Censure

Procès du colonel Bienvenu Lamah : le témoignage bouleversant d’une survivante du 28 septembre 2009

Le procès du colonel Bienvenu Lamah s’est poursuivi ce lundi 16 février 2026 au tribunal de première instance de Dixinn, délocalisé dans l’enceinte de la Cour d’appel de Conakry. À la barre ce jour, les parties civiles ont livré leurs dépositions.

Parmi elles, Madame Tamar Thiam a livré un témoignage poignant sur les événements tragiques du 28 septembre 2009 au stade du 28-Septembre.

Elle raconte que, lorsqu’ils sont arrivés à Dixinn Terrasse, les portes du stade étaient fermées. Les jeunes faisaient face aux forces de l’ordre tandis que les femmes tentaient de les sensibiliser pour attendre l’arrivée des leaders politiques.

« Entre-temps, la tension montait petit à petit et des coups de feu ont jailli d’un coup. C’était avant 9 heures, aux environs de 8h30. Un jeune est tombé sous nos yeux, un jeune robuste qui portait une culotte. Les gens sont venus regarder et ont dit qu’il était mort. Nous sommes restées là », a-t-elle déclaré.

Elle précise qu’à ce moment précis, elle a reçu un appel téléphonique pour accorder une interview à la presse — une intervention qui fera par la suite le tour du monde.

Selon elle, après des tirs et des jets de gaz lacrymogènes, elle a tenté de fuir mais a été rattrapée par des policiers et des gendarmes. « Moi, au moment où je faisais la deuxième marche, les policiers et gendarmes m’ont rattrapée là-bas. Ils m’ont donné un coup de matraque au dos et je suis tombée. Certains sont montés vers les jeunes, mais trois sont restés avec moi. Ils proféraient des insultes et des insanités de tous genres que je ne peux pas répéter ici. L’un a dit : “On va la massacrer”. Un autre a dit : “C’est une femme, on va la laisser”. Ils ont accepté cela, mais ils m’ont quand même frappée. Quand je suis tombée, c’était sur le bras gauche et j’ai ressenti une douleur atroce », a raconté Tamar Thiam.

Elle poursuit en expliquant que lorsque les portes du stade ont finalement été ouvertes, elle est entrée en compagnie de Bah Oury, actuel Premier ministre. « Quand nous sommes entrés, nous sommes passés par la loge officielle, derrière la tribune. J’étais à la deuxième rangée après les leaders. Les micros étaient débranchés, il n’y avait pas de courant. Ils ont coupé l’électricité, donc on n’a pas pu utiliser les micros. Les leaders se sont exprimés sans sonorisation. Mais, vraiment, j’étais là. Nous avons constaté qu’il n’y avait pas de micros. Moi, je n’étais pas rassurée », a-t-elle déclaré. C’est ainsi que la panique a commencé et que ce fut la débandade.

Selon elle, en tentant de sortir, elle a failli mourir au niveau d’un mur. « Nous avons été coincées. J’ai été étouffée et j’ai crié : “Si vous ne vous écartez pas, nous allons mourir ici. Il n’y a pas de passage. Le passage, c’est par là-bas. Retournez, retournez !”. Finalement, tout le monde a crié : “Retournons, retournons !” ».

Tamar Thiam affirme que les personnes qui ont traîné Jean-Marie Doré par terre n’étaient pas habillées en tenue militaire. « Ces messieurs qui étaient sur lui n’étaient pas en tenue militaire ni en tenue des forces de sécurité. Ils portaient des tenues civiles, parfois des vêtements kaki et des tee-shirts. Ils avaient des armes blanches. Je n’ai pas vu de fusils avec eux. Ils avaient des bouteilles et des cordes. Ils me frappaient », a-t-elle raconté, soulignant que c’est ainsi qu’elle est tombée dans la bousculade. Elle affirme avoir subi des entorses et des fractures.

Elle affirme enfin avoir vu des femmes dénudées. À la sortie principale, selon son récit, les femmes étaient triées en trois groupes : un premier molesté puis relâché, un deuxième mis à l’écart, et un troisième embarqué vers une destination inconnue.

Bhoye Barry pour guinee7.com