Censure

Matoto-Parc : le maire justifie le marquage des emplacements et précise ses intentions

Moussa Diallo évoque des occupations irrégulières, dénonce la présence de bars et de maisons de passe dans le marché et annonce un report du déguerpissement.

Conakry- Le marquage des emplacements au marché Matoto-Parc continue de susciter des interrogations, notamment dans la zone de Gnenguèma. Recontré ce jeudi, le maire de Matoto, Moussa Diallo, a expliqué les raisons de cette opération, évoquant des irrégularités dans l’occupation des espaces commerciaux et la nécessité de réorganiser le marché. Il annonce également le report du déguerpissement, alors que le délai initial de 72 heures est arrivé à expiration.

Pour l’autorité communale, cette démarche s’inscrit dans une volonté de mieux répartir les emplacements, de libérer les devantures des boutiques et d’améliorer les conditions de travail des commerçantes. Il évoque aussi des projets de rénovation des marchés de la commune, avec l’ambition de proposer des espaces commerciaux mieux aménagés.

Pour expliquer cette décision, l’autorité communale revient sur les difficultés rencontrées lors des précédentes opérations de déguerpissement. À l’en croire, certaines vendeuses s’étaient installées sur la chaussée, faute de places disponibles dans le marché. La création d’un espace commercial au cinéma Mimo avait alors permis d’accueillir une partie d’entre elles.

Mais les problèmes d’occupation auraient persisté. Selon le maire, une récente évaluation a révélé des disparités dans la répartition des emplacements, certaines commerçantes disposant de plusieurs tables tandis que d’autres vendaient à même le sol ou devant des boutiques. « On a trouvé qu’il y avait assez d’anomalies en ce qui concernait l’occupation des places. Vous pouvez voir une femme, elle seule, qui a près de trois à quatre tables, pendant que les autres sont à terre ou occupent la devanture de certaines boutiques », affirme Moussa Diallo.

La situation aurait également provoqué des tensions avec les vendeurs de pièces détachées installés dans la zone communément appelée « la Casse ». Ces derniers se seraient plaints de l’occupation des devantures de leurs commerces. La mairie dit avoir mobilisé ses techniciens pour recenser les espaces et identifier les possibilités de réaménagement.

Des locaux détournés de leur vocation commerciale ?

Au-delà du partage des tables, le maire pointe du doigt l’utilisation de certains locaux à l’intérieur du marché. Il affirme que des espaces susceptibles d’accueillir des boutiques servent à d’autres activités, alors que de nombreuses vendeuses peinent à trouver un emplacement. « Nous avons découvert beaucoup de choses : vous avez des bars à l’intérieur du marché, vous avez même des maisons de passe, excusez-moi du terme, et vous avez même des logements qui pouvaient servir de boutiques ou autre chose. Mais, on préfère garder ces trucs-là comme ça pour des intérêts personnels et illicites, et laisser les pauvres femmes, sous la pluie, dans la rue, se battre à longueur de journée avec les vendeurs de pièces qu’on appelle la Casse », déclare-t-il.

Moussa Diallo soutient que la réorganisation doit permettre de mieux répartir les espaces et de mettre fin aux difficultés d’accès aux emplacements. Il réfute ainsi l’idée d’une volonté de chasser les occupants de Gnenguèma, dont la mobilisation a déclenché la polémique. « Nous avons aussi appris que la partie qu’on appelle communément Gnenguèma, les occupants sont sortis dans la rue pour manifester qu’on veut les chasser. Non. On ne devait pas les chasser. Nous voulons faire une organisation dans le marché pour que tout le monde trouve sa place », insiste-t-il.

Le maire affirme que trois rencontres ont déjà été organisées avec les commerçants de la Casse afin de rechercher un terrain d’entente.

Le délai de 72 heures prolongé

Alors que l’échéance initiale est dépassée, la mairie annonce un report du déguerpissement. L’autorité communale maintient toutefois son intention de réaménager les lieux et de supprimer les installations qu’elle considère incompatibles avec le fonctionnement du marché. « Nous allons non seulement enlever tout ce qui est mauvais, comme les chambres de passe et les trucs et ainsi de suite, mais mettre chacun à une place, organisé de sorte que, quand on se rend dans le marché, on sait où aller pour acheter ce qu’on veut. Et repousser les 72 heures. Sinon, les 72 heures sont finies, se sont écoulées le lundi passé », précise Moussa Diallo.

En parallèle, la commune affirme travailler à la recherche de financements pour améliorer les infrastructures marchandes. Le maire présente cette question comme l’une de ses priorités et cite plusieurs projets en cours ou annoncés. « La rénovation ou la construction des marchés de Matoto, c’est le premier de mes soucis. Le premier ! C’est le souci le plus important d’ailleurs », déclare-t-il.

Il évoque notamment le site du cinéma Mimo, où des aménagements sont en cours, ainsi que le marché de Nindara, qu’il présente comme presque achevé. Il cite également celui de Kissosso, dont l’organisation pourrait servir de référence pour les autres marchés de la commune. « Le cinéma Mimo dont on parle, nous avons réquisitionné le coin, on est en train de le faire. Vous allez avoir kissosso, le marché, il est presque fini. Kissosso, nous avons eu une administration là-bas qui a fini complètement son marché, et ce même type de marché, nous voulons l’implanter dans tous les marchés qui sont dans la commune de Matoto », affirme-t-il.

Pour concrétiser ces ambitions, Moussa Diallo compte sur l’accompagnement des autorités gouvernementales. Il estime que l’amélioration des marchés contribuera directement aux conditions de travail des femmes, nombreuses à exercer dans le commerce. « Nous sommes en train de chercher avec les autorités gouvernementales, c’est sûr et certain, nous allons trouver, parce que, étant donné que le chef de l’État a déclaré son premier mandat pour les femmes, et qui dit marché dit femmes en général, il viendra à notre secours, ça c’est sûr et certain, pour donner ce cadre de vie, ce cadre de travail décent à nos mamans, nos sœurs », conclut-il.

Deux personnes retenues au commissariat de Matoto

Malgré l’annonce du report, les tensions n’ont pas totalement disparu autour du marché. Selon les informations recueillies, Mohamed Soumah, l’un des manifestants, ainsi que le secrétaire de l’administration du marché, sont en garde à vue depuis le mercredi 21 octobre.

Ce jeudi matin, une délégation conduite par l’administratrice générale du marché s’est rendue au commissariat central de Matoto, où les deux hommes sont retenus depuis la veille.

La suite des discussions entre la mairie et les commerçants sera déterminante pour l’application du réaménagement annoncé et l’apaisement des tensions dans ce marché de la capitale.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com