L’élection du Comité exécutif de la Féguifoot se déroule dans un climat marqué par des soupçons d’achat de voix © image générée par IA
L’élection du Comité exécutif de la Fédération guinéenne de football (Féguifoot) restera gravée dans la mémoire collective. Pas forcément du bon côté. Jamais, selon les témoignages qui nous parviennent, autant d’argent n’aurait été proposé aux électeurs pour obtenir leurs voix. Et jamais le principal sponsor de la fédération ne s’était officiellement rangé derrière un candidat. Deux singularités qui posent une seule question : à qui appartiendra le football guinéen au lendemain du vote ?
50 millions GNF « qui n’engagent pas » : un cadeau bien encombrant
Les chiffres qui circulent donnent le vertige. Des électeurs se seraient vu proposer jusqu’à 20 000 dollars pour céder leur procuration. Certains auraient refusé. Ils n’en auraient pas moins reçu, ces derniers jours et du même candidat, 50 millions de francs guinéens chacun. Avec une consigne : « cette somme ne vous engage pas ». Ne nous y trompons pas. Une telle somme, remise à qui vient de dire non, n’aurait rien d’un geste de courtoisie. Ce serait une démonstration de force : montrer la détermination du candidat et, au cas où l’électeur camperait sur sa position, lui rappeler de ne pas oublier son bienfaiteur au moment de glisser son bulletin dans l’urne. Ce qui « n’engage pas » engage toujours un peu. De toute façon, ce n’est jamais gratuit.
Pourquoi tant d’argent pour diriger la Féguifoot ?
Reste la question que chacun se pose à Conakry comme dans tout le pays : quel intérêt aurait le dirigeant d’un club peu connu pour ses performances, ni pour ses moyens, à injecter autant d’argent dans une campagne pour prendre la tête de la Féguifoot ? Un investissement de cette taille appelle, tôt ou tard, un retour sur investissement. Et ce retour, on le cherchera forcément dans les caisses de la fédération, dans les contrats, dans les marchés, dans les sélections.
Le football guinéen est déjà essoufflé par des maux qu’on aurait tort de croire mineurs. Faut-il, en plus, courir le risque de voir la corruption gangrener tout son appareil, des clubs aux instances ? Qu’on se le tienne pour dit : qui se fait élire par la corruption gouvernera par la corruption.
Plafonner les dépenses, contrôler l’origine des fonds
Il faudra, dès la prochaine échéance, encadrer la campagne pour l’élection au Comex : plafonnement des dépenses, déclaration et contrôle de l’origine des fonds, vérification de leur utilisation, sanctions en cas de manquement. Les électeurs, de leur côté, ont un pouvoir que personne ne peut leur acheter s’ils ne le vendent pas : celui de voter en conscience. Ceux qui, selon nos informations, ont refusé l’argent ont déjà montré la voie.
Le principal sponsor dans la campagne, un pari risqué
L’autre particularité de ce scrutin, c’est le soutien officiel du principal sponsor de la Féguifoot à l’un des candidats. Là aussi, une question s’impose : comment ce partenaire gérera-t-il sa collaboration avec la fédération si son candidat n’était pas élu ? Un sponsor finance le football, il n’a pas vocation à choisir ceux qui le dirigent. En prenant parti, il expose sa relation avec la faîtière, et la faîtière avec lui, à un conflit qui ne servira ni l’un ni l’autre.
En un mot ou en mille, ces élections sont décidément atypiques. Elles peuvent devenir un tournant, à condition que les électeurs, les instances du sport refusent que le fauteuil de président de la Féguifoot se négocie comme une marchandise. C’est une question de salubrité publique.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
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