universel des télécommunications et du numérique (ANSUTEN), un établissement public à caractère administratif. Deux institutions de nature différente, donc, qui ont demandé à celui qui les dirigeait de piloter des équipes, de gérer des moyens et de rendre des comptes. »
Alors question: La qualité d’une gestion tient-elle au simple fait d’avoir dirigé deux grosses structures de l’État, ou aux résultats qui l’attestent ? Dans ce texte, on cherche les chiffres, les réalisations, le bilan. On trouve des intitulés de poste. Au football, on appelle ça un joueur qui présente sa licence au lieu de montrer ses buts.
Rappelons tout de même tout le parcours. Avant décembre 2021, Mamady Doumbouya occupait un poste d’adjoint au sein du département des nouvelles technologies de Huawei Guinée. Son expérience de dirigeant public ne remonte donc qu’à environ cinq ans, d’abord à l’ANSUTEN, puis à l’ARPT. Et, à ce jour, ni la gestion ni les services rendus par ces deux organismes ne sont, à notre connaissance, cités en exemple.
Faire respecter les règles… en commençant par la loi des télécoms ?
Le texte de campagne poursuit : à l’ARPT, il exerce « un métier de régulateur : appliquer des règles à tous, arbitrer entre des acteurs aux intérêts divergents. Or ces qualités ne sont pas étrangères à ce qu’on attend d’un président de fédération, appelé lui aussi à faire respecter des règles et à concilier des clubs qui n’ont pas toujours les mêmes intérêts ».
L’argument est séduisant. Il devient un paradoxe dès qu’on ouvre la loi relative aux télécommunications et aux technologies de l’information en République de Guinée. Celle-ci dispose que les fonctions de directeur général de l’ARPT sont incompatibles avec « tout mandat électif national ou local ». La présidence d’une fédération sportive nationale, élue par une assemblée générale, entre-t-elle dans cette définition ? La question mérite au minimum une réponse claire du candidat et des autorités compétentes, avant le vote plutôt qu’après.
À cela s’ajoutent des accusations, portées dans le cadre du processus électoral de la Féguifoot, selon lesquelles sa liste de candidature aurait été modifiée après la date limite. Le candidat n’y a pas, à notre connaissance, répondu publiquement.
Alors, une fois élu, saura-t-il faire appliquer les règles ? Pour un candidat qui fait du respect des règles son principal argument, le rapport aux textes paraît, pour le moins, élastique.
Le ballon ne connaît pas les portes dérobées
Le football guinéen n’a pas besoin d’un président qui sait où se trouvent les bonnes portes. Il a besoin d’un président qui ouvre le jeu à tous : clubs, joueurs, arbitres, supporters, à Conakry comme à Kankan ou à Nzérékoré. Et qui commence par appliquer à lui-même les règles qu’il promet de faire respecter. Sinon, l’arbitre finira par siffler hors-jeu.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
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