Censure

Affaire Kourouma–Sankhon : la Cour ordonne la production de nouveaux documents

La Chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ouvert, ce mardi 13 janvier 2026, le procès en appel de l’ancien ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation, Ibrahima Kourouma, et de son ancien Directeur des affaires administratives et financières (DAAF), Mohamed V. Sankhon.

 

Les deux hommes sont poursuivis pour des faits de « détournement de deniers publics et enrichissement illicite », portant sur un montant de 612 milliards 520 millions de francs guinéens et 12 millions de dollars américains.

 

Dès l’entame des débats, Ibrahima Kourouma a vigoureusement contesté les accusations portées contre lui. Selon le prévenu, les montants mis en cause proviennent d’un rapport provisoire de l’Inspection générale d’État qui, dit-il, n’a pas respecté le principe du contradictoire. Il s’en explique devant la Cour : « je n’ai jamais été mis en demeure pour justifier ce montant durant cette période. Si cela m’avait été fait monsieur le président, je serais pas là ».

 

Poursuivant sa défense, l’ancien ministre a tenu à rappeler ses activités professionnelles et son parcours : « je suis pharmacien depuis 1995. Le métier que je fais est un métier qui me permet de vivre. Monsieur le président, j’ai été ministre pendant 10 ans et 6 mois. J’ai des avantages d’un ministre. Monsieur le président, j’insiste et je persiste que je ne suis rien de tout ce qu’on me reproche ».

 

Interrogé par la Cour sur l’existence de documents comptables susceptibles de justifier l’origine de ses revenus, Ibrahima Kourouma a mis en avant l’exploitation de sa pharmacie située dans la commune de Lambanyi, qu’il dit gérer depuis 18 ans et qui, selon lui, génère l’essentiel de ses ressources.

 

Concernant les parcelles au cœur de la procédure, le prévenu reconnaît les avoir acquises alors qu’il était en fonction. Toutefois, il a été relevé au cours des débats qu’une hausse significative du chiffre d’affaires de sa pharmacie a été constatée durant sa période ministérielle, comparativement aux années précédentes. Une situation qu’il tente de justifier en ces termes : « quand vous êtes ministre, on dit ah c’est la pharmacie du ministre, c’est la pharmacie du ministre. C’est comme ça les gens viennent et le chiffre d’affaire a augmenté ».

 

Une explication qui n’a visiblement pas convaincu la partie civile. Maître Faya Gabriel Kamano, l’un des avocats de l’État, a alors relancé le débat en demandant au prévenu s’il acceptait qu’un audit soit ordonné sur la gestion de sa pharmacie pendant sa période de fonction. À cette question, Ibrahima Kourouma a répondu sans détour : « La pharmacie n’a rien à avoir dedans ».

 

Dans la foulée, il a toutefois versé au dossier une pièce relative à l’état financier de son officine, affirmant l’avoir fait établir pour mieux éclairer la Cour sur son fonctionnement. Il s’est également engagé, à la demande du juge, à produire les références de ses comptes bancaires à la VISTAGUI et à Ecobank. S’y ajoute la promesse de déposer le titre de propriété de la parcelle située à Lambanyi, sur laquelle est bâtie une maison de trois chambres et salon, qu’il dit avoir acquise auprès de son frère, sans en avoir encore entièrement réglé le prix.

 

Avant de renvoyer l’affaire au 20 janvier 2026 pour la suite de la procédure, le président de la Cour a ordonné la production de l’ensemble de ces documents.

 

Après Ibrahima Kourouma, son co-prévenu Mohamed V. Sankhon a été appelé à la barre. Mais, fait notable, toutes les parties ont déclaré n’avoir aucune question à lui poser. Il convient de rappeler que ce dernier avait été relaxé par la Chambre de jugement de la CRIEF.

 

En revanche, dans la décision rendue le 14 mai 2025, Ibrahima Kourouma avait été condamné à quatre ans de prison ferme, au paiement d’une amende de trois milliards de francs guinéens, ainsi qu’à la confiscation de plusieurs biens immobiliers au profit de l’État. Sur le plan civil, il avait en outre été condamné à verser à l’État guinéen cinq milliards de francs guinéens à titre de dommages-intérêts.

 

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com