Censure

Affaire Mohamed Diané : l’ancien ministre nie toute propriété à Conakry

Les audiences dans le dossier opposant l’État guinéen à l’ancien ministre de la Défense nationale, Dr Mohamed Diané, ont repris ce jeudi 22 janvier 2026 devant la Chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).

 

Condamné en première instance à cinq ans de prison ferme, au paiement de cinq milliards de francs guinéens et à la confiscation de ses biens, Dr Mohamed Diané est poursuivi pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. C’est contre cette décision rendue le 18 décembre 2025 qu’il a décidé de saisir la juridiction d’appel.

 

Dès l’ouverture des débats, ses avocats ont contesté la procédure, estimant que leur client n’a pas bénéficié d’un procès juste et équitable. Ils expliquent notamment que Dr Mohamed Diané est resté silencieux durant le premier procès et que ses conseils avaient boycotté les audiences. La défense affirme également que certains biens appartenant à des tiers ont été attribués à tort à leur client dans la décision de condamnation.

 

Dans la même dynamique, les avocats de l’ancien ministre ont demandé la comparution de l’intendant général des forces armées, qu’ils considèrent comme un acteur clé dans la gestion des budgets.

 

Après la défense, l’Agent judiciaire de l’État a pris la parole pour expliquer son appel partiel. Selon lui, son seul désaccord avec la décision concerne le retrait d’un bien précis de la liste des biens à confisquer : la parcelle numéro 254 du lot 12, immatriculée au nom de dame Aminata Touré, épouse de Dr Mohamed Diané.

 

De son côté, le procureur spécial a indiqué qu’il a introduit un appel incident uniquement pour préserver la condamnation de l’ancien ministre, se disant satisfait de la peine prononcée contre ce dernier.

 

Face aux accusations de « détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux », Dr Mohamed Diané a, une fois de plus, rejeté en bloc les faits qui lui sont reprochés. Il a dénoncé ce qu’il considère comme une procédure sans preuves techniques. « On ne m’a présenté aucun dossier comptable, aucun rapport d’inspection. Les intendants sont les responsables des budgets, moi je suis l’ordonnateur. J’ai tout fait pour que je sois confronté avec l’intendant, ça n’a jamais été fait », a-t-il déclaré devant la Cour.

 

Concernant les biens frappés de confiscation, l’ancien ministre se montre formel. « Je n’ai aucun immeuble ou parcelle à Conakry. Tout ce que j’ai fait c’est à Kankan ».

 

Il est ensuite revenu sur deux biens qui ne figuraient pas dans sa déclaration de patrimoine faite à la Cour constitutionnelle avant sa prise de fonction, mais qui apparaissent aujourd’hui dans la décision de justice. « Il s’agit de la parcelle de Balandougou dans le temps mais qui a été revendu par mon frère et sa villas de 4 chambres située à Bordeaux (Kankan) », a-t-il précisé.

 

Au-delà des aspects judiciaires, Dr Mohamed Diané estime que son dossier dépasse le simple cadre pénal. Il affirme être victime d’un règlement de comptes. « J’ai été arrêté pour des raisons politiques pour me disqualifier de la scène politique », a-t-il dénoncé.

 

Interrogé sur ses comptes bancaires, le prévenu a indiqué qu’il disposait de deux comptes : l’un à Ecobank, destiné à recevoir son salaire en francs guinéens, et l’autre à la Société Générale, réservé à ses primes.

 

Après l’épuisement des questions adressées à Dr Mohamed Diané, la Cour a décidé de renvoyer l’affaire au 29 janvier 2026 pour la phase des réquisitions et plaidoiries.

 

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com