Censure

Marché du travail en Guinée : l’État publie ses premiers indicateurs et bouscule les idées reçues sur le chômage

Le ministère du Travail et de la Fonction publique a officiellement levé le voile, ce jeudi 15 janvier 2026, sur le tout premier Bulletin d’information du marché du travail en Guinée, un document présenté comme un nouvel outil de pilotage des politiques publiques de l’emploi. La cérémonie s’est déroulée dans les locaux du département, en présence des responsables administratifs, des cadres techniques et de nombreux journalistes.

Placée sous le thème : « Nous, ministère du Travail et de la Fonction publique, travaillerons avec intégrité et respect en servant avec professionnalisme pour atteindre l’excellence pour le pays », cette rencontre marque, selon les autorités, une étape fondatrice dans la modernisation de la gouvernance du secteur de l’emploi.

 

 

Représentant le ministre du Travail et de la Fonction publique, Faya François Bourouno, le secrétaire général du département, Aboubacar Kourouma, a insisté sur la portée stratégique de ce nouvel instrument. Pour lui, il s’agit bien plus qu’un simple rapport statistique. « Aujourd’hui marque une étape significative dans notre volonté commune de doter la République de Guinée d’outils modernes, fiables et accessibles pour éclairer les décisions économiques et sociales », a-t-il déclaré d’entrée.

 

Dans son intervention, le haut responsable a souligné que ce bulletin est appelé à devenir un pilier du dialogue social et de la transparence dans la conduite des politiques publiques. « Il faut comprendre pour mieux agir. Sans données fiables, il est impossible de concevoir des politiques d’emploi efficaces, d’orienter la formation professionnelle ou d’attirer des investissements créateurs d’emplois », a-t-il martelé.

 

Le chômage, entre perceptions et réalités statistiques

 

Profitant de cette tribune, le secrétaire général du ministère a tenu à démonter ce qu’il qualifie de discours alarmiste largement répandu dans l’opinion. « On a souvent tendance à penser que le taux de chômage est de 70 ou 80 %. C’est faux. Ce narratif est construit pour décourager et ne reflète pas la réalité du pays », a-t-il dénoncé.

 

Il a, dans la foulée, invité les professionnels des médias à s’approprier les indicateurs produits selon les standards internationaux, afin d’en assurer une meilleure vulgarisation et d’éviter les amalgames dans le débat public.

 

Un outil d’aide à la décision, pensé pour durer

Alseny Niaré, Directeur général de l’ONT

La présentation technique du bulletin a été assurée par le directeur national de l’Observatoire national du Travail (ONT), Alseny Niaré. Il a rappelé que son institution a pour mission la collecte, le traitement, l’analyse et l’interprétation des données relatives au marché du travail. « Le bulletin d’information du marché du travail est un document analytique. Il vise à mettre à la disposition du public et des décideurs des données statistiques indispensables à la compréhension du monde du travail », a-t-il expliqué.

 

Prévu pour être publié de façon trimestrielle, le document s’articule autour de plusieurs axes majeurs, notamment la participation au marché du travail, l’emploi, le chômage, la structure sectorielle, les conditions de travail, la fonction publique, la protection sociale et la dynamique entrepreneuriale.

 

Des indicateurs qui dessinent le visage réel de l’emploi

Les premières données rendues publiques donnent un aperçu précis de la situation actuelle. En Guinée, le taux d’activité est estimé à 54,2 %, tandis que le taux d’emploi atteint 51,6 %. Quant au taux de chômage global, il se situe dans une fourchette comprise entre 4,8 % et 5,2 %, selon les estimations croisées de l’INS et de l’OIT.

 

Chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans, le chômage s’élève à 7,3 %. Plus préoccupant encore, 34 % d’entre eux sont exclusivement consacrés aux tâches domestiques et classés parmi les NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation).

 

Le bulletin met également en évidence le poids écrasant de l’informel, qui représente près de 80 % des emplois. L’agriculture reste le principal pourvoyeur de travail. Dans le secteur minier, 9 travailleurs sur 10 sont de nationalité guinéenne, une performance jugée « encourageante » par les autorités.

 

Inégalités et vulnérabilités persistantes

L’analyse fait par ailleurs ressortir une plus grande précarité de l’emploi chez les femmes, tant sur le plan de la stabilité contractuelle que de l’accès aux postes de responsabilité. Les pouvoirs publics saluent toutefois les efforts récents visant à renforcer la présence féminine dans les hautes sphères de l’administration.

 

Une administration en voie de rajeunissement

 

Sur le volet de la fonction publique, les chiffres traduisent une volonté de renouvellement générationnel. L’âge moyen des fonctionnaires recrutés en 2024 est de 34 ans, contre 45 ans pour l’ensemble des agents actuellement en service.

Pour la suite, l’ONT formule plusieurs recommandations prioritaires : meilleure adéquation entre formation et emploi, promotion des filières porteuses, reconversion professionnelle, accompagnement des demandeurs d’emploi et encouragement de l’entrepreneuriat des jeunes.

 

En guise de conclusion, Alseny Niaré a rappelé l’ambition qui sous-tend cette démarche : « L’objectif final est de doter la Guinée d’un système d’information fiable sur le marché du travail, capable d’orienter efficacement les politiques publiques ».

 

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com