Censure

Procès du 28 septembre : la défense de Bienvenu Lamah attaque les témoignages

Mis en cause dans le dossier des événements du 28 septembre 2009, le colonel Bienvenu Lamah a de nouveau été au centre des débats devant le tribunal criminel de Dixinn, lors d’une audience consacrée aux dépositions de certaines parties civiles. Après son audition sur le fond, intervenue le 12 janvier, la juridiction s’est cette fois penchée sur la solidité des accusations portées contre lui à travers les témoignages présentés.

 

Dès l’ouverture des débats, la stratégie de la défense a été claire : passer au crible chaque déclaration et en tester la cohérence. Le premier à se présenter à la barre a été Bangaly Diané, chauffeur de profession, âgé de 46 ans et père de six enfants. Il a expliqué s’être rendu au stade de Conakry le 28 septembre 2009 après avoir vu des citoyens converger vers les lieux, affirmant y avoir été atteint par balle au genou par des bérets rouges.

 

Mais ce récit a été aussitôt contesté par les avocats du colonel Bienvenu Lamah. Pièces médicales à l’appui, Me Pépé Antoine Lamah a soutenu que les blessures évoquées ne peuvent être rattachées aux faits jugés. « Un document daté de janvier 2010 précise que les blessures remontent au 4 avril 2008, une époque où le capitaine Dadis Camara n’était pas au pouvoir et où le général Lansana Conté gouvernait encore. Le rapport mentionne également que ces blessures ont été causées lors d’événements au marché de madina. Que peut-on tirer d’un tel témoignage ? », a-t-il interrogé devant le tribunal.

 

Pour la défense, au-delà de cette incohérence chronologique, le témoin n’a fourni aucun élément permettant d’établir un lien direct entre ses blessures et une quelconque responsabilité du colonel Bienvenu Lamah.

 

La cour a ensuite entendu Mamadou Oury Diallo, venu comparaître au nom de son frère, Thierno Hady Diallo, présenté comme ayant été touché aux hanches lors des événements. Là encore, la crédibilité du dossier médical a été frontalement remise en cause par la défense. « Nulle part sur ce document n’apparaît la mention du CHU de Donka ou d’Ignace Deen. Son authenticité est plus que douteuse », a fait observer Me Pépé Antoine Lamah.

 

Invité à préciser ce qu’il reprochait concrètement au colonel Bienvenu Lamah, Mamadou Oury Diallo n’a pas été en mesure de formuler d’accusation précise, préférant s’en remettre à l’appréciation du tribunal. Une posture que la défense a immédiatement exploitée pour soutenir que certaines constitutions de parties civiles reposent davantage sur des considérations opportunistes que sur des faits juridiquement établis.

 

Dans une intervention au ton très ferme, Me Pépé Antoine Lamah a mis en garde contre ce qu’il considère comme une dérive du procès : « Tout porte à croire que certains tentent de transformer cette procédure en business. Attirés par des rumeurs d’indemnisation, certains viennent se constituer parties civiles aveuglément pour s’enrichir injustement sur le dos de l’État. Le tribunal doit faire preuve de prudence face à ces manœuvres », a-t-il déclaré.

 

Au terme de ces deux dépositions, la juridiction a décidé de renvoyer l’audience au mardi 20 janvier, pour la poursuite de l’examen des témoignages des parties civiles dans ce dossier mettant en cause le colonel Bienvenu Lamah.

 

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com