Censure

Conakry : une vendeuse alerte sur le risque de prostitution après les déguerpissements

Les opérations de déguerpissement des encombrants physiques ont officiellement démarré ce mercredi 21 janvier dans le Grand Conakry. Sous la supervision des autorités, policiers, gendarmes et agents de la Direction de l’aménagement et de l’urbanisme (DATU) ont été déployés sur plusieurs axes, appuyés par des pelleteuses, pour libérer les emprises publiques occupées par des commerces et installations anarchiques.

 

À Matoto, l’une des zones touchées par cette opération, de nombreuses vendeuses ont vu leurs lieux de travail réduits en ruines en quelques heures. Parmi elles, Fanta Sylla, vendeuse de légumes, peine encore à se remettre du choc.

 

Face aux décombres de son espace de vente, elle exprime son désarroi : « l’endroit où nous vendons à Matoto a été complètement détruit. Or, nous ne connaissons nul autre endroit pour trouver notre quotidien que ce lieu. Nous n’avons pas étudié ni rien. Comment allons-nous faire désormais ? C’est grâce à ces places de vente qu’il y a moins de vol et de prostitution. Mais s’ils disent de casser ces endroits, il y aura plus de voleurs et de prostituées dans les bars. »

 

Pour cette commerçante, ces petits marchés de fortune jouent aussi un rôle social, en permettant à de nombreuses femmes de subvenir dignement aux besoins de leurs familles. Elle en appelle directement au président de la République : « que le Président de la République, Mamadi Doumbouya, revoie cette situation. Nous sommes fâchées d’un côté, parce que ça fait mal, et pas de l’autre, puisque nous savons que c’est la loi. Mais qu’il nous aide à avoir de nouvelles places grâce auxquelles nous pourrons avoir de quoi entretenir nos familles. Je ne connais que le plateau. Même si tu écris O au tableau, je ne saurais le lire. »

 

Au-delà de la perte de son espace de vente, Fanta Sylla évoque aussi d’importants dégâts matériels. Selon elle, plusieurs sacs de marchandises ont été détruits lors du passage des engins : « je ne pourrais pas estimer l’étendue de mes pertes, puisque les sacs de piments, d’aubergines et de gombos étaient emmagasinés quand la pelleteuse est venue détruire. Le sac de piment coûte 300 mille, celui de l’aubergine 250 à 280 mille. Il y avait plus de 10 sacs. »

 

Aujourd’hui, la situation est devenue critique pour elle et sa famille : « à ce jour, je n’ai même pas le prix de l’eau. Ce qu’ils ont fait, ils ont parfaitement raison, puisque c’est le passage pour les véhicules. Mais il n’a qu’à nous trouver d’autres places. »

 

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com