Quand la porte de son bureau s’ouvre, qu’il se redresse de sa colossale taille, qu’il vous serre la main, ce qui vous saute aux yeux, le premier symbole que les lieux dégagent, c’est la modestie des lieux : deux canapés, une table débordant de dossiers sur laquelle trône un ordinateur Mac ; trois fauteuils en face de lui.
Un deuxième symbole s’impose : celui du soldat revenu des multiples missions, champs de bataille et autres luttes ici et là. C’est un tableau truffé de médailles, d’écussons et autres distinctions glanées à travers le monde. Autant de témoignages de l’engagement du militaire se battant aux côtés d’autres frères d’armes, des hommes qu’il a parfois commandés et qui parfois ont payé de leurs vies les expéditions lancées aux trousses d’ennemis de tous genres.
Justement c’est le troisième symbole : les photos de ses hommes courageux, Mamadi veut se rappeler. Les portraits de ses soldats sont placardés sur le mur en face de lui, bien en face.
Ces hommes, chaque fois que l’homme du 05 septembre 2021 lèvera les yeux, il croisera leurs regards. Comme pour l’aider à se rappeler qu’il y a de jeunes soldats qui ont donné leur vie pour un idéal qu’il a la charge de concrétiser. La bataille est gagnée. La guerre ? Pas encore. Comme pour lui dire qu’il s’impose le droit de ne pas oublier, le devoir de se rappeler. Ces photos sont les témoins « vivants », vivaces de toutes les paroles qu’il prononcera dans ce bureau, de toutes paroles qu’il écoutera, de toutes les personnes qu’il recevra, de toutes les décisions qu’il prendra. Ils sont souffles ardents qui habitent les lieux. Ils sont les sentinelles vigilantes qui surveillent le Colonel, Général plus tard. Ils sont les preuves, mémoire du serment de la sueur des tranchées et du sang sous le drapeau. Et ils sont là. Et ils veillent. Et leurs regards ne baisseront jamais. Le Colonel n’entend certainement pas les décevoir, parce qu’il a la Guinée dans les tripes et les biceps, dans les jambes et les paroles.
La parole ? Celle qui tombe à profusion sans l’ombre d’un tâtonnement. C’est connu que « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». N’est-ce pas M. Nicolas Boileau ? Et voilà Mamadi qui parle. Il parle de son sentiment d’étranger partout et de l’appel du pays. Il parle de retour difficile au pays. Et il parle d’un engagement dans l’armée épuisant et parfois décourageant. Il tire une taffe de sa cigarette fragile entre ses doigts qui ont tellement caressé de gâchettes. De temps en temps, une parenthèse qui s’improvise tel un jazz impromptu que le saxophoniste Doumbouya s’empresse de clore par une note sèche. Il parle de ceux qui disent que les jeunes sont trop jeunes pour prendre leurs places. Il parle d’héritage. Il parle du peu de millions d’habitants pour beaucoup de millions de richesses. Il parle d’irresponsabilité des aînés. Et il parle.
Les sujets sont difficiles, mais jamais de nervosité dans la voix. Au contraire, il ne perd pas une occasion, au détour d’une phrase, de provoquer chez les visiteurs des sourires. Les sujets sont nombreux, lourds parfois, même pour un colosse de Colonel ou Général plus tard. La foultitude de paroles n’épuisera jamais le rêve d’un soldat à rendre sa dignité à son peuple, réconcilier ses compatriotes pour jouir tous, sans exception, des potentialités d’un pays « violemment riche », dit-il. C’est pourquoi, il ferme la discussion sans la fermer avec un large sourire : « Si on se met à parler des douleurs de la Guinée, on y passera la nuit ».
Et il se redresse de toute sa taille, faisant voir sa poitrine et ses biceps serrés dans un tee-shirt camouflage estampillé du logo Polo. Il marche vers ses invités, leur ouvre la porte et leur serre la main. L’élégance, même aux confins de la nuit, même lorsque les chauves-souris pioncent baves aux becs et que les rues de Conakry s’animent de gnôles puantes, de quelques liqueurs irritantes et d’ombres chancelantes qui font de la nuit la complice de leurs débauches.
À Conakry, la ville sommeille. Au Palais, Mamadi Doumbouya veille. Ainsi vont les choses. Le peuple bâille. Le soldat travaille. À l’un son droit. À l’autre son devoir. Demain est un autre jour pour d’autres défis. Tenir l’équilibre entre la volonté de ceux qui ont l’ambition de bâtir et les appétits de ceux qui veulent détruire, ceux qui ne vivent, ne survivent que lorsque la misère plante le piquet chez le voisin, pendant qu’eux se crânent d’opulence, d’arrogance, d’insolence. Demain est un autre jour, pour Le Parrain. Et ce demain, c’est ce samedi 17 janvier 2025.
Et nous y voilà. Nous voilà forts de notre histoire commune du 05 septembre 2021. Nous voilà, peuple de solidarité guidé par un homme de fraternité, peuple de fierté mené par un homme d’humilité. Nous voilà, après avoir traversé quatre années de nos espoirs réalisés, après quatre années de nos confiances retrouvées, après quatre ans d’incertitudes balayées, après quatre ans de douleurs de nos quartiers écartées. Nous voilà avec une certitude qui nous étreint : la terre ne tourne plus de la même façon sous le soleil des Rivières du Sud.
Nous voici, drapés des magnifiques symphonies de ce samedi 17 janvier 2026 à venir. Ils viendront de l’est et de l’ouest, du nord au sud, invités d’ici et d’ailleurs, ils viendront planter avec nous le cœur d’une renaissante République et insuffler en elle le sang et l’âme de la poursuite d’une Refondation voulue par un peuple confiant et conduit par un homme persévérant.
Et lentement, mais sûrement, voici qu’on s’achemine vers l’un des événements les plus importants de l’histoire politique de notre pays : l’investiture d’un Président de la République qui aura marqué le déroulement d’une Transition ayant abouti à une Refondation indiscutable de notre État. Le nom de Mamadi Doumbouya restera gravé dans la mémoire des Guinéens pour des générations et des générations. Mamadi, chaque fois que la Guinée tournera une nouvelle page pour avancer, ce nom résonnera comme un rappel de ce qui fut le fondement d’un État résolument tourné vers le développement, la prospérité et la fraternité. Quatre ans. Réformes et infrastructures, cohésion sociale et stabilité, quatre ans auront suffi pour commencer à bâtir, sept ans pour continuer à construire. Avant et après sa consécration à la Magistrature Supérieure, une certitude s’impose à lui aux côtés de ses compatriotes pour la Guinée : la Bâtir ensemble !
