Censure

Performance sportive en Guinée : On ne récolte que ce que l’on sème

Entre exigences populaires et réalités structurelles, le football guinéen paie le prix de décennies d’amateurisme et d’absence de vision stratégique.

Sur les réseaux sociaux en Guinée, les joueurs de l’équipe nationale se retrouvent, malgré eux, au centre de toutes les polémiques depuis quelques jours. En cause : les performances éclatantes d’autres nations sur le continent, notamment le voisin sénégalais, sacré champion d’Afrique 2025. On exige désormais de nos joueurs qu’ils élèvent leur niveau de jeu à la hauteur des cadors africains.

​Pourtant, réclamer de tels résultats relève soit de la mauvaise foi, soit d’une ignorance totale des mécanismes de la performance. Ce n’est pas par hasard que les vainqueurs gagnent et que les perdants s’enlisent. Exiger l’excellence des joueurs actuels du Syli National sans leur en donner les moyens, c’est comme attendre du poisson de la part de quelqu’un à qui l’on n’a jamais appris à pêcher.

​Certes, en tant que supporters, nous sommes en droit d’attendre plus de motivation, de patriotisme et de don de soi. Mais nos exigences devraient s’arrêter là. Pourquoi ? Parce que notre pays n’a mis en place aucun cadre structurel pour préparer nos athlètes à la haute performance. La question la plus grave demeure : « Jusqu’à quand ? ».

​Jusqu’à quand resterons-nous prisonniers de cet amateurisme ? Jusqu’à quand croirons-nous que le succès viendra par pur hasard ? Il est illusoire de penser que l’on peut réussir sans former qualitativement les jeunes joueurs, les entraîneurs et les cadres administratifs. Il est temps de comprendre que sans partenariats solides avec des structures professionnelles crédibles, nos jeunes talents continueront de quitter la Guinée par la petite porte. Ils peineront à intégrer les plus grands clubs mondiaux et, par conséquent, s’éloigneront du très haut niveau.

​Pourquoi refusons-nous d’admettre que l’apport des binationaux doit être une solution et non la solution unique ? Ils devraient être sélectionnés rigoureusement pour rejoindre un noyau local solide, capable de comprendre l’attente viscérale du public guinéen, même pour un simple match amical. Est-il si difficile d’accepter qu’une fédération engluée dans l’amateurisme (où la durée d’un mandat dépend des humeurs et des intérêts personnels) est incapable de bâtir les fondations de la performance, et encore moins de pérenniser les rares acquis ?

​Vient ensuite la question cruciale des infrastructures. Attention : nous ne prétendons pas que la simple construction de grands stades suffit à garantir des trophées. Ce serait trop simple. Nous parlons en priorité d’infrastructures de proximité, permettant aux plus jeunes d’exprimer leur talent aux quatre coins du pays.

​À mon sens, les joueurs de l’actuel Syli, comme ceux qui ont succédé au Hafia 77, ont déjà beaucoup accompli. Ils font ce qu’ils peuvent avec les moyens du bord pour nous offrir ces rares sourires sporadiques.

​Si nous voulons réellement la performance, la recette est connue : formation, rigueur de gestion, infrastructures et patience.

​Alpha Mady TOURÉ, journaliste